VI, 497 et suiv
surtout en lui un protecteur, et tout en regrettant le passé, on s'accommodait du présent par crainte de l'avenir. Les paroles que Sophocle prête à Tecmessa expriment bien cet état d'esprit. « Il n'est rien de pire pour les hommes, dit-elle, que la servitude. J'étais née d'un père libre et distingué entre tous les Phrygiens par la richesse, et aujourd'hui je suis esclave; les dieux et surtout ton bras l'ont décidé ainsi... Je n'ai plus de regards que pour toi ; car tu as détruit ma patrie par ta lance, et la destinée m'a enlevé mon père et ma mère. Quelle patrie, quelle richesse aurais-je en dehors de toi? Toi seul es mon salut'. »
De nombreux indices attestent que les esclaves éprouvaient une extrême répugnance à se séparer de leurs maîtres. Nourris, logés, vêtus ^, et parfois pourvus d'un petit pécule •^j ils étaient presque au comble de leurs vœux, s'ils recevaient par moments quelque marque d'intérêt *. Il était fort rare qu'ils songeassent à fuir '^ ou même à acheter leur liberté. Homère, en tout cas, semble ignorer la pratique de l'alTranchissement ^. L'esclave vieillissait d'ordinaire dans la maison, chargé d'une tâche de plus en plus légère, et d'autant plus dévoué qu'il oubliait davantage ses premières origines.
2° Le travail libre.
Hésiode, qui vivait vers la fin des temps homériques ''', fait un devoir à l'homme de travailler, et condamne énergiquement l'oisiveté. « La faim, dit-il, est l'inséparable compagne de l'homme oisif. L'homme oisif est également en horreur aux dieux et aux hommes; c'est un insecte sans aiguillon, un frelon avide qui s'engraisse en repos du labeur des abeilles... Celui qui travaille voit ses troupeaux augmenter et grandir sa fortune. Par