‹ La maison de ville de Genève (volume 2)Chapitre 18 sur 61 · PI. IV · texte numérisé non relu

PI. IV

Jeune homme Guet

M. D. G., série in-4°,t, 1IL.

Elles datent de deux époques différentes. La partie la plus ancienne et la plus importante date du XVe siècle. — Description des principaux personnages de cette série : Guet, Jeune homme, Galterus, Stacius, Salustius, Lactancius, Tullius, Justice, Aristoteles, Virgilius, Cicero, Alanus, Sibylle Erythrée. — Valeur artistique des peintures. — Importance des sujets représentés. — Signification des sentences. — Auteur des peintures inconnu. — Comparaison avec d'autres fragments de la même époque, conservés à Genève. — Suppositions sur l'origine du peintre. — Peintures du XVIIe siècle, dues probablement à César Giglio, et représentant des juges aux mains coupées.

Nous avons gardé pour la fin la partie la plus importante de la décoration de la salle, la seule qui soit presque entièrement conservée”. Les peintures qui ornent les quatre parois de la salle du Conseil d'Etat forment une longue frise, de 1M,60 de hauteur environ, s'étendant immédiatement au-dessous de la moulure inférieure du plafond (pl. IV-VT. A première vue déjà, l’on distingue deux étapes dans cette œuvre picturale. Toute la scène qui occupe la plus grande partie du mur nord, entre les deux cartouches portant des passages bibliques en français, est de beaucoup postérieure aux autres figures. Si le fond sur lequel se détachent les person-

nages est le même, la manière dont ils sont traités est fort différente. Cette

1 Avant 1901, les murs de la salle du Conseil étaient tendus de reps vert. Sous les tentures on découvrit des boiseriès du XVIII siècle (voir ci-dessous, p. 5#+, note 2.) Celles-ci recouvraient ellesmêmes les peintures, qui avaient été bien conservées. Sur cette découverte, voir le Journal de Genève des 8, 9, 10, 11 et 13 août 1901. Les peintures ont été restaurées sous la direction de M. Léon Gaud. Les fragments d'inscription qui avaient été détériorés ont été restitués par Emile Dunant. Nous les indiquons entre crochets.

décoration est l’œuvre de deux époques. Il est très probable, avons-nous vu, qu'au début il existait une cheminée au milieu de la paroi nord de la salle. Cette cheminée, peut-être ornée elle-même de rinceaux sinon de figures, fut démolie au XVI® siècle’. La brèche faite ainsi dans la frise, laissée vide pendant quelques années, fut recouverte ensuite de draperies et de tapisseries; puis, au début du XVIIe siècle,.un artiste italien qui se trouvait à Genève en 1604, César Giglio, compléta la décoration de la salle en exécutant la peinture dite des juges aux mains ‘coupées.

La peinture la plus ancienne représente une série de personnages, posés sur un carrelage de couleur brique (faces est et nord), ou sur de petits monticules de verdure. Le fond, toujours le même, est un enchevêtrement de rinceaux verts sur fond rouge très clair. Aucun lien dans la composition ne rattache ces figures les unes aux autres ; elles ont ceci seul de commun qu’elles sont presque toutes accompagnées de sentences ayant trait à la justice ou à l'exercice du gouvernement, peintes sur de longs phylactères ou sur de grands cartouches ou « écriteaux », comme on disait au XV° siècle. Il est donc nécessaire de décrire les personnages les uns après

les autres, au risque de ne faire qu’une énumération plutôt monotone.

GuEr. Au-dessus de la porte de l'escalier se trouve le personnage qualifié de guet, soit huissier du Conseil. Son costume et sa situation rendent cette attribution très probable. Le distique qui est gravé sur son phylactère lui reconnaît d'ailleurs le droit d’éloigner ceux qui n’ont pas qualité pour siéger dans cette salle. Un chapeau rouge à larges bords relevés couvre ses longs cheveux bruns. Il est vêtu d'un pourpoint rouge, fermé sur la poitrine par un galon noir, et de chausses de couleur très foncée. Sur ses épaules est jeté un manteau rouge, doublé de gris, très ouvert, de façon à laisser passer les manches noires de son pourpoint. De la main droite, 1l tient une lance, et de la gauche, il s'appuie sur un écusson noir et gris, sur lequel est posé en abime celui de la Communauté genevoise. Il porte l'épée au côté. — Texte” (sans nom d'auteur): [/usfitiæ si quis non vult impelndere vitam,

Hanc aulam indignam norerit esse sibi.

1 R.C., vol. 35, f° 222 (1* juin 15#1).

? Jbid., vol. 35, f°* 254 v° et 26#; vol. 42, f° 22 (5 et 15 juillet 1541 et 22 août 1547). # Nous empruntons presque tous les détails concernant les inscriptions peintes sur les phy-

lactères, ainsi que leurs auteurs, à l'excellente brochure d'Emile Dunant, Les fresques de l'Hôtel-de-Ville, Genève, 1902, in-12.

JEUNE HOMME. À droite du guet, sur le pan coupé de l'escalier, un jeune homme blond, au regard étonné, tient assez gauchement deux phylactères. Sa robe courte, d’un beau jaune d’or, à revers blancs, est serrée à la ceinture par un cordon. Par une ouverture de ses longues manches pendantes on aperçoit son bras, serré dans un Justaucorps noir, visible aussi sur la poitrine et au bas des jambes. Les pieds sont chaussés de brodequins rouges. — Texte (sans nom d'auteur) : Longe.

prope. Mors. vila. rverus amicus est alter ego. Yems. Fslas.

