ORLEANS
H. HERLUISON, LIBRAIR 17* Rue jeanne-d'arc, 17
HAROLO B. LEE LIBRARY
BRIGHAM YOUNQ UNIVERSITY
PROVO, UTAH
DE
Le 8 mai i855, M§r Dupanloup, Evêque d'Orléans, prononçant le panégyrique de Jeanne d'Arc dans la cathédrale de Sainte-Croix, s'écriait : ce J'aurais voulu visiter ces lieux, voir cette pauvre maison, ces rives de la Meuse, cette vallée d'où Orléans et la France ont reçu le secours de Dieu. — C'est là que croissait parmi les fleurs des champs, simple et pure comme elles, dans la plus aimable innocence, cette pieuse et douce enfant. — Oui,, j'aurais aimé à parcourir ces prairies où elle conduisait les moutons de son père ; à m'asseoir inconnu sur ces rives, aux pieds de quelque vieux chêne, et à méditer là, en silence, pour vous la redire, cette histoire incomparable où le souffle vivant du Seigneur anime tout et où les miracles brillent de toutes parts, comme les étoiles du firmament (i).
(i) Panégyrique de Jeanne d'Arc— Orléans, chez Gatineau, libraire.
Plus heureux que n'était alors réminent Prélat, il m'a été donné de voir Domremy, et de comtempler l'endroit même où est née et où a grandi celle qui, suivant l'expression d'un de ses derniers historiens, a résumé en elle d'une façon merveilleuse et porté jusqu'aux hauteurs de l'ordre surnaturel, le patriotisme français de la fin du moyen âge (i).
Le 25 août 1884, de Plombières où j'avais séjourné pendant une saison, je me dirigeai sur Neufchâteau, charmante petite ville, propre, agréablement située et surtout bien pavée ÇRes miranda populo l) .. . Le souvenir de Jeanne d'Arc commence à s'y révéler aux yeux du touriste. C'est dans cette ville, en effet, que la Pucelle s'était réfugiée avec sa famille pour échapper aux Bourguignons qui s'avançaient vers Domremy « précédés du bruit de leurs rapines et de leurs violences (2). » Le père de Jeanne fut reçu, lui et ses enfants, par une honnête femme nommée la Rousse (3), tenant une sorte d'hôtellerie. Ils y restèrent un certain nombre de jours pendant lesquels Jeanne se rendit aussi utile qu'elle le put. C'est cette circonstance qui a fait dire à Monstrelet, historien Bourguignon : « Laquelle pucelle Jehanne fut grant espace de tems chamberière en une hostellerie et estoit hardie de chevaucher chevaux et les mener boyre et aussi de faire appertises que jeune fille n'ont point accoustumé de faire. » Erreur que partagea Etienne Pasquier, dans ses Recherches de la
(1) Marius Sepet, Jeanne d'Arc, Tours 1884, P-
(2) Le Brun de Charmettes, Histi ans 1 81 7, t. 1. p. 3o5.
(3) Interrogatoire du 22 février 1430.
(2) Le Brun de Charmettes, Histoire de Jeanne d'Arc, Paris 1817, t. 1. p. 3o5.
France, quand, transformant les quelques jours en cinq années, il raconte que Jeanne « au vingtiesme an de son aage, alla à Neuf-Chatel en Lorraine, où elle demoura chez une hostesse nommée La Rousse, et là menoit les bestes aux champs, mesmes les chevaux paître et abreuver ; et ainsy apprit de se tenir à cheval. Après y avoir servi cinq ans, elle retourna chez son père » (i).
Or il résulte de tous les témoignages recueillis dans les deux procès de condamnation et de réhabilitation, que jamais jusqu'à son départ pour la France, Jeanne d'Arc n1 avait servi personne, hormis son père (2), et qu'à Neufchâteau, pendant trois ou quatre jours, en présence de ses père et mère, elle avait aidé l'hôtesse chez laquelle ils étaient logés (3).
En outre, plusieurs témoins ont déposé qu'elle leur avait déclaré pendant son court séjour à Neufchâteau, ce qu'elle n'aimait pas à y demeurer et qu'elle préférait habiter Domremy » (4).
Quoiqu'il en soit, la ville de Neufchâteau où existe encore la maison où s'était réfugiée la famille d'Arc, a voué un culte patriotique à celle qui était venue ainsi chercher un refuge dans ses murs et, après avoir donné son nom à l'une de ses places publiques, elle y fit élever en son honneur une statue en bronze.
