SCÈNE VIII
HUBERTIN, puis MASSENAY, AUGUSTE.
HUBERTIN, il est dans la tenue du second acte, c'est-àdire complètement dévêtu, recouvert simplement de son grand pardessus; il a son chapeau melon sur la tête.
N'ayez donc pas peur mes poulettes I C'est moil Hubertin!... C'est peureux les femmes!
(il va s'asseoir à droite de la table — apercevant le service à
thé.) Tiens du thé. . . c'est gentil d'y avoir pensé I . . . Après une nuit de bombe, une tasse de thé, ça
remonte. (Tout en parlant, il vide le flacon de rhum dans la tasse sans y verser, bien entendu, la moindre goutte de thé ; il prend le sucrier comme quelqu un qui va se servir, puis, le
remettant en place.) Nou, merci I jamais de sucre
dans mon thé. (Buvant sa tasse d'un trait.) Ah I Ça fait
du bieni (Après réflexion.) Uu peu f roid 1
AUGUSTE, faisant irruption du fond ; apercevant sur 1^ champ Hubertin, à Massenay qui surgit aussitôt.
Là! monsieur, là! il est là!
MASSENAY, ' accourant.
Où ça? OÙ ça? (courant à Hubertin.) Ah! par exemple vous allez me fiche le camp, vous! et un peu vite!
HUBERTIN, avec calme, sans bouger de sa place.
Ah ! Emile, tu sais ! faut pas me parler comme ça.
* Aug. I — M. 2 — H. 3.
MASSENAY.
Oui, attendez I je vais mettre des gants I... Allez ! allez ! ou je vous fais sortir par mon domestique.
Auguste esquisse la volte discrète d un homme qui n'a aucune envie d'en venir aux mains.
HDBERTIN5 sévèrement, en se levant.
Emile I
MASSENAY.
Et puis, il n'y a pas d'Emile ! je vous défends de m'appeler « Emile » ! vous ne me connaissez pas...
HUBERTIN, se tordant.
Ail ! maman... 1
11 passe à gauche et va s affaler sur le canapé. MASSENAY, désespéré.
Ahl mon Dieu, mon Dieu!
HUBERTIN
Écoute !
MASSENAY, bourru.
Non.
HUBERTIN, levant la main comme un écolier.
Je voudrais poser une question !
Rien du tout...
HUBERTIN, se levant.
Une question, et je pars.
MASSENAY, rongeant son frein.
Ohl... Eh bien! quoi? dépêchez - vous I
HUBERTIN
Pourquoi m'as-tu pris mes vêtements?
AUGUSTE
Hein?
MASSENAY5 gêné à cause d'Auguste.
Moi! moi j'ai... !
HOBERTIN, se laissant tomber contre Massenay qui le retenait du plat de la main, le bras tendu.
Évidemment puisqu'on les a pas retrouvés dans la chambre.
AUGUSTE, à Massenay.
Comment, alors les vêtement que monsieur avait, c'était... ?
MASSENAY, arc-bouté contre Hubertin pour l'empêcher de tomber sur lui. A Auguste.
Quoi ? quoi? de quoi vous mêlez- vous ? Qu'estce que vous allez vous imaginer? Puisque ils viennent d'Amiens mes vêtements.
HUBERTIN, parlant dans le nez de Massenay, ce qui le fait pivoter autour de ce dernier toujours arc-bouté contre lui.
Moi, tu sais, ce que j'en fais, c'est pas pour moi I C'est Gaby qui m'a flanqué à la porte, en me disant : « Tu ne rentreras que quand tu auras retrouvé tes vêtements ! »
MASSENAY (l).
Oui, boni ça va bien! Je vais vous en faire donner des vêlements; mais à une condition : c'est que vous ficherez le camp après, (signe d'ae-
quioscement d'ilubertin.) C'cst juré ?
LA MAIN PASSE t 197
HUBEHTIN, tendant le bras devant lui comnie pour prêter serment, et envoyant un jet do salive dans lo visage de Massenay toujours arc-bouto contre lui.
Tthuel... c'est juré!
MASSKNAY, le repoussant loin de lui et s essuyant la figure.
Oh !... cochon.
IICBERTINi que cette poussée augmentée de son propre poids envoie jusqu'à la gauche de la table.
Oh ! Eh I hen quoi, on se quitte ?
MASSENAY, dune voix désespérée.
Oh ! non, non ! mais qui est-ce qui a donné mon adresse à cet homme-là?
HUBERTIN (3)
Chut, là ! ehl... c'est notre concierge ! chut.
Il s afifalo sur la chaise.
Notre C...I Ahl bien! celui-là, quand je le verrai !