CHAPITRE XII 8J
Donc, ne vous affligez point de faire ce que tous les autres feront plus tard; leur condition est plus déplorable que la vôtre; car, si la mort est un mal, elle n'est mal qu'à ceux qui ont à mourir. Ainsi , vous n'avez plus qu'un jour de ce mal, et la plupart des autres en ont vingt ou trente ans, et davantage.
Un ancien disait : « L'heure qui vous a donné la vie l'a déjà diminuée... »- Vous êtes en la mort pendant que vous êtes en la vie ; car, quand vous n'êtes plus en vie, vous êtes après la mort; ou, pour mieux dire et bien terminer, la mort ne vous concerne ni mort ni vif : vif, parce que vous êtes; mort, parce que vous n'êtes plus !
Qu'à vous suffise, mon ami, de ces raisonnements, pour vous bien encourager à boire cette absinthe sans grimace, et méditez encore d'ici là un beau vers de Lucretius, dont voici le sens : « Vivez aussi longtemps que vous pourrez, vous n'ôterez rien à l'éternité de votre mort ! »
Après ces belles maximes quintessenciées des anciens et des modernes, subtilisées et sophistiquées dans le goût du siècle, maître Gonin releva sa lanterne, frappa
à la porte du cachot, que le geôlier vint lui rouvrir,
et les ténèbres retombèrent sur le prisonnier
comme une chape de plomb.
ou L'AUTEUR PREND LA PAROLE,
LES personnes qui désireront savoir tous les détails / du procès d^Eustache Bouteroue en trouveront les pièces dans les Arrêts mémorables du Parlement de Paris, qui sont à la Bibliothèque des manuscrits t et dont M* Paris leur facilitera la recherche avec son obligeance accoutumée* Ce procès tient sa place alphabétique immédiatement avant celui du baron de
Bouttcville^ très curieux aussi, à cause de la singularité de son duel avec le marquis de Bussi, où, pour mieux braver les édits, il vint exprès de Lorraine à Paris t et se battit dans la place Royale même, à trois heures après midi, et le propre jour de Pâques (J627)» Mais ce n'est point de cela qu'il s'agit ici» Dans le procès d'Eustache Bouteroue, il n'est question que du duel et des outrages au lieutenant civil, et non du charme magique qui causa tout ce désordre ♦ Mais une note annexée aux autres pièces renvoie au Recueil des histoires tragicgues de Belle for est (édition de la Haye, celle de Rouen étant incomplète); et c'est là que se trouvent encore les détails qui nous restent à donner sur cette aventure, que Belleforest intitule assez heureusement : Main possédée.