‹ La main passe! Pièce en quatre actesChapitre 60 sur 60 · SCENE X · texte numérisé non relu

SCENE X

Les Mêmes, FR.\NCINK, puisÉriKNNE et COUS TOUILLU.

FRANGINE, descenil entre piano et mur, et arrivée devant le canapé, sur un ton persifleur :

Eh! bien, voilà I... j'ai choisi un amant!

MASSENAY, gouailleur.

Ah?

FRANGIME.

Tu as fait tout ce qa'il fallait pour ça; tu m'as bien poussée à bout... tu n'auras à t'en prendre qu'à toi-même! Demain, ce sera chose accomplie.

MASSENAY, ironique.

Ah? c'est demain?... Tu es bien aimable de me prévenir.

FRANGINE, gouailleuse.

Oui, tu n'en crois pas un mot.

MASSENAY, id.

Mais si... mais si!...

FRANGINE

Et pourtant, c'est l'exacte vérité!...

MASSENAY.

Parfait! Parfait! Et... quel est celui qui?

FRANGINE

Oh! Ça c'est mon secret! Tu no penses pas que je vais aller te ledire!

LA MRIN PASSE I 30'J

MASSENAY, s'inclinant ironiquement.

Oli I pardon ! pardon !

Il gagne vers Chanal tandis que Francine remonte à gauche du piano.

CHANAL, bas à Massenay.

Parbleu \ C'est bien ça : c'est Coustouillu !

MASSEXAY, haussant les épaules.

Ah! ouat, Coustouillu!

CHANAL.

Bien! Bien! N'empèclic que si tu le voyais entrer ne bafouillant plus... et parlant comme tout le monde... !

ETIENNE, annonçant.

Monsieur Coustouillu !

Entrée de Coustouillu entièrement transformé : il est à 1 aise, le ton dégagé, le geste large et parle d'abondance.

COUSTOUILLU.

Allez. Etienne! inutile de m'annoncer. sans)

transition tout en descendant vers Massenay et Chanal qui coude à coude 1 un contre 1 autre le regardent bouche bée.)

Bonjour, mon cher Massenay! Comment ça va aujourd'hui? Quel temps, hein? Un soleil radieux ! Je passais devant tes fenêtres, je me suis dit : « Je vais monter lui serrer la main! » Tu as bonne mine tu sais I C'est vrai, il a bonne mine.

MASSENAY, n'en croyant pas ses oreilles.

Il parle I

GOUSTOUILLUj toujours sur le même ton.

Tiens, Chanal !... Ali! bien!... un revenant alors !

Il va lui serrer la main, CHANAL, ahuri, et sur le même ton que Mass nay.

Tu parles !

COUSTOUILLU, allant à Francine qui, ayant fait le tour (lu piano pendant ce qui précède, est redescendue peu à peu à 1 angle droit du piano et du canapé.

Quant à vous, madame, je vous garda-s pour la bonne bouclie : la dernière!... Vous allez bien depuis hier?

FRANGINE, bas et vivement.

Mais faites donc attention, voyons ! vous ne bafouillez plus !...

COUSTOUILLU, bas et vivement.

Anl oui! (Haut et essayant maladroitement do bafouiller.) Ilein? euh! je... je... parce que le le...

MASSENAY, qui ne s'y trompe pas, gouailleur.

Oui, oui. oui !

COUSTOUILLU.

Alors, mon cher, euh... !

MASSENAY, lui soufflant, moqueur.

... Massenayl

COUSTOUILLU, sur le môme ton.

Massonay... oui, euh!...

MASSENAY.

Et puis. j(> ne sais pas pourquoi tu te remets à bafouiller ? tout à l'heure, quand tu os entré, il semblait q.ie tu étais guéri.

LA MAIX PASSE ! 311

GOUSTOUILLU.

Hein? euhl... Je vais te dire : depuis quelque temps, je suis un traitement pour ça, et ça va beaucoup mieux; tiens, tu vois.

MASSENAYj toujours ironique.

Oui, oui, oui I

GHANAL, à part.

Mon Dieu, les pauvres 1

GOUSTOUILLU.

Mais ce n'est pas tout ça! Voici ce qui m'amène : je voulais te faire part d'une idée que j'ai eue et savoir si elle t'agrée...

