‹ La main-d'œuvre industrielle dans l'ancienne GrèceChapitre 48 sur 229 · pLUTARQrjB, Périclè · texte numérisé non relu

pLUTARQrjB, Périclè

6. Platon, Loi», XI, p. 920 D ; 'Hçolotou xal 'AÔTjvSi {epov to tÛv Br,|jiioup- ■j-Sï f^vo;. Ibid., p. 920 E ; 0;oÙî j:pofIvouî aÙTfiv.

7. Athénée, XIII, p. 612 A : Soî-iovoî toS ïo|jioasTO« oùS' initpliîovTo; âvSp! Toiaiîi]( npoSotaoflai ^iyyTfi,

8. Ibid., p. 611 F : Voir aussi l'individu pour lequel Hypéride écrivît le Plaidoyer contre Athénogène.

9. PoLLux, VI, 128. Il appelle ces métiers pîoi lif' o'î av tis ôvuBiafiii)].

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d'étendre à une industrie toute entière ce qui n'était souvent qu'un jugement individuel, ou de prendre trop au sérieux ce qui n'était parfois qu'une boutade.

Le public était loin de regarder du même œil les patrons riches et les ouvriers pauvres. Si les premiers, alors même qu'ils étaient de simples métèques, c'est-à-dire des étrangers domiciliés, réussissaient à se faire des amis jusque dans la haute société d'Athènes, comme l'armurier Képhalos dont il est question au début de la République de Platon', les seconds obtenaient tout au plus le degré de considération qu'ils atteignent chez nous. (]ette distinction est tellement conforme à la nature des choses qu'on la constate dans tous les temps et dans tous les pays, même dans ceux où la passion de l'égalité est le plus vive, et il n'en . résultait aucune défaveur pour le travail.

Je n'en veux pour preuve qu'un curieux entretien de Socrate dans les Mémorables de Xénophon*', Aristarchos se trouve momentanément sans ressources; ses terres sont aux mains de l'ennemi, ses maisons ne se louent pas, ses marchandises ne se vendent pas, et nul ne consent à prêter son aident. Or, plusieurs de ses parentes ont été obligées de se réfugier chez lui, et il est fort en peine pour les nourrir, Socrate, étonné de sa détresse, lui signale plusieurs industriels qui à ce moment même vivent dans l'aisance et s'enrichissent. Aristarchos répond que c'est parce qu'ils possèdent des esclaves, tandis que lui ne peut contraindre au travail les femmes qu'il a recueillies dans sa maison. « Gomment ! lui dit Socrate, parce que ces personnes sont libres et apparentées avec toi, tu penses qu'elles ne doivent rien faire que manger et dormir! Crois-tu donc que le bonheur consiste dans l'oisiveté, et qu'il est toujours préférable- de s'engourdir dans la paresse plutôt que de chercher à acquérir et à conserver tout ce qui est indispensable à la vie? Tu prétends que ces femmes savent confectionner des vêtements. Pourquoi ne tirentelles pas parti de leurs talents? Lesquels sont plus sages, ceux qui se condamnent à la fainéantise ou ceux qui se livrent à une occupation utile? Lesquels sont plus justes, ceux qui travaillent ou ceux qui, les bras croisés, rêvent aux moyens

1. Sa profession noua est indiquée par son fila Lysias (XII, 19).

2. Xénophon, Mémorables, II, 1. U est visible qu'Aristarchoa est un citoyen, et non pas un métèquu. On admet généralement que dans cet ouvrage Xénophon exprime plutôt ses idées personnelles que celles de

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de subsister? u Tout ce chapitre de Xénophon est le ( taire textuel du passage de l'oraison funèbre de Périclès que j'ai cité plus haut'. L'accord est ici complet entre le politique et le philosophe. Ils voient tous deux dans le travail, non pas un mal inévitable, mais un bien, et ils placent au-dessus de tout la vaillance de l'individu qui s'efforce d'échapper par son labeur aux embarras de la pauvreté ou de la gêne. Ce n'est point là une théorie en l'air, encore moins un paradoxe, qu'ils énoncent. Périclès dit formellement qu'il se contente de répéter ce que tout le monde pense à Athènes, et Socrate, en parlant de la sorte à Aristarchos, prêche un homme déjà à moitié converti ; tant ces idées étaient répandues dans la société !

Est-il maintenant à propos d'insister sur les jloctrines des philosophes, et de montrer combien elles s'écartent de l'opinion commune? Si ingénieuses, si profondes qu'elles soient, elles sont pour l'historien d'un médiocre profit. Fondées en grande partie sur une connaissance superficielle des institutions égyptiennes, sur une appréciation erronée des lois Spartiates, sur les préjugés surannés de l'aristocratie hellénique, elles n'offrent guère qu'un intérêt de curiosité, d'autant plus qu'elles n'eurent, à ce qu'il semble, dans la pratique qu'une très petite influence. Ce sont de pures spéculations qui sans doute séduisirent beaucoup d'esprits, mais dont l'action fut faible sur le public; elles ne sortirent guère de l'ordre des idées pour pénétrer dans l'ordre des faits, et dès lors nous sommes autorisés à ne pas nous y appesantir.

De tous les philosophes grecs, le seul peut-être qui ait préconisé le travail, c'est' Antisthène, le chef de l'école cynique, et il , est certain qu'il avait en vue le travail physique'. Les autres sont unanimes à professer qu'il n'y a pour l'homme libre, pour le citoyen, qu'un état convenable, l'oisiveté {àp-[ia) ou le loisir {aysX-fi)^. A leurs yeux, le travail a un double inconvénient : il

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