‹ La main passe! Pièce en quatre actesChapitre 53 sur 60 · scène.) Et voilà comiue il me récompense de · texte numérisé non relu

scène.) Et voilà comiue il me récompense de

tout ce que j'ai fait pour lui! (L'avant-bras gauche

sur l'épaule de Ghanal.) Quaud jc pcuse que j'étais la femme d'un honnête homme, (du revers de la

main droite elle frappe sur la poitrine de Ghanal pour 1 indiquer.) que pour cet être, j'ai foulé aux pieds le bonheur de cet honnête homme! (Nouvelle tape

dans l'estomac de Ghanal.) Je l'ai trOllipé! (id.) Oul

oui! (id.) trompé!

Id.

GHANAL, qui apprécie peu ce genre de discussion.

Ecoutez, si on ne parlait pas de moi !

MASSENAY, dans un besoin de riposte s'est levé et fonçant sur sa femme dont Chenal seul le sépare.

Et pourquoi l'as-tu trompé?

Comme Francine, il accompagne sa question d'une tape dans le creux de l'estomac de Chanal.

FRANCINE, débordant sur la poitrine de Chanal pour mieux parler dans le nez de son mari.

Pourquoi ? parce que je t'aimais.

MASSENAY, même jeu que Francine.

Tu m'aimais?

FRANCINE, id.

Oui, je t'aimais!

MASSENAYj haussant les épaules. — Ricanant. Oh! tu m'aimais! (AChanal Un indiquant sa femme avec un nouveau haussement d'épaule.) EliC m aimait! Les deux mains dans les poches de son pantalon, il arpente nerveusement jusqu'au fond, pour redescendre s'asseoir sur le tabouret à gauche de la table aussitôt la passade de Chanal.

CHANAL, allant s'asseoir sur le fauteuil à droite de la table.

Ohl que je goûte peu cette conversation!

FRANCINE, qui dans le même état de nerfs que Massenaj- a arpenté jusqu'à l'extrême gauche, pivotant pour remonter d'un pas saccadé jusqu au fond, tandis que son mari, assis sur le tabouret, tournant le dos à sa femme, le coude gauche sur la table et la tête dans sa main, l'écoute les yeux au plafond, la jambe droite agitée d'un mouvement nerveux.

xMalhcureusement je t'aimais! Je le paye as-

SeZ cher aujourd'hui. (Descendant entre la cheminée et la table et prenant cette dernière comme tribune.) Le

grand tort que nous avons nous autres femmes, c'est, pour amant, de chercher toujours un homme que nous aimons ; alors que hi vérité serait d'en chercher un qui nous aimel

Massenay hausse les épaules et lui tourne le dos. CHANAL, avec une sage philosophie.

Ou de n'en pas chercher du tout.

FRANGINE, qui est redescendue davantage.

Ce n'est pas toi que j'aurais dû choisir, c'est Coustouillu I Coustouillu qui m'aimait I (En appelant àChanal.) u'cst-CC paS? (Moue de Chanal.) qui

se rongeait pour moi, lui ! et qui ne m'aurait jamais reproché... lui!... Oh! non!

Elle redescend complètement à droite.

MASSENAY, exaspéré.

Mais va donc le chercher, ton Coustouillu ! mais il est encore temps ! Il est toujours là, tu sais! tu peux le prendre!

FRANGINE, comme si elle allait sauter à la figure de Massenay, fonçant sur le fauteuil de Chanal et écrasant les épaules de ce dernier sous sa poitrine pour défier so i mari de plus près.

D'abord, mets-toi bien en tète que je le prendrai si je veux I

MASSENAY, à Chanal avec un ricanement rageur.

Tu l'entends, hein ? Tu l'entends, ta femme I

FRANGINE

Oui, et puis, tiens! je te préviens charita-

blement : Tu joues là un jeu dangereux, mon

ami! (Massenay hausse les épaules, se lève et gagne la gauche avec un air persifleur. Mais Francine qui ne lâche pas prise ainsi, fait par en dessus, le tour de la table pour redescendre aussitôt vers son mari.) A forCG de COmer

sans cesse aux oreilles d'une femme qu'elle doit avoir un amant, il arrive qu'elle finit par se familiariser avec cette idée. Et prends garde, quand une femme a ça dans la tête !...

MASSENAY, au comble de la rage lui jetant l'insulte à la face.

Mais dis donc : « quand elle a ça dans le sangl »

PRAXCINE, bondissant sous l'outrage et dans le nez de Massenaj'.

C'est pour moi que tu dis ça?

MASSENAY, nez à nez avec Francine.