(1) Rech. de France. Liv. VI et V.
(2) Déposition de Béatrix Félicité, veuve d^stellin.
(3) Déposition de Gérard Guillemette.
(4) Dépositions de Gonrardin et de Isabelle femme de Girar din de Spinal.
Cette statue due au ciseau du sculpteur C. Pètre et fondue par Vittoz, représente l'héroïne debout, en costume guerrier, tenant dans la main droite sa fameuse bannière et posant la gauche sur la couronne de France qu'elle semble ainsi protéger ; sur le milieu du piédestal se trouve l'inscription suivante :
Monument élevé a la mémoire de
Jeanne d^rc
par la ville et l^arrondissement
de neufchateau
EN L1ANNÉE 1 85g ET LE VIe DU RÈGNE DE S. M. NAPOLÉON III
L'une des faces contient un bas relief représentant Jeanne d'Arc visitée par un ange, alors qu'elle garde ses troupeaux.
Sur la face opposée on lit :
Ont concouru a cette œuvre :
Sa Majesté Napoléon III.
Les départements de
la Seine, des Vosges, du Loiret,
de l1 Aisne, du Bas-Rhi
Les villes et communes de
(Suivent les noms de cent villes ou communes parmi lesquelles j'ai eu le regret de ne point voir figurer celui de Compiègne).
Il est vrai que 20 ans plus tard, en 1880, cette ville a noblement réparé cet oubli en érigeant à son tour, en l'honneur de l'héroïne, la statue qui figure aujourd'hui en face de son bel Hôtel-de-Ville.
Après avoir suffisamment parcouru Neufchateau,
je pris le chemin de fer allant à Pagny-sur-Meuse, et en moins de vingt-cinq minutes, j'atteignis la station de Maxey-sur-Meuse qui dessert Domremy. Ce petit village de Maxey a joué un certain rôle belliqueux du temps de Jeanne d'Arc. Il s'était prononcé en faveur du duc de Bourgogne, tandis que les habitants de Domremy, à l'exception d'un seul, étaient Armagnacs de cœur et de volonté. C'est Jeanne ellemême qui Ta déclaré dans son troisième interrogatoire public subi le 24 février 143 1 : « Je n'ai connu, dit-elle, à Domremy qu'un seul Bourguignon. Et j'aurais voulu qu'il eût la tête coupée, si toutefois tel eût été le plaisir de Dieu ».
Et quand, en présence de l'Evêque Pierre Cauchon, de sinistre mémoire, et de soixante-deux assesseurs, l'ancien recteur de Paris, Jean Beaupère, chanoine de Paris et de Besançon, demanda à l'infortunée captive : « Fûtes-vous jamais avec les petits enfants qui se battaient pour le parti dont vous êtes ? »
Jeanne répondit : « Je n'en ai pas mémoire. Mais j'ai bien vu plusieurs de ceux de Domremy, qui s'étaient battus avec ceux de Maxey (Maxey-sur-Meuse), revenir tout blessés et sanglants. »
En effet, pleins d'enthousiasme, les jeunes gens de Domremy se rassemblaient souvent à la fin du jour et allaient provoquer ceux de Maxey, avec lesquels ils engageaient de véritables luttes où le sang coulait.
Un peu avant la station, on commence à apercevoir sur la hauteur le fameux château de Bourlemont dont les tourelles nombreuses semblent, comme dans la Dame blanche, toucher le ciel, puis
au fond de la vallée qui s'étend de Coussey à Vaucouleurs, apparaît Domremy^ avec son modeste clocher.
Situé sur la rive gauche de la Meuse, qui le longe entièrement, ce village, si plein de touchants souvenirs, prend à la vue l'aspect le plus riant et le plus poétique. Trois cent vingt habitants environ y résident, tous gens travailleurs, et tellement paisibles qu'au dire d'un des leurs, « les personnes déjà âgées ne se souviennent pas qu'il y ait eu un seul procès de leur temps » (i).
De la gare de Maxey, pour se rendre à Domremy deux chemins s'offrent à la vue : l'un en ligne droite, sorte de grande route, bordée de beaux arbres, conduit d'abord à Greux et de là à Domremy en tournant à gauche, quand on atteint la principale rue de Greux ; l'autre, n'est à vrai dire, qu'un sentier tracé dans la prairie ; il commence à l'extrémité gauche du pont sur la Meuse qu'on traverse en sortant de Maxey.
