‹ La maison de granitChapitre 5 sur 50 · DEVANT LA MER · texte numérisé non relu

DEVANT LA MER

L"été brûle mon cœur, comme il brûle mes lèvres I... 0 flots profonds, ô flots qui guérissez nos fièvres, Seule votre fraîcheur peut me désaltérer î... J'ai pris pour vous trouver Fâpre chemin des grèves, A rheure où j'ai senti mes bras chargés de rêves ; Et, seule devant vous, le soir me voit errer!

Uive où souffle l'odeur des mers silencieuses, Velours du ciel semblable aux sombres scabieuses, Sables roux que jamais ne fleurit le printemps. Je vous cherche pour me sentir un peu meilleure Et pour me libérer de Tattente qui leurre... Heureuse^ heureuse Tàme où ne court plus le temps!

J'ai vu les feux sanglants s'allumer sur les môles,

Et jai senti glisser le long de mes épaules,

Comme un manteau trop lourd, tissé de pourpre et d'or,

Le désir de la vie... 0 vie, ingrate idole.

Le son doux, caressant et vain de ta parole

Ne me trompera plus, s'il me séduit encor.

Car j'ai compris ce soir quel rêve périssable C'est de vouloir graver notre nom sur le sable Que soulèvent les vents accourus du désert ; Ma pensée, attentive à la voix du silence, M*a fait une royale et calme indifférence : Je me suis apaisée en regardant la mer.

0 mer, avec tes eaux profondes et salées Et les brillantes fleurs que les nuits étoilées Te jettent par milliers comme sur un '.ombeau, Ta poses sur tes morts aux mains froides et pâles Un linceul, tout brodé de saphirs et d'opales, Avec la lune d"or pour unique flambeau.

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