Oui, c'est pour toi I oui, c'est pour toi!... Courtisane!

Il pivote et gagne l'extrêino-gauche.

FRANGINE, avec un soubresaut en arrière.

Quoi?

CHANAL, qui s'est dressé comme mû par un ressort, poussant une exclamation do colère.

An ! (Du plat de la main il donne un violent coup sur la table, traverse la scène en quatre massives enjambées et, arrivé à Massonay, d'un coup sec do la main droite il ramène le revers droit de sa jaquette, de la main gauche le revers gauche, se boutonne d'un air de déti, puis.) En VOilà aSSCZ I

MASSENAY, qui sur le coup de poing donné sur la table par Chanal, prévoyant l'altercation a fait quelques pas vers la droite de façon à se trouver au moment de la provocation près et à droite i!u piano, toisant Chanal.

Quoi?

CHANAL.

Je ne permettrai pas qu'on parle à ma... (Se reprenant.) à ta femme comme ça devant moi.

MASSENAY, persifleur.

Ohl mais pardon, mon petit, hein? Tant qu'elle a été ta femme et qu'elle a eu des amants, je ne m'en suis pas mêlé.

GHANAL, (2).

Comment des amants.^

FRANGINE, qui indignée était remontée au moment de la provocation, redescendant au 3.

Je n'en ai eu qu'un,

GHANAL, entre eux deux, soulignant.

Qu'un!

MASSENAY.

C'est un do trop!

FRANGINE, gagnant la droite.

Ohl

MASSENAY.

En tout cas, je t'en prie, maintenant, laissemoi diriger mon ménage comme je l'entends.

Il va bouder contre le piano, un genou sur le tabouret, les bras croisés sur la caisse.

CHANAL^ obsédé par cette discussion, remonte jusqu'au fond en se prenant la tête dans les deux mains; puis, de là, après un gros soupir, avec énergie.

Voyons, mes enfants, je vous en supplie !

FRANGINE, à Chanal.

Ah ! Et puis tiens, tu as raison I je ne sais pas pourquoi je m'al)aisse à discuter !

MASSENAY, persifleur.

Mais oui, comment donc!

CHANAL, lève des yeux excédés au ciel, puis.

Comme si vous ne feriez pas mieux de déjeuner !

FRANGINE, les lèvres pincées.

Absolument!

Elle traverse la scène pour aller au canapé. CHANALj une fois la passade.

De manger votre viande, là... tant qu'elle est froide.

FRANGINE, s'assejant et se disposant à déjeuner.

C'est vrai ça!... Quand je me serai rendue malade... !

MASSENAY, ironique, tout en traversant la scène devant Chanal, pour aller s'asseoir sur le tabouret de la table de droite.

Ce sera une occasion pour dire que c'est de ma faute.

Il prend tout en parlant son plateau qui est sur la ta ble, et après avoir tiré avec son pied le petit tabouret de pied pour s'exhausser les jambes, il place le plateau sur ses genoux.

CHANAL, faisant le bourru.

Allons, voyons ! As-tu fini, toi?

MASSENAY, hypocritement, tout en s'installant pour déjeuner sur ses genoux.

Moi? Mais qu'est-ce que je fais? Est-ce que j'ai dit quelque chose?

FRANGINE, tout en mangeant du Lout des lèvres, et sur un ton de vinaigre, sans daigner regarder son mari.

Non I c'est le chat !

MASSENAY, tout en mangeant.

C'est elle qui tout de suite s'emporte parce que je me suis permis de demander timidement...

FRANGINE, même jeu.

Ohl timidement!

MASSENAY, id.

Si on ne peut plus poser une question maintenant... I

Us mangent tous deux avec des figures longues d une aune.

CHANAL.

Ah! mes enfants! Mes enfants!... Quand on pense que la vie est si courte, et que vous vous

la gâchez à plaisir!... (tous deux, la fourchette d'une main, le couteau de l'autre, lèvent les bras et les yeux au ciel.) Et tout ça pour rien ! (Geste de protestation de part et d'autre; Chanal répétant avec énergie.) PoUT TICU ! Si

vous pouviez prendre l'hahitude de vous expliquer simplement, au lieu de partir tout de suite en guerre...

MASSENAY.

Ah! combien de fois je l'ai dit!

GUANAL, alîectant le ton bourru.

Mais à commencer par toi ! (i^hangeantdc ton.) Si tu lui avais demandé simplement : « où as-tu été? »

MASSKNAY, bien doux.

C'est ce que j'ai dit : « Où as-tu été? »

GHANAL.

