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La Maison de Caix, rameau mâle des Boves-Coucy

« Quel contentement me seraitce d'ouïr quelqu'un me récitant les mœurs, le visage, la contenance, les plus communes paroles et les fortunes de mes ancêtres ! Combien j'y serais attentif!... »

Montaigne,

,c livre familial que nous publions ici n'est ni une histoire, ni une généalogie. La première prétention ne serait pas justifiée par la modestie de la maison dont il contient les annales et qui, bien qu'issue de grands barons féodaux, a vécu sans illustration dans son obscurité provinciale.

La seconde épithète lui serait aussi mal appliquée, car, pour la lui mériter, il eût fallu à son auteur la complaisance qui a toujours été la qualité maîtresse

des faiseurs de généalogie, quelqu'officiels et quelque patentés qu'ils aient pu être. On connaît, en effet, la recette employée par les plus fameux, les d'Hozier en tête, pour établir la lignée des familles au Moyen- Age; elle est simple et à la portée de tout le monde : prendre les personnages du même nom, les souder les uns aux autres grâce à une filiation fantaisiste, au besoin boucher les trous laissés par les documents en inventant des personnages au moyen d'un ingénieux dédoublement de prénom, tel est le procédé en usage. Il arrivait parfois, comme on pourra en voir des exemples cités dans ce volume lui-même, que le fils était indiqué comme le frère aîné de son père, ou qu'on faisait naître un enfant, de parents morts un demi-siècle avant sa naissance; mais tout cela passait sous la signature du héraut d'armes, et le pavillon couvrait la marchandise. On ne prévoyait pas encore notre époque d'investigation patiente et de recherche acharnée.

L'érudition moderne, en effet, plus sévère et plus précise, ne se contente plus de pareils à peu près, et le présent livre n'a d'autre prétention que d'être une œuvre d'érudition et de bonne foi.

Il raconte, autant que les documents le permettent, et en accompagnant chaque affirmation de sa preuve, les vicissitudes d'une vieille maison picarde au Moyen-Age. Il explique ses origines, suit les divers membres dont la trace s'est conservée, dans les

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phases de leur existence, établit leur filiation quand cela est possible, étudie la décadence de la maison à partir du XVP siècle, et indique sommairement les causes de cette décadence et son relèvement à partir du XVIIP siècle.

a La vie, a dit un historien de la noblesse ', la vie est une révolution continuelle où les uns montent de la pauvreté aux richesses, et les autres descendent des richesses à la pauvreté, n'y ayant rien qui soyt stable au monde; d'où il tant inférer que la noblesse abattue se peut relever, et celle qui est élevée par la bonne fortune peut aussy tomber dans la décadence. »

Cette citation résume assez bien la destinée des Caix de Picardie. Si on peut les suivre dans le cours des temps, malgré le rôle modeste qu'ils ont joué, c'est qu'ils restèrent, pendant huit siècles et plus, attachés à leur pays originaire, et que l'aire géographique dans laquelle se mouvèrent les plus nomades d'entre eux, ne dépassa guère Amiens au Nord, Laon à l'Est, Compiègne au Sud et Beauvais à l'Ouest. On les reconnaît donc à travers l'enchevêtrement des noms propres qu'ils portèrent et des fiefs qu'ils eurent en leur possession, sur le vieux plateau Santerrois et dans les contrées voisines.

' L.\ RodUE : Traité de la Noblesse, p. 351.

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Issus, comme l'écrit quelque part Siméon Luce ' en parlant de Philippe de Maisiéres, une des illustrations du pays, issus « de cette forte race de Santerre qui passait au Moyen-Age pour la plus

énergique de tout le royaume », ils résistèrent

aux mille causes de destruction qui frappèrent aux X\'"-' et XM"-^ siècles tant de vieilles familles chevaleresques.

Malheureusement, leur énergie s\isa sans grand profit pour leur maison et ils surent rarement faire valoir les services qu'ils rendaient aux puissants du jour.