C'est cette dernière voie que j'ai choisie et je la recommande à tous ceux qui seront tentés de faire ce patriotique pèlerinage, surtout par un beau temps. Rien de plus charmant.
Le sentier aboutit à la route de Greux à Domremy et bientôt, en suivant cette route, on atteint l'église du village ; puis quelques pas plus loin, l'ancienne maison de Jeanne d'Arc.
C'est dans cette demeure que vint se fixer, au commencement du XVe siècle, Jacques d'Arc, son père, né vers i375 à Ceffonds, petit village dépendant de l'ab-
(1) Histoire populaire de Jeanne d'Arc par A. F. F. Huin — i856 p. 1 56.
baye de Montiérender (Haute-Marne). A cette époque Domremy était pour ainsi dire exclusivement habité par des laboureurs, quelques pêcheurs et des gardiens de troupeaux.
Le village formait alors une annexe de la commune de Greux. « En 142g, dit M. Vallet de Viriville (Nouvelles recherches sur la famille et sur le nom de Jeanne d'Arc>p. 8J, il avait pour seigneur Pierre de Bourlemont, gentilhomme Champenois.
« Domremy était mi-parti quant à la souveraineté ; une portion de territoire et des habitants à laquelle appartenait la famille d'Arc relevait directement du roi de France, et ressortissait à la prévôté d'Andelot, bailliage de Chaumont, comté de Champagne. L'autre ne relevait qu'indirectement de la couronne et dépendait de la prévôté ou Chatellenie de Gondrecourt, qui ressortissait au duché de Bar. »
C'est à raison de cette circonstance qu'une polémique assez vive s'est élevée dans ces derniers temps, sur la question de savoir si Jeanne d'Arc devait être considérée comme Lorraine ou comme Champenoise ; le pivot de cette discussion est l'emplacement qu'occupait dans le pays la maison même où elle a vu le jour. Cette question, à nos yeux, n'a qu'une importance bien secondaire et toute de clocher. En effet, les deux provinces qui semblent se disputer la naissance de l'héroïne, ne forment plus actuellement qu'une seule et même patrie, mutilée il est vrai, par la désastreuse guerre de 1870. Jeanne d'Arc (que n'existaitelle encore !) est par-dessus tout Française de cœur et d'esprit et, à ce titre, la France entière a le droit de revendiquer sa gloire et sa nationalité.
Quant à Jacques d'Arc, son père, c'était un bon et honnête laboureur, situation qu'il ne faut pas confondre avec celle qu'aurait actuellement un journalier ou simple manœuvre.
En effet, au XVe siècle, la position de laboureur correspondait à celle d'un modeste cultivateur d'aujourd'hui, et, d'après les recherches auxquelles se sont livrés MM. A. de Bouteiller et G. de Braux (i) la famille d'Arc possédait à Domremy environ vingt hectares dont douze en terres, quatre en prés et quatre en bois, parmi lesquels figurait le fameux Bois Chesnu dont il est si souvent question dans le récit des premières années de Jeanne. Elle était en outre propriétaire de la maison qui existe encore et de ses dépendances. Le tout bien cultivé lui assurait donc un certain revenu et elle pouvait ainsi faire l'aumône à ceux qui venaient lui implorer sa charité.
« La plupart des historiens, dit M. Siméon Luce, dans le remarquable ouvrage qu'il vient de publier sur Jeanne d'Arc, ont commis une profonde méprise lorsqu'il se sont représenté Domremy comme un recoin perdu et pour ainsi dire isolé du reste du monde; une route très fréquentée vers la fin du Moyen-Age traversait, au contraire, ce village. Cette route était l'ancienne voie romaine de Langres à Verdun qui passait par Neufchâteau, Vaucouleurs, Void, Commercy et Saint-Mihiel. »... Ce village formait l'extrémité méridionale de la Chatellenie de Vaucouleurs, sans toutefois en relever tout entier. Il était, en effet, traversé de l'Ouest à l'Est par un petit ruissseau, affluent delà Meuse qui le coupait en deux parties: la partie
(i) La famille de Jeanne d'Arc, Paris, 1878, p. i85.
