PAU
NOZÏÈRB ET Ch. MULLER
D'après le roman de Paul REBOUX
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La Maison de Danses au théâtre du Vaudeville
M Paul Redoux a débuté il y a ^ une douzaine d'années par des volumes de vers, qui furent tout de fniite appréciés du public : les Matinales, les Iris noirs (quMl ne faut pas confondre avec F Iris noir, le roman de Gaston Volnay — M. Emile Maulde
— tout vibrant de la lumière et de la chaleur du soleil corse) et Missel d' amitié, omé de vignettes par le poète luimême ; tous ces ouvrages témoignaient, par l'harmonie et Tampleur de leur rythme, par la facilité des images et par la riche profusion des épithètes, de Tinfluence parnassienne ; son roman Josette fut la manifestation d'un effort plus personnel ; puis, la Maison de danses parut et plaça son auteur au tout premier rang de nos jeunes romanciers ; il y a dans cette œuvre le reflet des couleurs ardentes de la terre et du ciel de l'Espagne, l'écho tumultueux de ses «oUé! * et du grincement de ses guitares et du choc de ses castagnettes, l'émanation de ses odeurs de fruits juteux et de chairs moites, de ses parfums de fleurs et de cosmétiques, et toute l'expression d'une seiisualité exubérante et puissante.
M. Charles Millier, lettré fin mais moins abondant, et grand vojrageur, avait collaboré entre tempe avec M. Reboux à la composition d'un volume de pastiches de nos écrivains en vogue:
A la manière de.., qui est une manière de petit chef-d'œuvre, à la suite de quoi il s'était lié d'amitié avec son collaborateur.
De son côté M. Paul Reboux avait, au cours d'une fraternisation d'armes
— pendant une période de vingt-huit jours, à Bemay — resserré ses liens de camaraderie avec M. Nozière,sur l'œuvre de qui il est superflu que nous nous étendions ici tant nos lecteurs le connaissent, soit par les Courriers de Paris de jadis, soit par les extraits de ses critiques de théâtres si souvent reproduits dans ces colonnes, soit par la pièce, les Deux Visages, parue ici même le 27 novembre dernier.
Et voici enfin comment les trois écrivains furent appelés à collaborer ensemble, d'après les déclarations res.
pectives, se confirmant réciproquement, des deux auteurs de ces cinq actes :
« n y a quelques années — c'est M. Charles Millier qui parle à M. Georges Ta! mont, de Cowœdia — Reboux et moi eûmes l'idée d'écrire une pièce dont l'action véhémente et passionnée se passerait en Espagne. Nous établîmes un scénario très nidimentaire et entreprimes une documentation.
Reboux en rapporta la conviction qu'il y avait lieu de faire d'abord non une pièce, mais un roman espagnol, et me demanda de renoncer momentanément au projet théâtral. Je consentis.
Nous fîmes tous deux un voyage en Espagne. De retour, Reboux alla — suivant sa méthode de travail — faire une retraite à la campagne, et revint avec son manuscrit terminé. Le roman parut. Succès. Du temps passa, «récrivis une pièce en utilisant le premier scénario, enrichi par les apports du roman. Elle fut lue à M. Porel. qui demanda que le caractère du principal personnage fût modifié. Je modifiai. La pièce fut relue à M. Porel, qui ne jugea pas les modifications conformes à son désir. Je craignis, si je remaniais davantage, de tout abîmer, et décidai d'attendre que les circonstances me permissent de présenter la pièce ailleurs. »
Pourtant M. Porel avait songé à cette pièce pour monter un spectacle de dix représentations au Théâtre Femina. M. Marcel L'Heureux, secrétaire général de Fenina, au courant des pourparlers, pria alors M. Nozière d'intervenir — et voici ce qui se passa, d'après une lettre même de M. Nozière au Figaro :
« Je pris connaissance du manuscrit de M. Millier et Teus, dans le cabinet de M. Marcel L'Heureux, un entretien avec MM. Porel et Reboux. Je leur déclarai qu'à mon avis il fallait faire une pièce nouvelle
» Quelques semaines plus tard, je lisais la première partie à M. Porel qui recevait la Maison de Danses non plus pour le Théâtre Femina, mais pour le Vaudeville.