Le grand nombre d'enfants, dans chaque branche et à chaque génération, fut aussi une cause de déchéance ^

L'exemple d'une famille qui disparaît momentanément dans la médiocrité et l'oubli, pour reprendre

' La France pendant la Guerre de Cent Ans. Paris, Haclicttc, 1893, 2 vol. in-i2, II, p. 76.

* « Au Moyen-Age », dit un savant auteur que j'aurai bien souvent roccasion d'appeler à mon aide, et que je suis heureux de pouvoir citer au seuil de ce livre (Vicomte de Poli : Essai d'introduction à l'histoire généalogique, p. 214), « au Moyen-Age, avec des dix et quinze enfants, qui la plupart en avaient ensuite autant, le nom se multipliait rapidement, à l'infini, et bientôt c'était une fourmilière d'homonymes, les uns favorisés, les autres maltraités de la fortune; tandis que ceuxci montaient dans la noblesse, ceux-là tombaient dans la roture; la poussière des âges aidant, la trace même d'une commune extraction se perdait d'autant plus vite que l'écart social était plus considérable. On a dit que les malheureux n'ont pas d'amis : avec le temps, ils n'ont même plus de parents; c'est le train de l'humanité. »

ensuite son rang dans la noblesse et reconstituer ses titres, a été fréquent à toutes les époques.

Sans sortir de la maison de Boves et de Coucy, ses historiens, Lallouette et D. Toussaint du Plessis ont bien ignoré l'existence du rameau des Coucy- Poillecourt, issu de la branche de Coucy-Vervins, et il fallut à ses membres faire, en 1769, la preuve de leur filiation jusqu'à Raoul de Coucy, R'*-' du nom, seigneur de ^\Tvins et de Poillecourt (quatorze générations i ) lequel, d'après ces auteurs, n'avait pas laissé d'enfants, et reconstituer d'un coup sept degrés de leur race, pour se faire reconnaître incontestablement de l'estoc de Dreux de Boves et d'Enguerran I de Coucy.

Ce serait, d'ailleurs, se tromper étrangement que de voir uniquement dans ces reconstitutions f^imiliales, de simples manifestations d'amour-propre, légitime sans doute, mais sans aucune portée, môme pour ceux dont il rétablit les titres. A notre époque plus qu'à toute autre, il convient de faire revivre le passé.

Que seront, en effet, les familles de demain? Autant vaudrait demander ce que sera notre état social dans un prochain avenir. Rien que de triste, sans doute, si l'on en juge par les idées qui régnent aujourd'hui. La blague — mère du cabotinage — envahit tout, corrompt tout. La famille n'y échappe

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pas plus que la politique et la littérature. Parmi les jeunes gens qui ont derrière eux un passé familial honorable ou glorieux , beaucoup , rongés par roisiveté, ridiculisés par le snobisme dont ils sont les esclaves, se désintéressent de plus en plus de toutes choses utiles, perdent toute notion traditionnelle, et l'épithéte d' « ancêtres », appliquée à leurs pères ou à leurs aînés, devient dans leur bouche un terme méprisant et grotesque. Nous croyons donc que c'est faire œuvre louable que renouer la chaîne des traditions, montrer aux vivants d'aujourd'hui par quels liens ils tiennent aux morts d'autrefois, et c'est ce que nous avons tenté de faire, dans notre très modeste sphère, en ce présent ouvrage. Si les documents qu'il contient peuvent intéresser quelques rares érudits, ce sera par surcroît; mais ce que nous avons voulu, avant tout, c'est reconstituer les archives d'une famille et, en les f^iisant imprimer, pouvoir les mettre à la portée de tous ceux qui en font partie.

a Quand on croit devoir beaucoup au Nom et au Sang qui nous a fait naître, a écrit un vieil auteur \ on prend rarement des sentiments qui y fassent déshonneur. »

En terminant, il me reste à remplir un devoir de

' Comte DE BouL.MNViLLiERS : Hisloiic de sa maison.

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