OPINION DES GRECS SUR LE TRAVAIL
peut-être que la précaution était bonne pour tout le monde, même pour les riches, personne n'étant à l'abri des revers de fortune ' ; mais la règle ne concernait évidemment que les pauvres.
Les aristocrates athéniens se plaignaient des égards qu'on avait pour les artisans, tout en avouant que beaucoup d'entre eux, par exemple ceux qui participaient aux constructions navales, étaient indispensables à la république". Mais Timmense majorité des citoyens était loin de s'associer à leurs critiques. Pour se rendre compte de l'opinion dominante, c'est à Thucydide qu'il faut s'adresser. Dans l'oraison funèbre qu'il prête à Périclès, et où il exprime des idées qui sans doute leur étaient communes à l'un et à l'autre, il déclare que nul ne songe à s'enquérir de la manière dont chacun pourvoit h ses besoins. La honte consiste non pas k être pauvre et à le paraître, mais à ne rien faire pour sortir de la pauvreté *. Une loi autorisait l'action en diffamation contre tout individu qui reprochait à un citoyen. sa profession, si modeste qu'elle fût*. Thucydide ne cite pas cette loi; mais assurément il l'approuve. 11 est d'avis que l'ouvrier le plus humble doit avoir part au gouvernement, qu'on peut veiller simultanément à ses intérêts privés et aux affaires de l'Etat, qu'il n'est pas nécessaire d'être riche et oisif pour se mêler de politique, et que souvent les gens de métier s'y entendent à merveille^. Ici, comme en toutes choses, les mœurs et les lois d'Athènes sont, à ses yeux, le contre-pied des mœurs et des lois de Sparte, et il n'hésite pas à s'en féliciter.
Les artisans n'avaient pas seulement le droit de siéger à l'assemblée du peuple* et d'y prendre la parole; ils y formaient la majorité. Si l'on en croit Xénophon, celle d'Athènes se composait principalement de foulons, de cordonniers, de charpentiers, de forcerons, de cultivateurs, de commerçants, de détaillants', et il résulte d'un texte d'Aristophane que les campagnards s'y
. i. ViTHUVE, préface du livre VI.