LES DESSINS DE VICTOR HUGO
en marge de ses li\res, mais en faisant partie intégrante et ne poLixant être négligées de ceux qui se soucient de bien pénétrer sa pensée et comprendre son génie.
Les artistes, à leur tour, ne pourront se désintéresser de ces fcuillcts,car Victor Hugo a réellement inventé des techniques particulières. On a raconté sousent comment ses dessins prenaient
LEVtR DE LUNE SUR UNE VIEILLE ROUTE.
Paysage au Lavis, par Victor Hugo.
naissance, pendant les heures de loisir, par exemple aux fins de repas, où, tout en conversant, le poète mélangeait sur le papier, parmi les taches d'encre, des lavis de fond de tasse de café et des écrasements de cendre de cigare ; et comment, par ces capricieuses cuisines, peu à peu se transformaient les taches, et comment le caprice délicat surgissait de l'informe et de Timprévu. Mais il ne faudrait pas que cette indication devînt une sorte de légende, et que l'on se représentât ces dessins comme le constant et unique
i5o LA MAISON DE VICTOR HUGO.
résultat du hasard. Non seulement cela diminuerait leur importance en les réduisant à Tétat d amusette, mais encore cela les montrerait sous un jour inexact.
La plupart de ces dessins, et plus ils sont importants plus ceci
est vrai, sont extrêmement cherchés et travaillés. Le peintre savait d'avance et très nettement ce qu'il voulait faire. Les silhouettes sont très arrêtées dans son esprit ; les détails d'ornementation ou d'accentuation n'ont aucun vague. Là encore il, y a un point de départ réel, matériel, d'observation très attentive qui a jaugé les volumes, comparé les dimensions, déterminé le caractère dominant, trié les particularités. Il est d'ailleurs certain, c'est une simple question de bon sens, que tel grand dessin que nous verrons ne peut être produit par un travail d'imprévu, d'improvisations successives, tant les détails, complexes et nombreux, se coordonnent entre eux et se subordonnent à l'ossature générale, qui est très évidente. Sans cela, tous ces détails s'embarrasseraient entre eux ; aucun ne ressortirait ; l'image entière ne serait qu'une confusion maladroite, au lieu de donner tout de suite, comme elle le fait toujours, son