‹ La Maison dans l'oeil du chatChapitre 2 sur 20 · VI II · texte numérisé non relu

VI II

ont oublié que lenfance est grave, souvent, méprise la farce et prend en pitié le conte extravagant. Tu composeras sans doute, vers dix ans, un livre qui me fera rire et songer; — mais moi je nose pas inventer une histoire pour toi, Cest trop difficile. Laisse cette page, tourne-la : tu vas trouver Pimage et le mot qui manquent à ton rêve. Celle qui converse puérilement dans ce livre avec le Chat et la Grenouille, n hésite pas à chanter les Étoiles, ni à suivre les pas de la Nuit, de la Fumée, du Rayon, et se penche familièrement sur rÉternite- Elle adjure le Bateau de la conduire vers « les forêts indomptables » qui ont des constellations dans leurs branches. En même temps que l'œuf tiède, la fraise, la poupée, elle exige « l'horizon tout entier >, et les villes d'or que le feu dresse et consume dans Pâtre, elle nomme le navire son frère et le monde un « jeu immense et prenant >, elle se sait < riche comme la vie » / Tu vois bien, tu vois bien que c'est une vraie enfant, celle qui

AVERTISSEMENT A BEL-GAZOU

écrivit ce livre. Un cœur d'enfant seul se sent assez grand pour posséder r univers.

Tu aimeras ce livre ^ Bel-Gazou. Tu r aimeras peut être assez pour qu'il soit le premier secret, le. premier livre que je trouverai caché sous ton oreiller.

Je te demanderai pourquoi il est là, et je f approuve à l'avance de me répondre, avec cet air distant dont tu décourages déjà les indiscrets : — Ah... je ne sais pas... je ne sais pas..

Colette.

1 fl

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