‹ La maison de ville de Genève (volume 2)Chapitre 16 sur 61 · TOME I · texte numérisé non relu

TOME I

d'angle qui disparut à cette époque, l'autre cheminée fut également supprimée peu après, car les peintures qui la remplacèrent sur la paroi nord étaient achevées en 1604.

Il est maintenant plus facile de fixer la succession des portes. Aucune des portes du milieu de la paroi nord n’est, à notre avis, très ancienne. L'entrée primitive de la salle dut être unique et était certainement située dans le voisinage de la cage de l'escalier, sans qu’il nous soit possible de préciser laquelle des trois ouvertures mentionnées plus haut est la plus ancienne. Les deux autres portes du mur nord ont été percées après coup pour différentes raisons; au XV® siècle et jusqu'en 1541, il n’y avait pas de salle derrière cette partie de la tour Baudet, mais seulement une galerie (loge) et une cour. Le couloir en zigzag aurait, il est vrai, débouché dans la galerie, mais pourquoi aurait-on imaginé à l’origine un dégagement si incommode? On voit d’ailleurs qu'il a été établi après coup, car bien que le linteau de sa porte soit très peu élevé, on a dû couper le bas d’une console pour le poser. La seconde porte n'a pu être créée qu'entre 1541, date probable de la démolition de la cheminée et de la construction de la sale nove derrière la tour, et 1604, date de l'achèvement des peintures. Cette porte aurait servi à établir une communication entre la grande salle du Conseil et la salle nouvellement construite. La pose des boiseries, dans la seconde moitié du XVI°siècle* (on ne connait pas la date exacte), aurait nécessité la fermeture de la porte et la création du dégagement en biais.

Il y eut dès l’origine, croyons-nous, des bancs autour de la salle, tout au moins dans la partie orientale. Ceux que l’on peut admirer aujourd’hui ont été pla-

cés en 1901, mais ils sont la reproduction des boiseries qui ont existé au XVII:

4 février 1542). [ fut remplacé en 1576 par un fourneau de fer (R. C., vol. 71, f°* 86, 97 v°, 154 et 155 vo, 18 juin, 16 juillet, 8 et 12 novembre), qui ne fut pas très satisfaisant, car, dit le registre du Conseil (vol. 73, f° 233 v°, 18 septembre 1578) : Il put et peut causer des maladies aux seigneurs). On dut sans cesse le réparer, et en 1617, on fit faire, par un maitre catellier de Berne, Jakob Kurtz, un nouveau poële, qui fut payé #38 florins (Jbid., vol. 116, f° 81 et v°, 4 avril et R.T., vol. 97, f°3). En 1711. le Conseil traitait avec Maitre Daniel Kuntzig, potier de terre de Serlier, pour faire établir un nouveau fourneau de mesme structure, façon et hauteur que le vieux d’un verny toutesfois dont le fond soit blanc et la peinture en bleu, le tout en fayence comme ceux de la salle des Deux Cents (R. C. C., vol. 11, f” 260, 23 juin). Il ne reste aucun vestige de tous ces moyens de chauffage. Le poële actuel a été placé en 1902.

! Le palier de l'escalier a dû nécessairement étre modifié depuis l'époque où l’on mettait le feu au fornet par le vyret entrant en la dite sale. On remarque en effet à cet endroit les traces d’un remaniement dont il n’est pas possible de fixer l'étendue.

? On peut constater que le point où s’arrète la boiserie, à droite de la porte du couloir, est exactement symétrique de langle est de Pembrasure de la grande fenêtre située vis-à-vis. Cela explique peut-être la situation du couloir en zigzag.

siècle. En effet, l'on avait conservé dans la salle des Pas Perdus un fragment de banc en noyer dont la hauteur, les profils et les ornements se trouvèrent concorder exactement avec un reste de peinture, simulant une boiserie, trouvé contre la cage de l’escalier. Il était donc permis de supposer que, d'un côté de la salle (à l’est), la partie inférieure des murs avait été garnie de bancs à dossiers formant une boiserie continue, tandis que de l’autre (à l’ouest) on s'était contenté de décorer les parois au moyen d’une peinture reproduisant le dessin des bancs.

Aucun document ne vient confirmer les suppositions que fait naître l’état des lieux. En 1539 et 1541 *, on décida de faire des bancs de noyer out de chesne à la salle du Conseil; la décision resta, semble-t-il, lettre morte jusqu’en 1572°, où de nouveaux bancs furent posés. Cette date peut s'appliquer aux bancs actuels, tout au moins à leur modèle, car leur style trahit certainement la seconde moitié du XVI: siècle. Le siège est posé sur de petits pilastres cannelés, séparés par deux arcatures retombant en une sorte de console. Le dossier est divisé en stalles par des pilastres ioniques, également cannelés et correspondant aux pilastres inférieurs. Ils supportent une corniche dont la frise est sculptée d’ornements. Les panneaux intermédiaires du dossier sont décorés d’arcades, figurées en perspective.

Ce n'est qu’au XVI: siècle que l’on mentionne les verrières, colorées ou non, de la salle située dans la tour. En 1538, François Mercier‘ a fait des verrines céans. En 1542, Gabriel le « pinctre "» a fait les olliets des verrières en la sale du Conseyl. On ne sait si ces vitraux étaient peints ; toutefois la profession des deux maîtres (ils sont l’un et l’autre qualifiés de peintres) permet de le supposer. En 1558, le peintre verrier

Pierre Favre‘ exécutait des travaux plus importants encore au grand potlle du Conseil ;

* Le banc, qui se trouve aujourd’hui à droite de la grande fenètre de la face sud, peut très bien n'avoir pas existé à l’origine. Il est vrai que l’on n’a trouvé aucune trace de peinture contre cette paroi, mais ce n’est pas une preuve absolue de l'existence primitive du banc.

2 R. C., vol. 33, f° 251, et vol. 35, f* 222 (20 novembre 1539, 1“ juin 15#1).

* Jbid., vol. 67, f“ 16 v° et 190 v° et vol. 68, f° 12 (31 janvier et 1°" décembre 1572 et 15 Janvier 1573). Ces bancs étaient l’œuvre du menuisier Amon Guillaume.

* François Mercier, de Reignier (Hte-Savoie), recu B. G. le 9 janvier 1537, pour 4 escus qu’il poyera en ovraige de verrières, travaille aux verrines de la Maison de ville, et fait un grand escusson a troys armes (Ibid., vol. 32, f° 60 ve, 22 mai 1538). En 1540, il travaillait à l’église de la Madeleine (/bid., vol. 34, { 31, 16 janvier).

5 Gabriel Pellerin le « pinctre », de Bleyz (Blois) s/Loire en France, reçu B. G. le 20 mai 15#1, travaille aux verrières de la salle du Conseil (Jbid., vol. 35, f° #78 et 482 v°, 2 et + février 15#+2) et à celles du temple de Jussy en 15% (Jbid., vol. 41, f° 263).

8 Pierre Favre, né vers 1527, + en 1567, travailla plusieurs fois pour la Seigneurie (C. M. et Q., vol. 6 et 7), il orna aussi de verrières d’autres salles que celles du Conseil (voir pièces justif. n°* Viet VIT).

Page 1