‹ La maison de granitChapitre 1 sur 50 · A CEUX QUI PLEURENT · texte numérisé non relu

A CEUX QUI PLEURENT

Et qu'importe si, dans les pleurs, S'éteint Vadorahle lumière.

Puisque ses divines splendeurs Illuminent la vie entière.

Mes lèvres avaient soif de la tendresse humaine; Je voulais la douceur de ce vin généreux Fait des fruits les plus beaux du terrestre domain! Où nous passons, brûlés du désir d'être heureux.

Mais je n'ai pas reçu la parole de vie

Que j'attendais de ceux qui suivaient mon chemin

Seule, désespérée, ardente, inassouvie,

J'ai défailli sous les morsures de la faim.

Nulle âme n'est venue apporter à mon âme

Tout l'in'.ini d'amour qu'il nous faut pour remplir

La courte immensité de ce tragique drame :

Un long devoir, à peine un jour pour Taccomplir.

Et pourtant nous vivons séparés, solitaires ;

Un abîme se creuse à chacun de nos pas ;

Nous demandons du pain, on nous donne des pierres,

Et l'être le plus cher un jour ne répond pas.

Les mains, les chères mains pieusement aimées, Dont le travail faisait mon avenir si beau, Ont laissé retomber, pour toujours refermées, Sur mon âme d'enfant la pierre d'un tombeau.

0 pierres de la mort et de l'indifférence, De l'amour égoïste et du désir brutal, Blocs sombres de la haine et de la violence, Vous barrez le chemin tracé vers l'idéal.

Et devant votre masse hostile, menaçante, Plus lourde qu'un rempart fait de bronze et d'airain, J'ai regardé ma main, frêle, douce, impuissante; J'ai compris qu'à ce mur je l'userais en vain.

Et, parce que j'avais un cœur tendre et sauvage, Silencieusement sur mon bras replié J'ai su cacher les pleurs qui baignaient mon visage Pour un peu de secours je n'ai point supplié.

Je me suis relevée ! Entre ces bloos de pierres J'ai dit : Je resterai seule avec ma douleur ! Nul être n'entendra mes regrets, mes prières; Je ne frapperai plus à la porte d'un cœur.

Mais je saurai bâtir avec ce granit sombre La tranquille maison oii je viendrai m'asseoir Lorsque le crépuscule, avec sa robe d'ombre, Rôde comme un voleur embusqué dans le soir.

Là je ne crairrdrai plus les vents et les orages ; Mon foyer restera brûlant malgré l'hiver ; Je verrai se tourner vers moi de doux visages Mon amour grandira de ce que j'ai soufFert.

A Tombre de tes murs j'abriterai mon rêve, 0 ma chère maison ; et sur ton seuil oii meurt Tout bruit, comme le flot des vagues sur la grève. Se brisera la voix de l'humaine rumeur.

Et je m'attarderai sur la blanche terrasse Où la lune s'effeuille en pétales d'argent ; Je lirai dans l'azur pâle les mots que trace En traits de feu le Père au sourire indulgent.

Et le calme des nuits tombera sur le faîte De ma maison tranquille aux lourds murs de granit, Qui, debout, sur le cœur rouge de la tempête, Elèvera sa tour fière vers le zénith.

Et c'est de là qu'un soir, à l'essaim des. colombes, Qui plane en tournoyant au sommet des monts bleus, Se mêlera mon vol quand, par delà les lombes, Je boirai la lumière à la coupe des cieux.

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