‹ La main passe! Pièce en quatre actesChapitre 20 sur 60 · SCENE XIII · texte numérisé non relu

SCENE XIII

GHANAL seul, puis ÉTIENNR, puis GOUSTOUILLU.

GHANAL, tout on changeant les diaphragmes du phonographe.

Voyons, oîi en suis-je avec tout ça...! Tiens, mon cylindro est au bout! Je n'ai donc pas ar-

rêté le mouvement...? Ah! je fais du bon travail...! voyons?

Il remonte vivement l'instrument (juste ce qu'il faut); puis le met en mouvement après avoir appliqué le diaphragme répétiteur sur le rouleau. Ceci fait, pour mieux entendre, il prend du champ en gagnant sur la droite. LE PHONOGRAPHE *.

xMa chère sœur, ainsi c'est un fait accompli.

GHAKAL, qui suit sur son papier.

Bien.

LE PHONOGRAPHE

De ce jour te voilà mariée.

GHANAL.

Oui!

LE PHONOGRAPHE

Ce soir tu connaîtras le grand mystère à quoi rêvent les jeunes filles... (voix de prancine.) L'amour, l'amour il n'y a que ça !

GHANAL, relevant une tête ahurie.

Quoi?

LE PHONOGRAPHE

(v. de M.) Les poètes l'ont dit. (v. de f.) Quand nous reverrons-nous comme hier?

* Si par hasard le diaphragme était mal placé, et si le phonographe n'attaquait pas tout de suite ou trop avant dans le discours, l'artiste ne devrait pas se démonter, il ajouterait quelques répliques telles que « allons bon qu'est-ce qu'il a ?,.. » « Eh ! bien, quoi ? il est rouillé ? . ou bien « je le reconnais bien, il n'est jamais pressé! attends un peu! » et il irait froidement arranger l'instrument.

CHANAL, sursautant.

Mais c'est la voix de iiia femme !

LE PHONOGRAPHE, que C:hanal écoute avec des yeux sortant de la tête.

(V. de M.) Eh! bien, quand? (v. de f.) Ce soir? (v. de M.) On peut. (v. de F.) A tout hasard, je me suis ménagé une sortie.

CHANAL, flairant enfin l'affreuse vérité.

Nom de Dieul

LE PHONOGRAPHE

J'ai prévenu mon mari que je dînais chez maman...

CHANAL, haletant, la voix rauque.

Oui!... Oui!

LE PHONOGRAPHE

Et que j'irai avec elle au théiitre ! Donc, jusqu'à une heure du matin...

CHANAL, s'épongeant le front avec son mouchoir.

Oh! assez! assez.

LE PHONOGRAPHE

(v. do M.) Parfait! Ah! seulement, pour ce soir, il faudra en passer par le 21 de la rue du Colisée...

CHANAL.

21 rue du Colisée ! Ah! c'est le ciel qui les trahit!

LE PHONOGRAPHE

(V. de F.) Bah! aujourd'hui, je suis plus aguerrie...

GHANAL.

Assez! assez!

LE PHONOGRAPHE

(V. de M.) Et puis en amour comme en amour.

GHANAL, dans sa rage, envoyant son mouchoir dans le pavillon du phonographe pour le faire taire.

Mais assez, nom de Dieu.

LE PHONOGRAPHE, étouffé par le mouchoir.

Je t'adore !

GHAXAL, arrêtant le mouvement d'un geste rageur. An! 1 infâme! (se précipitant vers la porte de gauche et appelant.) Fraucine!... Francinol... (Descendant entre le piano et le mur.) Elle ne répondra pas, la criminelle!... la récidiviste... ! (Remontant après avoir fait

le tour du piano.) Etienne!... Éienne!... Eh! bien, Etienne!

ÉTIEN.N'E, accourant.

Monsieur?

GHANAL, sur le pas de la porte du fond, ne tenant plus en place.

Madame? Où est madame?

ETIENNE, avec calme.

Madame vient de sortir, monsieur.

GHANAL, le faisant pirouetter et le poussant dehors.

Bon, c'est bien, allez-vous-en! (Etienne disparaît.

littéralement escamoté. — Chanal très agité, arpentant la scène,

descende droite.) Parbleu, partie! Elle ne tenait plus

en place! (Arrivé h droite, gagnant la gauche.) Elle avait

hâte d'aller le retrouver, son amant!... Oh! si je les tenais tous les deux!... Et lui... lui, quel estil?... (S'arrêtant à l'extrême gauche pour réfléchir.) VoyOnS, voyons dans ceux qui viennent ici?. .. (on sonne extérieurement.) Oh! non!... non! ce n'est pas possible...! Et pourtant, si I... Ah! le jésuite !.. avec ses timidités de comédie... C'est Coustouillu, parbleu!.. Le voilà, le dessous des asperges!... C'est Coustouillu... Ah! le gredin!...

A ce moment, Etienne paraît introduisant Coustouillu porteur d'un superbe melon.

COUSTOUILLU, l'air radieux, allaut droit à Chanal, tendant son melon de ses deux mains.

C'est... c'est moi!

CHANAL, comme un tigre prêt à bondir sur sa proie, mais avec une rage contenue.

Fous le camp!

COUSTOUILLU, ahuri de cet accueil et avec un sursaut de recul.

Quoi?

CHANAL, marchant sur lui, et avec plus de violence dans la voix.

Fous le camp, je te dis.

COUSTOUILLU, id.

Mais je t'apporte un melon.

CHANAL} lui arrachant lo melon dos mains.

Oui! Eh bien, voilà ce que j'en fais do ton melon !

n le jette au fond. Ktionno qui ne s'est pas empressé de s'en aller, étonné qu'il est de la scène à laquelle il

assiste, est précisément à la porte^^rtu fond, de sorte qu'il se trouve juste là pour recevoir le melon en plein estomac.

ETIENNE

GHANAL, sur le même ton rageur.

Je vous demande pardon, je ne l'ai pas fait

exprès. (Marchant sur Goustouillu.) Va!... Va! 21 TUe

du Colisce.

GOUSTOUILLU, qui ne comprend pas et reculant à mesure que Chanal marche sur lui.

21 rue du Colisée ?

GHANALj id.

Oui. oui. où elle t'attend!

GOUSTOUILLU, reculant toujours.

Qui ça ?

CHANAL, marchant toujou.s sur lui, de façon à le faire passer devant la tahie, puis remonter derrière.

Mais ma femme, bon apôtre!... Allez consommer l'adultère!...

GOUSTOUILLU.

L'adultère?

Ils sont arrivés ainsi au fond.

GHANAL.

. . . Ami félon ! . . . traître ! je te chasse, va-t'en ! . . .

(r.oustouillu veut risquer une explication que Chanal lui coupe

en éclatant.) Mais vas-tu foutc le caïup, nom de

Dieu! (il le précipite dehors — A Etienne qui ahuri est resté là, dans l'extrême fond gauche, à écouter la scène.) Etienne!

VOUS voyez cet homme... si jamais il remet les pieds ici. flanquez-le dehors à coups de pied

quelque part ! . . . Allez ! (Gagnant son cabinet pendant que la toile tombe.) Ah ! Ça SOulagC !

Rideau.

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