‹ La Maison dans l'oeil du chatChapitre 6 sur 20 · CE QU'ILS PENSENT · texte numérisé non relu

CE QU'ILS PENSENT

« Moi j'aime les sapins noirs, dit Jacques, où il y a des renards. »

« Moi j'aime les clairières, dit Luce, où il y a des pavots. »

Et le grand feu qui crépite offre, à leurs yeux, le mystère du bois qui s'effrite, en découvrant dans les cendres des sites et des villes que leurs désirs ne pourront jamais posséder.

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LES GRENOUILLES

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LES GRENOUILLES

Dans la mare, coassent les grenouilles, les belles grenouilles, vertes comme l'herbe et les pommes vertes, avec leurs petits yeux ronds, et leur ventre blanc tendu comme un tambour.

L'eau clapote autour d'elles.

Dans la nuit, elles sont seules, avec la chouette, qui osent crier. Mais leur chant tinte aussi limpide

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et harmonieux qu'une cloche de cristal et c'est une joie, penché sur le mur, que d'écouter comme Mathieu (celui de l'histoire du cheval) les grenouilles chanter dans la nuit d'été.

Les nénuphars, ces grandes plantes aux fleurs blanches, et aux queues caoutchoutées, offrent aux grenouilles, des perchoirs, qui deviennent dans la nuit des ronds de clarté.

Mathieu rêve... c'est un garçon très distrait, pas méchant, mais presque bête. Il se souvient du temps, où avec des camarades il allait le soir, jeter 'des pierres dans la mare pour faire des ricochets. Les grenouilles piquaient toutes ensemble une tête dans l'eau et n'osaient plus reparaître que longtemps après. Car les grenouilles, aussi, malgré qu'elles soient petites, sans poil, et froides à toucher, comprennent bien des choses et se méfient de l'homme. De la terre, elles ne connaissent rien, que la vase, le cresson, Thumidité qui entoure les mares. Du ciel^ elles connaissent

LES GRENOUILLES ^3

les étoiles, auxquelles elles coassent leur admiration ; mais des lavoirs, des ruisseaux, des étangs, elles savent tout et c'est cela qu'elles se' racontent, une fois le soleil couché, assises au bord de l'eau.

« Oh ma chère, j'habite une merveilleuse maison en herbe tressée » — « Où habitez-vous donc, ma chère ? » — « Mais le grand étang du bois enchanté ! » — « C'est très bien en effet, plein d'ombre et de silence, mais pourquoi venez-vous jusqu'à cette mare, vous avez des voisines au bois enchanté ? » — « Mais ma chère, c'est parce que je vous aime. »

Dans un autre coin, on entend : « Je m'abrite du soleil sous une feuille de nénuphar, il y a du sable jaune et des cailloux luisants » ; une autre dit : « Le lavoir n'est plus tenable, on y lave du matin au soir et le savon, dans l'eau, me donne mal au cœur. » Une autre très jolie grenouille, avec des reflets d'or sur les épaules, montée sur une pierre moussue improvise cette poésie

aux étoiles : « Belles étoiles, vous êtes brillantes comme sous une rosée perpétuelle, vous vous allumez à l'heure où je monte sur la terre ! j'aimerais, avec mes pattes vertes comme des brins d'herbe, faire de vous un bouquet que j'emporterais dans ma maison aquatique. Vous êtes les boutons d'or du ciel ! »

Ainsi jusqu'à l'aube, cachées dans les marécages, les grenouilles causent et jouent.

Et ceux qui écoutent, penchés sur le mur, comme Mathieu, finissent par comprendre que les grenouilles sont les gardiennes des nuits d'été..., et les amies des fées.

SUR LE LAC

SUR LE LAC

File dans l'eau bleue « mon navire ».

Coupe le lac en deux « mon navire ».

Légères aux mains sont les rames fines !

Le bois mouillé sent bon le plein air.

Et je suis mon seul Capitaine ! mon Second

Mes mousses ! le mât de misaine,

tout à la fois : ô liberté !

Fendons Tonde.

Mettons-y bien d'aplomb

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les deux ailes de notre coque

comme deux ailes d oiseaux dans l'espace !

comme deux ailes de mouette sur le lac !

L'horizon tout entier ô « mon navire »

nous appartient.

Chaque brassée de tes rames vigoureuses

qui nagent... presque aussi bien que moi,

nous y porte en conquérant !

Le monde n'est pas un fantôme effroyable

ni un revenant !

Mais un jeu immense et prenant

qui s'offre !

Don inestimable

et nous y allons tous les deux,

Toi, me portant plus docile qu'un cheval

moi ! te conduisant et t'insufflant

par le bois des rames

mon âme pleine de curiosité et d'amour.

Et nous allons ! entreprenant dès aujourd'hui

le grand voyage...

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celui que les infirmes appellent

la lutte pour la Vie !

Mais nous sommes solides,

construits avec les durs et noirs sapins des montagnes,

la résine pleine et odorante

coule dans nos veines

et nous sommes le produit de la terre et du ciel.

Ce n'est pas pour rien que les vents les plus âpres

— sur les sommets où nous fûmes plantés —

ployèrent et harcelèrent nos branches basses

et nos branches élevées !

Ce n'est pas pour rien que le soleil de midi

fit bouillir notre résine

et craquer notre écorce.

Ce n'est pas pour rien que les constellations

se mêlèrent à notre branchage,

posant dans l'ombre des aiguilles,

le scintillement des étoiles

qui sont, elles aussi, des mondes !

Ce n'est pas pour rien que les loups hurlèrent

les nuits de neige et d'hiver

et frôlèrent nos troncs

avec leurs poils rudes de bêtes affamées.

Ce n'est pas pour rien que le bûcheron nous prit ;

ce n'est pas pour rien qu'après de longs stages

dans les usines grinçantes

avec des ouvriers,

nous en sortîmes enfin !

façonnés et polis

pour lutter avec l'onde

riche comme la Vie.

O « mon navire » ! mon frère,

toi qui as sur moi la supériorité

de ta vie placide d'arbre !

conduis-moi vers l'horizon,

où sont d'autres forêts indomptables,

avec aussi des constellations

dans les branchages.

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la nuit.

Conduis-moi !

Je suis ton Capitaine

neuf et émerveillé.

Je suis le mât de misaine

et le phare allumé.

Allons ! file dans Feau bleue

« mon navire ».

Coupe Tonde en deux.

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