‹ La main-d'œuvre industrielle dans l'ancienne GrèceChapitre 173 sur 235 · AM, XXIII, p · texte numérisé non relu

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2" Les citoyens.

Les Spartiates pensaient cpi'il existait une incompatibilité absolue entre la dig-nité de citoyen et l'exercice d'une profession quelconque. D'après eux, le citoyen se devait tout entier k l'Ktat; il avait reçu un lot de terre que les Hilotcs travaillaient pour lui, et qui suffisait à le nourrir; il n'avait donc aucun prétexte pour se livrer personnellement à une occupation lucrative, et il abandonnait à d'autres tous les métiers industriels'. Dans cette société hiérarchiquement constituée, où, depuis les esclaves jusqu'aux « Egaux », s'échelonnaient une série de classes bien distinctes et souvent ennemies, il se faisait entre elles une sorte de partag-e d'attributions, les plus nobles, c'est-à-dire le service militaire et le gouvernement de la cité, étant réservées aux citoyens en possession de tous leurs droits, les plus basses, c'est-à-dire le soin de pourvoir par l'agriculture, par le commerce, par la navigation, par la pratique des arts manuels, aux besoins matériels de tous, étant attril)uées aux périèques, aux serfs et aux esclaves.

Il y avait en Grèce d'autres Etats où l'opinion publique en^ isas-eait avec défaveur le travail du citoven ; il v en avait même où la loi le prohibait complètement 2. Partout, au reste, on estimait beaucoup plus le travail agricole que le travail industriel'^. C'était là un préjugé très vivace cjui remontait à l'époque aristocratique, et dont il serait facile de retrouver la trace jusque dans les sociétés modernes. Mais, pour quelques individus qui en sul)issaient l'empire, on en remarque un grand nombre qui ne s'en souciaient guère. Il est assurément impossible de déterminer la part que prenaient les citoyens à la production industrielle ; on sait seulement qu'ils y prenaient une large part, soit comme

1. Xénophon, Gouv. des Lacédom.^ VII, 2 : 'O AjxojIoyo; toï; ijlèv iXcjôipot; -.wv k'xzr. 7or'iXT'.7'j.ôv %-i'.-t ar.oîvo: â-TSTOai. Il v a là une exagération, carie travail était permis aux périèques, qui étaient des hommes libres, sans être citoyens. Plutarque, Lycurr/ue, 24 : Té/vr,; â-iaaOat jJavaûaoj tÔ Tzn^ir.x'/ oh

' 2. Voir p. 39.

3. Xénophon, Econoin., VI, 10 : 'EvooçoToiTr, -06; t-Jjv tm\iwi auTr, f, |î'.OTc;a. C'est là une sorte de lieu commun dans toute la littérature grecque.

LE TRAVAIL LIBRE 16o

patrons, soit comme ouvriers, malgré la concurrence des esclaves et des étrangers.

Le travail domestique était bien plus complexe dans rantic{uité hellénique que de nos jours, puisqu'il s'étendait à la confection des vêtements'. Or c'était la femme qui en avait la direction. Son premier devoir était de demeurer au logis, tandis que son mari était appelé au dehors par ses affaires et par ses plaisirs 2. Elle ne se contentait pas de donner des ordres à ses servantes, d'assigner à chacun sa tâche, de dresser les novices; elle mettait aussi la main à l'ouvrag'e '. Quelques-unes, il est vrai, préféraient vivre dans l'oisiveté, ou perdre leur temps à leur toilette ; mais rien ne paraissait plus mauvais que de semblables habitudes. « Une femme pareille, disait-on, est un objet charmant pour les autres hommes et un fléau pour son époux''. » De bonne heure, la jeune fdle était formée et initiée par sa mère aux divers labeurs du ménagée, sauf à Sparte oii Ton aimait mieux la préparer à sa maternité future en la fortifiant par les mêmes exercices de g"ymnastique que les garçons '. Quand Ischomachos se marie, sa femme, âgée de quinze ans, sait déjà filer la laine, et elle a vu dans sa famille de quelle manière on distribue le travail aux esclaves ^\ Pendant toute sa vie elle aura pour principale obligation, non seulement de surveiller son personnel, mais encore « de battre et de ranger les habits et les couvertures, de pétrir le pain, et de rester debout auprès de son métier à tisser^ ». Platon remarcpie que les Athéniens confient aux femmes « le gouvernement des navettes et des quenouilles^ ». La mère de Jason de

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