» Je ne me suis jamais entendu avec M. Mûller sur la marche que je donnerais, à l'intrigue sur les personnages que j'y introduirais, sur les changements de lieu, en un mot sur la pièce nouvelle que j'écrivais. Je n'ai eu avec M. Mil .1er nulle conversation, nulle entrevue. Mais j'ai pris, dans la pièce qu'il avait composée, notamment de bonnes scènes pittoresques que j'ai d'ailleurs déplacées, des indications de mise en scène telles que la représentation des danses, en un mot l'atmosphère de la Maison de Dinses.
J'ajoute que M. Muller, sur lademande de M. Reboux à qui j'envoyais mes actes, a bien voulu relire mon texte et lui donner un caractère espagnol.
Pour ces raisons il signa avec moi. Il m'a paru juste, en effet, d'associer M. Millier à toute la fortune de cette pièce qui est un peu la sienne, comme te scénario du livre de M. Paul Reboux était un peu le sien. »
Et M. Charles Muller déclarait d'ailleurs de son côté, en corroboration de ces lignes :
« Peu de temps après que j'eus fait transmettre mon manuscrit à M. Nozière arrivèrent chez Reboux, à quelques jours d'intervalle, des envois de mon collaborateur. Un acte à la fois.
En tout, quatre actes et cinq tab'eaux, merveilleusement rédigés, dans le surprenant dé ai de que ques semaines.
J'y retrouvai une notab.e proportion de mon texte, réparti en des scènes re-
nouvelées avec art et b'ées à une action presque toute personnella L'essentiel de ma mise en scène et tout le côté pittoresque avaient été fort ingénieusement utilisés. Seul, le dialogue, an point de vue de la couleur locale, nécessitait une revision, que je fis avec le plus grand soir» page par page, en mettant à profit ma connaissance directe des cnoses de l'Espagne.
» Et voilà ce que fut ma collaboration avec M. Nozière, que je ne vis jamais, aiasi qu'il l'a dit lui-même, à partir du mo aient où il devint mon collaborateur.
* Au début de cette année-ci, je partis pour le Soudan et restai éloigné de Paris plusieurs mois. Durant mon voyage, j'appris que la pièce avait été reçue par traité au Vaudeville.
» A mon retour, les engagements étaient faits, la date approximative de la représentation arrêtée... »
Les premières répétitions des danses eurent lieu chez le compositeur VaU verde, dans les sous-sols du magasin de musique : c'est là que se forment toutes les danseuses espagnoles de Paris : le directeur du Vaudeville et les auteurs de 1% Maison de Danses y ont recruté tout le personnel de figurants d'au delà les Pyrénées, et l'orchestre de mandolinistes et de guitaristes qui devaient entourer les danses d'Estrella.
La presse a fait, tout entière, un vif éloge de cette œuvre ; la plupart des critiques se sont attachés à analyser les dissemblances qui existent entre le roman et la pièce.
M. Ernest La Jeunesse rappelle»
dans le Journal, avec quelle verve M. Paul Reboux avait écrit le très vivant roman dont MM. Muller et Nozière ont, l'un après l'autre, tiré cette pièce :
« M. Millier est fort éruditet se pique de connaître l'Espagne en détail et à fond ; quant à M. Nozière, il est tout esprit critique, toute sensualité nonchalante, toute nosta'gie sceptique et voluptueuse ; il prête à l'actua ité des voiles antiques et fins et trousse sur n'importe quoi des dialogues platoniciens et aristophanesques, des fantaisies profondes et parisiennes que Taine et Renan pourraient signer, — après leur mort.
» Le roman de M. Reboux était fort dramatique et terriblement pittoresque : après cette merveille de Pierre Louys, la Femme et le Pantin, après l'âpre et délicieuse Marquesita du pauvre Jean -Louis Talion, il nous faisait goûter du fruit vert, du piment sang an t des Espagnes. M. Nozière, en transportant sur la scène les journées, de M. Reboux et de M. Miiiler, y a ajouté du sien, de la grâce, de la cruauté, de la perversité, de la philosophie, et, dans des décors somptueux et magnifiques, dans une mise en
(Voir la suile à Vaoant-dtrnière page de la eoaoerture,)
par
NOZIÈReI"^ Ch> MULLER D'après le roman de Paul REBOUX
M. Charles Muller.
M. Paul Reboux.
La Maison de Danses a été représentée, pour la première fois, le 13 novembre 190g, au théâtre du Vaudeville.
'HOTOCÏAPHIEI BEBT
CDpî'nght by Noiière and Ch. Mùller, 1910.