‹ La main passe! Pièce en quatre actesChapitre 16 sur 60 · SCÈNE X · texte numérisé non relu

SCÈNE X

Les Mêmes, GûUSTOUILLU.

COUSTOUILLUj avec un sourire contraint,

ITeuheu! je... je suis toujours là...

FRANGINE

Ah! c'est vous, monsieur Coustouillu?... Entrez!

COUSTOUILLU, descendant.

Pardon...

Il va s'asseoir sur le bord du tabouret de piano. MASSENAY, que Coustouillu n'a pas encore aperçu.

Bonjour, Coustouillu I

COUSTOUILLU, se dressant comme mû par un ressort.

Toi? toi? qu'est-ce que tu fais ici?

MASSENAY, jovialement.

Eh bien I tu vois ; je suis venu re-ndre visite h mon ancien camarade de collège Chanal...

COUSTOUILLU.

Ah?... Ah?...

MASSENAY.

Il m'a fait l'honneur de me présenter à madame Chanal.

COUSTOUILLU, complètement décontenancé.

Ah?... vivi! (Présentant.) M. Masscuay!... Madame Chanal!

MASSENAY.

Non, je te dis qu'il m'a présenté. C'est fait!

GOUSTOUILLU.

Ah?... vivil ..

MASSENAY.

Pourquoi as-tu l'air si troublé?

GOUSTOUILLU, affolé, en songeant aux confidences qu'il a pu faire à Massenay.

Moi... C'est faux!... Je te défends... Qu'est-ce que tu vas croire?... Ce n'est pas elle!...

MASSENAY, de l'air le plus innocent.

Quoi « ce n'est pas elle »?

FRANGINE

Ce n'est pas moi qui quoi?

GOUSTOUILLU.

Hein, euh! non! rien!.,, rien!

Il s effondre, la gorge sèche, sur le tabouret du piano. FilANGINE, après un temps, en le voyant assis.

Vous... vous vous apprêtiez à sortir, monsieur Coustouillu?

GOUSTOUILLU, bien hagard.

Non!,,, non!..,

FRANGINE, après un petit temps, insistant.

No VOUS gênez pas pour nous, si vous avez aiïairo dehors...

GOUSTOUILLU, fait de la tôto signe que non, toujours avec son sourire gônô, puis :

Jo... jo peux remettre.

FUANGINE.

Ah?... Ah?

Goustouillu fait signe que « oui », puis, ayant le sentiment de sa gaucherie, il cherche une position qui lui donnera l'air à l'aise ; pour ce faire, oubliant qu'il est sur le tabouret, il laisse aller son corps en arrière, pour s appuyer sur un dossier imaginaire, de sorte qu'il manque de perdre 1 équilibre (ce jeu de scène doit être très discret). — Moment de gêne général, Francine tousse ; puis Massenay; on ne sait que dire. — Goustouillu gêné par son chapeau, ne sachant ou le mettre se le pose sur la tête, puis presque aussitôt s 'apercevant de sa bévue, le retire précipitamment, en regardant anxieusement si chacun des personnages ne l'a vu. Il le place sur son genou, en faisant un soutien pour son bras; puis aussitôt que le dialogue suivant s'engage, il l écoute, le sourcil froncé comme quelqu'un qui concentre toute son attention, approuvant de la tête, le vidage successivement tourné vers la personne qui parle.

FRANGINE, se décidant à rompre le silence.

Qu'est-ce que uous disions doue, monsieur Massenay ?

MASSENAY, saisi par cette brusque question.

Ce que nous disions ?... Euh?... Qu'est-ce que

nous pouvions bien dire? (Regardant Coustouillu et

frappé d'une inspiration.) Ah I oui, VOUS me disicz, madame, que vous aviez remarqué un melon chez Potel et Chabot et qu'il vous avait fait envie.

FRANGINE

Moi!

MASSENAY.

Si vous le permettez, madame, en sortant d'ici, je cours chez Potel et je vous le rapporte.

66 LA MAIN PASSE t

FRANGINE, qui devine sa pensée.

Oh! Monsieur, c'est trop aimable...

Massenaj n'a pas achevé sa phrase, que Coustouillu se dresse sur son séant ; rapidement et brusquement, de ses deux mains repousse le tabouret près du piano, et remonte comme une flèche vers le fond.

FRANGINE, hypocritement.

Eh! où allez-vous donc, monsieur Coustouillu?

COUSTOUILLU, tout en courant.

Rien! rien! je reviens!... je reviens...

Il sort précipitamment.

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