MAS8ENAY
D'abord.
GHAXAL.
La belle affaire ! Quand il y aurait un cocu de plus!...
MASSENAY.
Écoute, je ne voudrais pas non plus le faire meilleur qu'il n'est... Je crois que le mari n'est que la raison secondaire ; au bssoin, il passerait très bien par-dessus... Mais ce, sur quoi il ne saurait passer, c'est sa sotte timidité : Le malheureux, il n'a pas de chance! Dès qu'il est amoureux d'une femme, il n'y a plus personnel.. Tant qu'il n'est pas arrivé à ses fins, il est comme un idiot, et naturellement, par simple réciproque, tant qu'il est comme un idiot, il n'arrive pas à ses fins... ce qui fait qu'il suffît qu'il soit épris d'une femme, pour être sûr de se brosser.
Pauvre bougre !
MASSENAY, se levant.
A moins...! à moins que, par une de ces coïncidences inespérées, la femme n'en vienne ellemême à faire les avances ou à le prendre do force.
CHANAL.
Ce qui est peu probable.
LA xMAIN PASSE ! 53
MASSENAY.
Oui... surtout avec la femme mariée en question... Il paraît qu'elle ne fait pas plus attention à lui que s'il n'existait pas!... et alors lui, il est annihilé, quand elle est là; il bafouille, il rougit, il n'ose pas ouvrir la bouche, il ne sait pas oïl se mettre..!
GHANAL, avec bonhomie.
Ohl ça, tu sais, il est comme ça ici; alors..!
MASSENAY, interdit.
Ahl il...?
GHANAL, flairant subitement la réalité.
Eh! mais, dis donc...!
MASSENAY, vivement, le comprenant à demi-mot.
Non, non !
GHANAL.
Si, si ! (Avec jovialité, en se donnant une tape sur la
cuisse.) Ah! bien, elle serait pommée, celle-là...! La lemme mariée : c'est peut-être ma femme.
Ta femme..?
GHANAL.
Mais oui !... son trouble devant elle, ses bafouillages : je m'explique maintenant !...
MASSENAY, affolé de son impair, essaj'ant de le réparer.
Hein ! Mais non ! mais non ! Qu'est-ce que tu vas t'imaginer...? En voilà une idée!... Est-ce que j'aurais été te raconter..? Ah! bien, j'ai fait un joli coup !... si tu vas te fourrer dans la
tête, maintenant..! Ah! là, là... En voilà une gaffe!
CHAN AL, sans s'émouvoir et avec un bon sourire d'insouciance.
Mais laisse - donc i ça n'a pas d'importance...! Je trouve ça très drôle, au contraire... En somme, quoi? il est amoureux de ma femme...? eh, bien! oîi est le mal?... tant que ça ne va pas plus loin!... et comme ma femme est une femme honnête.
MASSENAYj avec conviction.
Oh I oui.
GHANAL, très positif.
Oui, toi tu n'en sais rien ; tu dis ça, par politesse ; mais moi, j\3 le dis parce que je la connais... Par conséquent de ce coté, je suis bien tranquille ; d'autre part, Coustouillu : pas dangereux!.,.
MASSENAY, avec conviction.
Oh! non.
Tant que je le verrai bafouiller avec ma femme, je pourrai être tranquille comme Baptiste.
MASSENAY.
Oh ! comme tous les Baptistes réunis I
CHANAL, ne pouvant s'empêcher de riro.
Oh ! que c'est drôle. Non, Coustouillu amoureux de ma femme!... Ahl... il faut que je lui dise ça pour la faire rirel... (passant au-des8u« du
piano pour gagner la porte par où est sortie Francine et appelant :) Francine!
VOIX DE FRANCINE, à la cantonade.
Quoi?
MASSENAY, allant jusqu'au piano.
Oh! surtout, eh!... pas un mot de tout ça à Coustouillu ! 11 ne me le pardonnerait pas!
GHANAL.
Voyons! ça va sans dire... (Riant.) Le pauvre garçon, il en aurait une congestion !
MASSENAY, riant également.
Comme Poteau.
CHANAL, riant.
Oui... (changeant de ton.) Eh! là 1 hé ! mais préventive, celle-là !
Naturellement !
GHANAL, appelant à nouveau.
Eh I bien Francine !