GALTERUS. Laissant pour le moment de côté les juges aux mains coupées, nous trouvons, à droite du cartouche portant un texte de l’Exode, une belle figure de vieillard à barbe grise. Si les personnages représentent vraiment — comme nous le croyons — les auteurs des sentences qui les accompagnent, le vieillard serait Galterus', un plagiaire qui aurait emprunté à Virgile, en l'altérant, le passage de l’'Enéide gravé sur son cartouche. C’est certainement la meilleure figure de tout l’ensemble. Moins gauche dans son attitude que les autres personnages, il tient d’une main un petit rouleau de papier, et de l’autre le cartouche. Sa longue robe, d’un beau vert olive, est presque entièrement cachée par un manteau de damas d’or, fendu sur le côté et serré à la taille par une ceinture à nœud retombant. Les plis des manches et de la robe sont fermement dessinés. Un vaste chapeau gris, sous lequel on aperçoit une calotte noire, et de curieuses manchettes placées à mi-bras, mettent leur note plus claire dans le costume. — Texte (emprunté incorrectement à Virgile, Enéide, liv. VI, 852): He tibi sint arles : pact imponere mores, parcere

subjectis et debellare superbos. Gallerus *.

STacIus, à droite de Galterus, est loin de présenter les mêmes qualités de dessin et de facture. Son vêtement gris-bleu est recouvert d’une longue draperie rouge à revers blancs, dont il retient maladroitement d’une main les plis boursouflés, tandis que de l’autre il tient un petit rouleau. Stacius est représenté de face ; ses deux voisins, à gauche et à droite, se tournent vers lui. C’est un des timides essais faits par l'artiste pour grouper ses personnages. — Texte (non identifié) : Mon sit

custodia, non sint circonslantia tela ubi tulus amor. Slacius.

1 [l'existait, à la fin du XIIe siècle, un poète latin nommé Gautier de Lille ou de Châtillon. + Le passage authentique est le suivant : He tibi erunt arles, pacisque imponere morem... la suite comme ci-dessus.

Sazusrius. La dernière figure de ce panneau, près de l'angle, est un vieillard grisonnant, vêtu d'une robe jaune doublée de noir, descendant jusqu'aux pieds. A sa ceinture pend une aumônière. Il est coiffé comme Stacius d'une toque noire. — Texte (emprunté à Salluste, De bello Jugurtino, X, 6) : Concordia parve res crescunt. Discordia maxime dilabuntur. Salustius.

La paroi est, entre la fenêtre et l’angle nord-est, est occupée au centre par une représentation de la Justice, flanquée d’un côté de Pères de l'Eglise et de l’autre d'écrivains profanes. A droite Tertullien (?) et Lactance, à gauche Aristote et Vir-

gile semblent lui présenter leurs sentences.

Lacraxrius est vêtu d’une longue robe rouge traînante, doublée de vert. Sous ce vêtement, il porte un tricot noir allant jusqu'au genou. Ses bas de cuir jaune sont retenus par un large anneau d’or. Un grand chapeau de feutre brun est rabattu sur sa nuque. Comme la plupart des autres personnages, il est fort mal campé sur ses jambes et ne sait que faire de ses mains. — Texte (imité de Lactance, Divinæ Inslilutiones, iv. V, chap. XV): Justicia habet duas renas, pielalem

el egquilatem. Laclancius".

Tuzuius (Tertullianus?) * ne tient pas son phylactère avec beaucoup plus de désinvolture ; il se frappe la poitrine avec la main droite, on ne sait trop pourquoi. Sa longue robe bleu d'azur, à revèrs de fourrure, laisse voir seulement ses pieds, chaussés de poulaines, et ses manches rouges. Une cornette rose s'échappe de son bonnet noir à revers et retombe sur ses épaules. Texte (non identifié) : Nullum aulem

lempus est quo quslilia racare debeat. Tullius.

La JusricE siège sur un trône de pierre aux profils encore gothiques et recouvert d’un tapis vert et noir. Cette figure ne témoigne pas d’une grande habileté de l'artiste à reproduire les traits féminins. La tête de la Justice, aux cheveux blonds dénoués et ceints d’une couronne d’or, a été, il est vrai, fortement retouchée. Son vêtement de pourpre et d’or est très riche. D'une main elle tient le glaive, de l’autre

la balance, ses deux attributs. — Texte (sans nom d'auteur), au-dessous du siège :

1 Le passage authentique est le suivant : Pietas et æquilas quasi venae sunt ejus [justitiæ].

? Dunant, op. cit., pensait que Tullius était mis pour Cicéron. Le texte n’est pas de cet écrivain, qui est déjà représenté à une autre place. Nous supposons plutôt Tertullianus, en nous basant sur une abréviation rencontrée ailleurs. Il manquerait, il est vrai, à côté de T, le signe abréviatif pour er, mais il pourrait avoir été effacé par des retouches maladroites.

Lactancius Tullius Justice Aristoteles Virgiliu

Fh0h0. ocenvve

David Juges aux mains coupées

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