Scène III
RAMON, TOMASA, ESTEELLA
ESTBELLA, se dirigeant vers la porte. — BonSOir, dona
ToDiafia I
Ramon. — Où vsjs-tut
EsTRELLA. — Je vais me coucher.
Ramon. — Où çaî
EsTBELLA. — Je ne sais pas encore!
Ramok. — C'est pour rire, n'est-ce pas?
EsTRELLA. — Mais non! Je croyais que votre mère vous avait averti!
Ramon, à Tomasa. — Tu savais f
ToMASA. — N'est-il pas plus sage qu'elle n'habite plus ici?
Ramok. — Et moi! Et inoil Je l'adore! Je te l'ai dit, je l'adore ! Et tu veux que je la laisse s'en aller, dans les rues, la nuit, pour rencontrer des hommes I
EsTRELLA. — Vous u'espérez pas me renfermer ieit
Ramon. — Tu ne t'en iras pas!
ToMASA. — Laisse-la partir ! Ça vaut bien mieux!...
Ramon. — C'est comme si tu disais qu'il vaut mieux que je meure.
Egrcrella. — A votre aise, je m'en irai demain matin.
Elle remonte.
Ramon. — Tu en prends facilement ton parti ! Le galant qui t'attendait ne te plaît guère, il paraît...
EsTBELLA. — Je suis brisée de fatigue, je vais dormir. Bonne nuit!
Ramon. — H se promène sous le clair de lune en espérant que tu viendras. Ou bien il est couché dans un lit, et il croit sans cesse reconnaître ton pas dans la rue. Ecoute, mon ami, ce n'est pas Estrella qui vient. Elle ne viendra pas cette nuit.
EsTRELLA. — Bonne nuit, Tomasa.
ToMASA. — Bonne nuit.
Estrella ouvre, la porte qui mène à l'intérieur.
Ramon. — Estrella! Estrella! Tu n'as donc pour moi nulle reconnaissance?
Estrella. — Je vous ai beaucoup d'obligation, Ramon, et aussi à Tomasa. J'espère que vos conseils et vos leçons n'auront pas été inutiles et que vous ferez de belles recettes.
Ramon. — Je me moque de l'argent.
Estrella. — Dois- je par reconnaissance?... Oh! Et puis, je suis fatiguée. Bonne nuit!
Ramon. — Va-t'en!
Tomasa. — Ramon !
Ramon. — Va-t'en ! Aujourd'hui ou demain, puisque tu dois partir, ça m'est égal. Va-t'en! Allez, hors d'ici! Bon voyage! C'est une maladie qui s'en va!
Estrella. — Comme vous êtes méchant!
Ramon. — Ah! Ça va mieux! Tu m'étouffais! Il me semble que je t'ai crachée! Allons, déguerpis, j'en ai assez de te supplier, de te menacer. Porte-toi bien !
Estrella. — Bonne nuit donc, Tomasa, et merci!
Tomasa. — A demain soir, sois exacte. ;
Estrella. — Oui, au revoir, don Ramon. Je ne voudrais pas vous quitter ainsi, ce soir... Si vous n'aviez pas des idées si folles, vous sentiriez combjien je vous suis attachée.
Ramon. — Soit, au revoir!
ES'nRELLA^ lui tendant la main. — Bonne nuit!
Ramon, saisissant la main. — Estrella!
Estrella, se dégageant. — Bonne nuit !
Elle se dirige vers la porte ; Ramon s'élance et y arrive avant elle.
Ramon. — C'est Benito qui est là devant la porte ! C'est lui qui t'attend?
Estrella. — Oui!
Tomasa. — Eh! Benito ou un autre!
Ramon. — Je l'ai vu! Je l'ai vu!
Tomasa. — Eh bien! Tu l'as vu!
RÀMON. — Tu comprends, mama, je pouvais croire que cette roulure disait vrai et qu'elle ne songeait qu'à dormir. Et là, devant notre maison, je vois celui qui me l'enlève, celui qui va la posséder.
Estrella. — Vous êtes fou!
Ramon. — Je ne veux pas ! Je ne veux pas !
Estrella. — Vous avez pensé que j'irais choisir Benito! Le bel amoureux! U n'est plus jeune. H tremble devant sa femme, Amalia; il berce tous les soirs ses enfants. L'homme que j'aimerais je veux qu'il m'appartienne!
Ramon. — Menteuse!
Estrella. — Vous m'insultez ! Je suis plus propre que vous ! . Je ne me donne pas en passant. Je m'attache. C'est ce que vous ne comprenez pas. Je lis avec tous, mais je ne me donnerai qu'à un seul.
Tomasa. — Ne la crois pas, Ramon! Je vois où elle veut t'entraîner! Elle a appartenu à Pepillo, à Benito. Elle me Ta dit I
Estrella- — Ce n'est pas vrai !
Tomasa. — Oui, oui! Tu veux que mon fils te retienne et qu'il me chasse!
Estrella. — Moif
Tomasa. — Tu veux qu'il t'épouse! Je le sais.
Estrella. — Moif Je veux m'en aller!
Ramon. — Si tu n'es pas la maîtresse de Benito, qu'attend-il T
Estrella. — Ha retenu pour moi une chambre, et il me conduit à ma porte.
Ramon. — Ouit
Estrella. — Je le jure!
Ramon. — S'il en est ainsi, tu ne crains pas de lui faire de la peine en restant ici cette nuit?
Estrella. — De la peinet Ah ! non !
Ramon. — Eh bien! Dwune-moi cette preuve de ta reconnaissance t Demeure dans la maison jusqu'à demain.
Estrella. — Je suis heureuse dé te faire plaisir. Bonne nuit.
Elle remonte vers la porte de rintérieur.
Ramon. • — Parle-lui, mama, c'est gentil ce qu'elle fait là.
Tomasa. — Oui, oui! Bonsoir, Estrella!
Estrella. — Bonsoir!
Elle sort.