AVANT-PROPOS
Il y a six ans, l’avenir de notre pays paraissait sombre : malgré les affirmations de quelques utopistes, nous sentions peser sur nous la menace d’une guerre avec PAllemagne ; et cette guerre, nous devinions qu’elle serait un duel à mort, mettant en œuvre toutes les forces de la nation, puisque le but, plus ou moins avoué, du pangermanisme était la domination mondiale. Le danger était grand, il était même plus grand qu’on ne le supposait : en effet, lorsque cette guerre, inévitable depuis longtemps, se déclara, il semblait que ce fut dans les conditions les plus favorables pour nous, et pourtant, un mois après l’ennemi était aux portes de Paris, et sans la victoire merveilleuse, mais presque inespérée, de la Marne, c’en était fait de nous.
Quant aux conditions que l'Allemagne comptait nous imposer, tout le monde les connaît bien. Tous, cultivateurs, commerçants, ouvriers, industriels, nous étions menacés dans notre liberté et dans nos intérêts les plus immédiats. Pour chacun de nous et pour nos enfants, c'était la ruine et la misère. Et tandis que les Allemands auraient exploité à
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leur profit les richesses de notre pays, nous, nous devenions le peuple d'esclaves.
Voilà donc les dangers auxquels nous avons échappé. Pour cela de lourds sacrifices ont été nécessaires ; ils porteront leurs fruits. Et de même que le pays tout entier a fait la guerre, tout le pays doit en bénéficier.
Il y a pour cela une condition primordiale, indispensable, qui doit dominer maintenant notre politique intérieure, qui doit être imprimée au fond de tous les cœurs : augmenter notre production nationale.
Voyons rapidement quelle est la siluation où nous laisse cette guerre victorieuse.
Pour le moment, nous sommes considérablement appauvris. Nous le sommes d’abord parce que la guerre a coûté très cher, et nous le sommes parce que toute une partie de notre pays a été dévastée.
Dévastée, on sait ce que cela représente : maisons démolies, usines détruites, chemins de fer et canaux inutilisables, mines effondrées ou inondées, troupeaux, machines, fortunes volés par l’ennemi, enfin, en bien des endroits, sol bouleversé par les obus et les tranchées au point de n'être plus cultivable.
Quant aux dépenses de guerre proprement dites, c’est une question qui demande à être examinée de plus près. On a pu lire, ces jours-ci, que les dépenses de guerre atteindraient au moins 176 milliards. Pour payer tous ces achats, le gouvernement a dû emprunter de l’argent, soit à la Banque de France, soit aux Français, soit à l’étranger. Mais ces emprunts, ces dettes, il va falloir les rembourser peu à peu,
et en attendant qu’ils le soient, en payer les intérêts. Des
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achats ont été faits en partie à l'étranger : ainsi, il a fallu faire venir d'Amérique des obus, des chevaux, du blé, de la viande frigorifiée, et le paiement de ces achats appauvrit évidemment notre pays. Mais pour les achats faits par le gouvernement à des Français, cela peut sembler moins évident : l'argent est passé des mains de l'Etat à celles des parüiculiers ; il reviendra par le moyen de l’impôt dans celles de l'Etat ; il n’est pas sorti du pays. Nous n’avons pas perdu de monnaie, c’est entendu ; mais, ce qui revient au même, nous avons perdu en partie nos richesses naturelles et le produit de notre travail : des tonnes d’acier qui auraient pu servir à fabriquer des machines agricoles ou des locomotives, sont maintenant émiettées sur les champs de bataille, à l’état d’éclats d’obus ou de débris inutilisables. De même des tonnes de bois, qui auraient pu servir à construire des maisons ou à nous chauffer, pourrissent dans les tranchées. De même pour le charbon, le cuir, le drap. Aujourd’hui, nous ressentons la perte de tout cela.
Mais en regard de cet appauvrissement, il faut voir les avantages résultant de notre victoire. D’abord, la menace de guerre qui pesait sur nous depuis plus de 40 ans est disparue, au moins pour longtemps ; l'avenir sombre à fait place à un sentiment de confiance. Ensuite, l'Allemagne va, pendant de nombreuses années, nous verser une indemnité sous forme de machines, de matières premières, de produits de toutes sortes : cette indemnité devra non seulement compenser les dommages causés, mais payer une partie de nos dépenses de guerre. De plus, nous retrouvons les richesses importantes des provinces libérées : mines de fer, mines de
potasse, et la fertile terre de l'Alsace. Enfin, aux lien d’ami-