LA MAISON DE JEANNE d'aRC A DOMREMY II
méridionale comprenant une maison-forte située dans une île de la Meuse et une trentaine de chaumières, formait une seigneurie possédée de vieille date par la famille de Bourlemont et dépendait de la Chatellenie de Gondrecourt, c'est-à-dire d'une partie de la Champagne cédée en i3o8, par Philippe-le-Bel à Edouard comte de Bar et mouvant de la Couronne de France ; la partie septentrionale où se trouvait l'église paroissiale, relevait seule de la Chatellenie de Vaucouleurs.
« C'est dans une chaumière située entre cette église et le ruisseau, par conséquent à l'extrême limite du baillage de Chaumont ou du Bassigny champenois, que naquit Jeanne d'Arc. »
Et ailleurs, s'expliquant sur les ressources du pays, le savant académicien dit :
« Domremy se trouve dans une situation privilégiée, et grâce à cette situation d'humbles paysans qui n'avaient que peu de besoins, trouvaient dans le sol même qu'ils cultivaient presque tout ce qui était nécessaire à leur subsistance. Les hauteurs couronnées de hêtres et de chênes séculaires qui enserraient du côté du couchant la vallée où le village est assis, fournissaient en abondance le bois de chauffage ; le gland des chênes permettait d'engraisser des troupeaux de porcs ; le beau vignoble de Greux, exposé à l'orient et grimpant dès le XIVe siècle sur les pentes de ces hauteurs, produisait ce petit vin, acidulé à l'excès, qui n'en flatte pas moins agréablement le palais un peu âpre des enfants de la Meuse, les champs couchés au bas de ces pentes et contigus aux maisons, étaient réservés à la culture des céréales, du froment, du seigle et de l'avoine ; enfin, entre les champs cultivés et le cours de la Meuse s'étendaient sur une largeur de
plus d'un kilomètre, ces prairies verdoyantes dont la fertilité égale la beauté et d'où l'on tire encore aujourd'hui les foins les meilleurs et les plus renommés de toute la France (i). »
A la position de modeste cultivateur, se joignaient pour le père de la Pucelle, l'estime et la considération de ses concitoyens, ce qui prouve qu'il n'était certainement pas le premier venu. Deux actes fort intéressants l'établissent d'un façon péremptoire. L'un, daté du 7 octobre 1423, contient au profit de Robert de Saarbruck, seigneur de Commercy, pour droit de protection et de sauvegarde de Domremy et de Greux, reconnaissance de deux gros par feu : Jacques d'Arc y figure comme doyen du village et vient immédiatement après le maire. Or, d'après M. Edouard Bonvalot (2) il n'y avait qu'un doyen ou sergent dans chaque village; c'est lui qui convoquait les bourgeois aux assemblées électorales et aux plaids, les maires, échevins et jurés à leurs réunions publiques ou extraordinaires ; c'est lui qui faisait les cris des arrêtés municipaux et ordonnances ; qui commandait le guet du jour et de nuit et qui avait la garde des prisonniers.
Le second acte a été trouvé dans le Trésor des Chartes de Lorraine aux archives de Nancy, par MM. Lepage et Chappelier. Il porte la date du 3i mars 1426 (1427 d'après le style actuel) et se rattache à une contestation soulevée devant Robert de Vaudricourt, capitaine de Vaucouleurs, par un sieur Guiot-Poignant contre les habitants de Greux et de Domremy. Voici
(1) Jeanne d'Arc à Domremy, Paris 1886, p. xxn, li et lv.
(2) Le Tiers-Etat d'après la charte de Beaumont et ses filiales (Paris 1844) p. 412.
LA MAISON DE JEANNE d'aRC A DOMREMY l3
en quels termes la présence de ces derniers y est constatée :
« Et, sur ce, journée en fut prinse et acceptée par les dictes parties, au lieu de Vaucouleur, par devant noble homme Robert, seigneur de Baudrecourt et de Bloise, cappitaine du dit Vaucouleur, au dimanche vxje jour de mars, Tan mil cccc et vint six derrans passé. Auquel jour et lieu les dictes parties comparans par devant le dict Robert : C'est assavoir le dit Guiot- Poingnant, en personne, demandeur d'une part ; et le dit messire Henri d'Ogevillers, ensemble les dicts manans et habitants de Greux et de Dompremy, ses hommes et subgiez, comparans par vénérable et discrète personne messire Jacques Flament, prebtre, Jehan Morel de Greux, et Jacquot cTArs du dit Dompremy, leurs procureurs souffisamment fondez de procuration, dont il nous a deuement apparu, defFendeurs, d'autre part. v»
Or Jaquot d'Ars n'était autre que Jacques d'Arc le père de Jeanne, ainsi que l'établit d'une façon irrécusable M. Boucher deMolandon dans le précieux travail dont il a donné lecture l'année dernière à la Sorbonne, devant les Délégués des Sociétés savantes, travail qui augmente encore les intéressantes publications que l'infatigable archéologue d'Orléans a consacrés à la mémoire de Jeanne d'Arc et à celle de sa famille, et qui lui ont valu la distinction si justement méritée de Chevalier de la Légion d'honneur (i).
