‹ La main passe! Pièce en quatre actesChapitre 35 sur 60 · SCÈNE IV · texte numérisé non relu

SCÈNE IV

Les Mêmes, PLANTELOUP, et Son Secrétaire.

BELGENGE, redescendant (2) avec Planteloup (S) dans la direction de Sophie (l) pendant que les deux domestiques restent au fond.

Entrez, mon cher Planteloup, vous êtes attendu comme le Messie!... Voici madame Massenay dont je vous ai exposé les cruelles perplexités...

PLANTELOUP, papelard et souriant, allant à Sophie qui s'avance également vers lui, pendant que Belgence s efface pour passer au (l).

En effet, madame! M. Belgence m'a mis au courant. Croyez que J3 me félicite de l'heureuse circonstance.

SOPHIE, avec un sursaut.

Comment « l'heureuse circonstance »!

PLANTELOUP, verbeux et volubile.

Eh! madame, pour nous autres commissaires, une cause sensationnelle est une aubaine ! C'est souvent l'avancement. Or il faut bien le dire, nous n'avons pas la part égale entre nous : J'ai des confrères, à Belleville, à Charonne, ils sont vraiment trop favorisés! ils ont des crimes, il n'y a qu'à se baisser !

SOPHIE, qui n'est pas d'humeur à écouter ses doléances.

Oui, monsieur, oui...!

PLANTELOUP5 ne lui laissant pas placer une parole.

Mais moi, qu'est-ce que vous voulez que je fasse ? Nous avons un quartier déplorable : nous manquons d'Apaches !

SOPHIE, s'impatientent.

Oui, c'est bien regrettable, en effet!... mais enfin, monsieur...!

PLANTELODP, même jeu.

Enfin la veine tournerait-elle de mon côté? Monsieur Massenay, personnalité honorablement connue... brusque disparition... affaire ténébreuse... ça peut être superbe! (En pariant ii

s'est dirigé vers la table de droite, sur laquelle il pose sa serviette et son chapeau. — A son secrétaire.) TeUCZ, aS-

seyez-vous là, mon ami et préparez-vous à

écrire! (Le secrétaire qui était resté au fond, descend à la table, prend la chaise de gauche qu'il remonte au-dessus de la table de façon à faire face au spectateur. Planteloup s installe à droite de la table. A Sophie, avec bonne humeur en

se frottant les mains.) Voyous, madame ! Alors nous disons que M. Massenay aurait été assassiné?

SOPHIE, qui s'est assise sur le fauteuil près du canapé. Sursautant.

Hein? (Indignée.) Mais, je ne sais pas, monsieur! je ne sais pas !

PLANTELOUP, très souriant.

Évidemment! Ceci est le rôle de la police de l'établir.

SOPHIE, furieuse.

Oh!

PLANTELOUP.

Vous n'auriez pas par hasard un portrait de monsieur votre mari?

SOPHIE, douloureusement.

De ce pauvre Emile.

PLANTELOUP.

De ce pauvre Emile, oui!

SOPHIE, id.

Je n'en ai qu'un... à l'àg-e de sept ans.

PLANTELOUP.

C'est un peu jeune ! il a dû changer depuis... C'est fâcheux I très fâcheux !

On sonne.

TOUS, excepté lo commissaire.

On a sonné ! On a sonné I

Tout le monde s'est levé. Grande agitation. PLANTELOUP.

Quoi ? Quoi? Qu'est-ce qu'il y a ?

SOPHIE, au commissaire.

On a sonné, (aux autres.) C'est la sonnerie de la cuisine... Vite, Auguste, courez!... Si c'était au sujet de monsieur...!

AUGUSTE

Oui, madame !

Il sort en courant.

SOPHIE, redescendant un pou vers le commissaire.

Je vous demande pardon, monsieur, je suis dans un état de nervosité...

Elle remonte jusqu'à la porte pour jelor un coupd'œil dehors.

PLANTELODP, très gracieux.

Mais je comprends madame!,.. On ne perd pas son mari tous les jours.

SOPHIE, sursautant.

Hein?

PLA.NTELOUP.

Voulez-vous me permettre, madame, de vous poser une question assez délicate?...

SOPHIE, redescendant.

Allez, monsieur I allez!

PLANTELODP.

Est-ce qu'il avait des vices ?

SOPHIE

Qui ça?

PLANTELOUP.

Ce pauvre Emile ?

SOPHIE, avec indignation

Emile 1 Emile, des vices !

PLANTELOUP.

Oui. enfin, était-il joueur, alcoolique, érotomane ?

Mais non, monsieur, mais non!

PLANTELOUP.

Ah ! c'est dommage ! c'est dommage I

SOPHIE

Comment, c'est dommage ?

PLANTELOUP.

Hé! oui, au point de vue de notre enquête.

SOPHIE, à Belgence.

Ah! mais je vais le gifler vous savez.

BELGENCE, vivement.

Non, non ! Faites pas ça !

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