Oh! pardon! tu as dit : (xon bourru.) « Où astu été?» Tandis que si tu avais dit : (voix sucrée.) « Où as-tu été, ma chérie pour rentrer déjeuner, (Appuyant sur le trois.) à trois hcures de l'aprèsmidi?... » Elle t'aurait répondu : « Mon chéri!., » Là, comme deux amours — « j'ai été à l'enterrement des Duchaumel. »

MASSEXAY, à ce mot, reste coi, la fourchette en l'air sur le chemin de sa bouche; il [^demeure un instant interdit, puis un peu penaud.

L'en... l'enterrement des Duchaumel ?

FRANGINE, avec une moue de mépris, et sans daigner regarder son mari.

Mais oui.

MASSENAY, un temps do réflexion, puis :

C'était aujourd'hui ?

FRANGINE, même jeu.

Mais dame !

MASSEWAY, un temps, puis :

Diable ! Je l'ai complètement oublié.

FRANGINE, avec un accent persifleur.

Haï

MASSENAY, reste un instant soucieux, se mordant la lèvre, puis timidement.

Tu... tu m'as inscrit?

FRANGINE, sur un ton de dédain, avec toute la conscience de sa supériorité.

Naturellement, je t'ai inscrit I

MASSENAY, après un temps.

C'est bête, ça!...

CHAXAL, triomiihant.

Eh bien, tu vois... hein? (Allant à lui et le prenant par la manche de son veston.) AllonS, lèvC toi ! MASSENAY, ahuri.

Comment!

GHANAL, impératif.

Allons! Allons!

Il lui enlève son plateau des genoux.

MASSENAY, défendant son plateau.

Mais je n'ai pas fini!

GHANAL, le lui enlevant quand même.

Allez hop I (Massenay tout en ronchonnant obéit ; Chenal pose le plateau sur le piano, puis revenant à Massenay )

Et maintenant a'ous allez faire la paix.

MASSENAY, se rebiffant.

Ah I non !

Veux-tu bien! (Bon gré mal gré, il entraîne Massenay qui a conservé sa serviette dans la main gauche, jusqu'à proximité ducanapé ; là, il le lâche pour aller chercher

Francina — à Francine.) A toi, maiQteilclIlt ! (Francine fait un peu de résistance, tout en maugréant la bouche pleine.)

Allons, voyons !

FRANGINE, sa serviette dans la main droite se laissant emmener de mauvaise grâce, — parlant la bouche pleine.

Oui, oh ! mais je l'en préviens : un jour ou l'autre ça lui jouera un mauvais tour.

GHAN'AL; affectant le ton bourru.

Allons ! fini, hein? (U leur met la main dans la main.) La! (Les rapprochant l'un de l'autre en les prenant simultanément par la nuque.) Emhrassez-vous !

Masscnay dépose un baiser glacial sur la joue de Francine.

FRANCINE, ronchonnant pendant que Massenay l'embrasse.

Quand il m'aura poussée à quelque coup de tête, il sera hien avancé t

MASSENAY, toujours hostile.

Là, tu l'entends I

Il gagne la droite.

FRANGINE, allant poser sa serviette sur son plateau.

Je le regretterai peut-être après, mais il sera trop tard.

CUANAL, cherchant à leur imposer silence.

Allons, allons I

MASSENAY, tout en ronchonnant, enfonçant nerveusement sa serviette qu'il prend pour un mouchoir, dans la poche ad hoc de sa jaquette.

Oui, oh! mais je suis prévenu : j'aurai l'œil.

s apercevant de sa bévue, il rejette avec humeur sa serviette sur le plateau qui est sur la table.

FRANGINE, se rapprochant de Chanal, qui tourné du côté de Massenay, le considère avec des hochements de tête de découragement.

Oui, oh! « tu auras l'œil » : juste assez pour n'y voir que du feu!... comme tous les maris ! Il n'y a qu'à voir quand ça arrive : c'est toujours celui-là qu'ils soupçonnent le moins... (Touchant

Chanal pour en appeler à lui.) n'est-CC paS, Alcidc ? GHANAL, que cette apostrophe arrache brusquement à son absorbement.

Oh! non., je vous en prie, laissez-moi en dehors!

FRANGINE, gagnant vers le piano.

Ah! la, la, la, la!

MASSENAY.

Oh! oui! Ah! la, la, la, la.

Tout en parlant il gagne la droite tandis que Chanal remonte en levant les bras au ciel.

A ce moment, par la porte do gauche, arrive Madeleine apportant une robe en tissu clair. Cette robe doit être faite de telle sorte que la jupe soit indépendante du corsage et se pnsse avant ce dernier.

Page 1