‹ La maison de granitChapitre 3 sur 50 · L'ATTENTE · texte numérisé non relu

L'ATTENTE

Où donc es-tu, Toi dont Fàme à la mienne Est destinée et doit m'appartenir ?

Pour te trouver où faut-il que je vienne? Vois, la nuit tombe et le jour va finir.

J"ai regardé bien longtemps sur la route, Mais sans te voir passer sur mon chemin. A chaque bruit je tressaille et j'écoute. . . C'est Toi, peut-être^ et j'avance la main.

l'attente 25

Et quelquefois, dans une chaude étreinte, Je me sens prise ; on m'attire, on me veut ; Un cœur qui souffre a murmuré sa plainte, Et le mien ploie, il palpite, il s'émeut!

Si c'était Toi 1 Si, dans mon ignorance, J'allais te perdre à l'heure oiimeurt le jour! J'ai si longtemps désiré ta présence Que j'y veux croire, et j'attends ton amour.

J'attends legoùt des douceurs éternelles Que cet amour seul pourra me donner; J'attends des mots, des paroles si belles Que je frémis, rien qu'à les deviner.

Pourtant jamais le baiser sur ma bouche N'a pu fleurir malgré tout mon émoi, Car ce n'est pas ta main que ma main touche... Unique ami, ce n'estpas encor Toi !

Entends gémir ma jeunesse sévère Sur des chemins que tu ne suis jamais ; Prends le sentier où je vais, solitaire ; Viens, tu sauras de quel cœur je t'aimais.

Réalité plus belle que mon rêve !

Etre ton bien, ton orgueil, ton bonheur, Ton seul trésor; et, si la vie est brève, Entre tes mains mourir comme une fleur.

La bruyère est en fleur, et les champs de blé noir Exhalent leur parfum de miel dans l'air du soir; Et l'ombre violette aux montagnes lointaines Met un épais manteau qui les rend plus hautaines.

La solitude est grande, et pourtant l'on peut voir Des fantômes légers flotter sur le miroir Glauque et brouillé des lacs, et des voix incertaines Se mêlent par moment au sanglot des fontaines.

Protectrice, à celte heure où tout menace et nuit, L'âme des choses passe et vibre dans la nuit! C'est un souffle cueilli sur la lèvre embaumée D'une femme qui meurt du désir d'être aimée;

C'est, au ras de l'étang que la lune bleuit, Le vol silencieux d'un rêve qui s'enfuit; C'est la brise qui court sur la terre pâmée ; C'est, pour demain, la joie en grains dorés s^mée.

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