Aristote, Économ., I
maison d'Ischomachos n'est pas imaginaire. Beaucoup de maîtres prenaient au sérieux le terme de ■iraîç (enfant) qu'ils donnaient à leurs serviteurs L Ils voyaient en eux des membres de la famille, qui, en entrant sous leur toit, avaient été initiés au culte domestique-, et qui méritaient par suite quelque considération. Ils les soignaient avec dévouement en cas de maladie; ils pleuraient leur mort comme s'ils avaient perdu un parent-'. Ils parvenaient de la sorte à inspirer un réel attachement à leur personnel, et Xénophon nous représente lui-même « des serviteurs qui, libres de chaînes, consentent à travailler et à rester », tandis que certains ne cherchent qu'à fuir, quoique enchaînés''. Il V avait sans doute des natures insensibles même aux meilleurs procédés. Mais, par contre, il n'était pas rare qu'un esclave acceptât docilement la situation qui lui était faite, et pourvu que le joug fût tolérable, la plupart s'y pliaient sans trop regimber. L'esclavage est tellement éloigné de nos mœurs qu'il nous est à peu près impossible de nous le figurer autrement qu'avec un cortèffe de violences et de haines. Ces violences et ces haines étaient assurément très communes dans l'antiquité hellénique. Mais peut-être l'étaient-elles moins qu'on ne pense , car l'esclavage ne choquait alors personne, et l'on sait qu'une institution est, ou (ce qui revient au même) paraît d'autant plus oppressive qu'elle est plus contestée.
1. Hermann-Blimner, Griechische Pi'ivafallerthumer, p. 82, note 3.
2. Démosthène, XLV, 74; Suidas, Ka-a/ûaijLaTa ; Schol. d'Aristophane, Plutus, 768.