MASSENAY, affectant un air très intéressé.

Vraiment?... Et quoi donc?

GOUSTOUILLU.

Eh bien voilà : je trouve qu'amis comme nous le sommes, nous demeurons bien loin les uns des autres...

FRANGINE, MASSENAY, GHANAL, à part.

Hein?

Pendant ce qui suit en entendant Coustouillu s'enferrer Massenay qui est côte à côto avec Chenal, mais un peu plus en avant que lui, manifeste sa satisfaction en lui donnant sur la poitrine de petites tapes du plat de la main renversée. — Chanal lui donne malicieusement une bonne tape sur la main, GOUSTOUILLU, sans s'apercevoir du jeu do scène.

Tu as un entresol à louer... Qu'est-ce que tu dirais de m'avoir pour locataire?

312 LA MAIX PASSE !

MASSENAY, hypocritement.

Toi?

FKANCINE, à part.

L'imprudent !

MASSENAY, allant à Coustouillu.

Mais à la bonne heure ! Toi ! Toi ! mais je crois bien ! un ami comme toi ! Parle-moi de çal

Il remonte au-dessus de la table pour redescendre entre celle-ci et !a cheminée, cela, jusqu'au fauteuil (droite de la table) qu'il tire à lui de façon à l'amener devant la dite table, à laquelle aussitôt, il s'installe pour écrire.

GOUSTODILLU.

Brave ami !

GHANAL, à part, allant à la cheminée.

Xon, quel rôle joue-je. mon Dieu ? Quel rùle joue-je.

MASStNAY, s'apprètant à écrire.

Quand veux-tu ça ?

COUSTOUILLU.

Mais tout de suite... j'emménage demain et je couche après demain.

MASSEN'.\Y', ironiquement.

Et tu couches après demain !... Parfait, parfait!... (Affectant l'air contrarié.) Ah I diable I c'eSt

qu'après-demain je ne serai pas là!... (avcc perfidie.) je passe toute la journée jusqu'au lendemain à Rouen.

COUSTOUILLU et FRANGINE.

Ah!

Ils ochaugcut uu coup d'œil do conuivcnco. Chaual trou-

vant qu'il va trop loin, a posé comme pour 1 arrêter sa main droite sur le poignet gauche de Masaenay. De la main droite celui-ci donne une tape sur la main de Cbanal, puis :

MA.SSENA.Y.

Mais au fait, tu n'as pas besoin de moi! le concierge sera là pour t'installer.

GOUSTOUILLU.

Oui, oui, ne t'inquiète pas.

MASSENAY, écrivant.

Je vais m'occuper de ça tout de suite.

GOUSTOUILLU.

Merci.

GHANAL, à part.

Ah I le malheureux !

GOUSTOUILLU, bas à Francine.

Mercredi soir alors ?

FRANGINE, sur le ton d'une personne décidée à la vengeance.

Soit !

GHANAL, s'approchant et jetant un coup d'oeil par-dessus l'épaule de Massenay.

Qu'est-ce que tu écris là ?

MASSENAY, qui vient d'apposer sa signature au bas de la lettre qu'il vient d'écrire.

Tiens, lis!

Il remet le papier à Cbanal, et descend à gauche de la table, tandis que C.hanal descend par la droite. GOUSTOUILLU, près de Francine — do loin.

C'est mon bail ?

MASSENAY^ avec un sourire machiavélique.

Oui, oui I c'est ton bail.

GOUSTOUILLU, de confiance, à Francine.

C'est mon bail.

GHANAL, lisant.

« Monsieur le Procureur de la République I ... »

MASSENAY, lui enlevant subitement le papier des mains^

Chut I Tais-toi I

GHANAL) avec inquiétude.

Mais qu'est-ce que tu comptes faire ?

MASSENAY.

Tu le demandes ? mais exactement ce que tu as fait pour moi.

GHANAL.

Le flagrant délit ?

Ahl mon cher, je suis de ton école : « le mariage est une partie de baccara...? » A lui les cartes I la main passe I

GHANAL.

MASSENAY.

GHANAL.

Ah!... non, non. ça n'est plus une main!... c'est une muscade I

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