IMPORTANCE DE LA MAISON DE VICTOR HJLGO. LA SIGNIFICATION
LES MAISONS DES GRANDS HOMMES. DIVISION GÉNÉRALE DE LA MAISON. APERÇU DE SON CONTENU.
PARIS possède désormais un des plus grands symboles et un des plus beaux lieux de recueillement pour rhumanité, en France et dans le monde, la Maison de Victor Hugo.
Comparez seulement un instant cette maison et celles qui, de par l'univers, présentent avec elle quelque analogie. Etudiez-la brièvement en elle-même. Vous vous convaincrez que nous venons de formuler, sans exagération, sans lyrisme, une stricte et haute vérité.
A Domrémv est la maison de Jeanne Darc. Cette humble cabane est plutôt un emblème qu'une relique véritable. A des siècles de distance, une illusion pieuse, en l'absence de toute tradition, eût approximativement désigné, comme maison natale de la bonne Lorraine, n'importe quelle masure presque récente, que c'en serait assez déjà pour suggérer une suprême émotion. On approcherait avec respect de ces murs où Jehanne a pu vivre. Ces pierrailles et ce chaume, ce bout de verger et ces arbres trop peu vieux perpétueraient un culte et se consacreraient par une hallucination respectueuse du passant. Son rêve serait déjà bien beau qui l'envahirait sur ce coin de terre où naquirent
en même temps une sublime et simple fille, et l'idée de notre patrie. Kt c'est le beau phénomène qui se produit en elTet dans cette région de France.
En dehors de cette demeure d'une pensée, qu'avions-nous de semblable et que pouvions-nous regretter de ne pas avoir ? La maison fondée par un des plus grands cœurs de l'humanité, saint 'Vincent de Paul, c'est la Salpètrière. Elle a conservé la physionomie qu'il lui donna. Mais elle est plus remplie de \ivantes et toujours actuelles souffrances, sans cesse renouvelées, que hantée des muettes éloquences du souvenir.
Par littérature, on a donné le nom de Maison de Molière à un grand théâtre qui n'est point dépourvu de ses effigies, de quelques meubles traditionnels, et où l'on représente parfois encore de ses œuvres. C'est une belle expression figurée, mais rien qu'une figure, et trop de gens ont passé par cette maison dont le propriétaire titulaire se retire avec politesse pour mieux laisser toute la place aux invités. Cependant, s'il n'était pas absurde de supposera l'histoire de telles attentions chimériques, la vraie maison de Molière serait touchante et belle à visiter. On aimerait voir son lit avec les draperies dont la description nous a été conservée par inventaire d'hommes de loi, ses couronnes de comédien, sa table et sa chaise de travail, ainsi que l'escabeau de Laforet, — son public en chambre.
Nous regretterions moins, peut-être, la dispersion du décor où vécut Racine, et, malgré son mobile génie, l'habitation de Voltaire ne nous fait point défaut.
Quant aux rois et aux empereurs, leurs palais subsistent et leurs superbes mobiliers demeurent inaliénés. Mais si cela offre aux foules des sujets d'étonnement, cela n'apporte aux esprits nul bienfait. Nous parcourons ces maisons, nous savons le prestige qu'elles nous valurent, mais nous n'ignorons pas ce que ce prestige même nous coûta.