(i) Ce travail a été publié depuis sous le titre : Jacques d'Arc, père de la Pucelle, sa notabilité personnelle, d'après les textes déjà connus et des documents récemment découverts, 1 885. Orléans, chez Herluison, libraire.
Le père de la Pucelle possédait donc, auprès de ses concitoyens une notabilité personnelle, mais de là, s'ensuit-il, comme on a voulu l'insinuer, qu'il ait eu certaines attaches nobiliaires ? Tout démontre le contraire, et ce qui le prouve surabondamment, ce sont les lettres patentes accordées par le roi Charles VII en décembre 1429 et expédiées à la Cour des comptes le 16 janvier suivant, portant annoblissement de Jean d'Arc et de sa famille « quoique, disent ces lettres, ils ne soient pas de race noble extraction et que peutêtre, même, ils soient d'autre condition que de condition libre : « non obstante quod ipsi ex nobili génère ortum non sumpserint, et forsan alterius quam liberœ conditionis existant. »
Le nom d'Arc lui venait, selon toute probabilité, de la petite ville d'Arc en Barrois située, sur le ruisseau d'Aujon, dans l'arrondissement de Chaumont (Haute-Marne).
Jacques d'Arc épousa Isabelle Romée, native de Vouthon, village de la Meuse, limitrophe de Domremy, et qui fait partie aujourd'hui du canton de Gondrecourt.
De cette union naquirent cinq enfants : trois fils, Jacquemin, Jean et Pierre ou Pierrelo, et deux filles, Catherine, morte sans postérité, et Jeanne, dont la naissance est fixée au 6 février 141 1. Elle fut baptisée par Jean Minet, curé de Domremy, dans l'église du village dédiée à Saint-Remi.
Tout le monde sait comment Jeannette (c'est ainsi qu'on l'appelait alors), passa ses premières années au sein de sa famille. C'était, d'après tous les témoins
LA MAISON DE JEANNE d'aRC A DOMREMY l5
entendus dans les enquêtes qui suivirent sa mort, une bonne fille, simple, chaste, modeste, patiente, laborieuse, partageant ses journées entre le travail et la prière, vaquant, comme elle Ta déclaré elle-même aux soins du ménage, n'allant qu'accidentellement aux champs garder les moutons et autres animaux.
C'est l'humble demeure où sa mère lui apprenait à coudre des pièces de lin et à filer le chanvre, que tous les ans, un grand nombre de personnes vont religieusement visiter.
Dès qu'on a dépassé l'église et qu'on a franchi une rue ouverte en 1823 sur remplacement de l'ancien cimetière, on aperçoit une grille qui relie deux pavillons semblables. C'est en face de cette grille, au milieu d'un petit jardin, entièrement planté de fleurs et arrosé par le ruisseau des Trois fontaines que se trouve la pauvre maisonnette.
Un coup de sonnette suffit pour que la grille soit ouverte et l'une des Sœurs de l'école se fait un plaisir de vous servir de guide. C'est ainsi que sous l'intelligente direction de la sœur Alexis Voriot, gardienne de la maison de Jeanne d'Arc, j'ai pu contempler à loisir ce qui nous reste d'un passé si glorieux et si triste à la fois.
La façade de la maison consiste en un demi pignon entièrement tapissé de verdure, dont le toit incline de gauche à droite ; quelques ouvertures dans le style du XVe siècle, y sont ménagées. La porte principale est surmontée d'un encadrement ogival en forme d'accolade dans lequel on remarque plusieurs écussons.
l6 LA MAISON DE JEANNE D'ARC A DOMREMY
A la pointe de l'ogive apparaissent les attributs du travail des champs : une gerbe et des ceps de vigne, au-dessous desquels on lit :
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et sur la ligne suivante le millésime 1481