‹ La Maison de ville de GenèveChapitre 87 sur 118 · MONUMENTS DE L'ALLIANCE DE I · texte numérisé non relu

MONUMENTS DE L'ALLIANCE DE I

Le secrétaire du Conseil n a pas eu le temps sans doute de transcrire le texte qu'il annonçait; nous le donnons d’après le tableau lui-même1 :

ANNO A VERA RELIGIONE DIVINITVS QVVM VETERE LIBERTATE GE- NEVÆ RESTITVTA. L, QVASI NOVO IVBILÆO INEVNTE, PLVRIMIS VITA- TIS DOMI ET FORIS INSIdIs, ET SVPERATIS TEMPESTATIBVS, QVOD H ELVETIORVM PRIMARl. TIGVRINI AEQVO IVRE IN SOCIETATEM PER- PETVAM N OBI SC VM VENERINT, ET VETERES FIDlSlMI SOcI BERNENSES PRIVS VINCVLVM NOVO ADSTRINXE RI NT , S.P.Q.G. QVOD FOELIX eSe VEUT D.O.M. TANTI BENEFICI MONVMENTVM CONSEC R ARVT ANNO TEMPORIS VLT1MI CIO 13 XXCIV.

« Cinquante ans après le rétablissement de la vraie religion et de l’antique liberté de Genève, opéré par la grâce divine, un jubilé nouveau commençant en quelque sorte; l’état de Zurich, qui est le premier des cantons suisses, ayant contracté avec nous une alliance perpétuelle sur le pied d'égalité et nos anciens et très fidèles alliés, les Bernois, ayant renforcé par un nouveau lien leurs premiers engagements envers nous, le Sénat et le Peuple de Genève, après avoir échappé au dedans et au dehors à de multiples embûches et dominé les orages, ont consacré la mémoire de cette faveur insigne de Dieu très bon et très grand, l'an i 58q. »

Rien n'est durable comme le provisoire ; le Conseil eut d’autres soins sans doute et de plus graves questions à résoudre que de faire graver sur le bronze l'inscription composée par Théodore de Bèze, mais on conserva du moins le modeste tableau en bois hâtivement exécuté à la veille des fêtes de l’alliance et

1 II a été déjà publié par M. Henri Fazy dans le Bulletin Je l'Institut national genevois, XXXI, p. 33o, et dans Y Histoire de Geneve de J. -A. Gautier, V, p. 356.

IS DOMi ET FORIS

EQVO IVRE IN SOCIETATEM PER 7 VÀM NOBISCVM. VÈNERINT. ET

-»■ D ( > M-S !0 A VI H \ uELICloNE DIVtNITVs

ï VÆ. RESTiTVTAL QVASI NOVO

riTRES FIDIjIMI sbd BERNEN5F.S PRIVS VINCVLVM NOVO ADSTfMNV E

ONVMENT VM CONSECRARVT ANN ) 'EMFpmS VITIM* CD DXXfT'

Tableau avec inscription composée par Théodore de Bé^e en commémoration de l'Alliance de 1584.

I Musée de Genève.)

MONUMENTS DE l'aLLIANCE DE I 584

nous savons, par un inventaire de 1664, qu'il était placé, à cette époque, dans 1 antichambre de la salle du Petit Conseil b Jean-Antoine Gautier nous apprend qu'il s'y trouvait encore au commencement du XVIIIe siècle1 2.

« Il n y a qu a lire la suite de cette Histoire, remarque à ce propos le judicieux annaliste, à faire attention aux divisions intestines et aux séditions qui avaient à tant de fois si cruellement agité la République, aux fâcheuses affaires qu elle avait eues de tout temps avec ses voisins, et aux perpétuelles machinations de ses ennemis, pour être frappé de la beauté et de la justesse de cette inscription. Il paraît aussi, par ce même monument, de quelle manière on retrardait dans Genève cette alliance. Je veux dire combien on était persuadé qu’elle était égale entre les parties contractantes (aequo jure). En effet, si on la compare avec les combourgeoisies précédentes, de 1 5e6 et 1 558, on sera pleinement persuade qu elle avait cet avantage par dessus ces traités qui, à divers égards, étaient des traites d un allié supérieur à un allié inférieur. »

Il est curieux de constater enfin que l'histoire de notre tableau est beaucoup mieux connue que celle de tant de monuments d'une bien autre importance. Nous savons en effet, par le Livre des parcelles, que l’exécution du panneau et la peinture en noir furent confiées à un maître menuisier nommé Jacques de Couste3 et que l’inscription en lettres d’or fut tracée par Jérôme de Bara, peintre verrier, qui dessina aussi, sans aucun doute, les armoiries du fronton4.

Cet artiste n’est pas un inconnu et nous le retrouverons tout à l'heure à propos d'un objet singulier5 que l'on a pris tantôt pour une lampe symbolique, tantôt pour une fontaine à vin, mais dont un examen attentif et les documents d'archives nous permettront de préciser la destination.

Il s’agit d'une vasque en cuivre ou en laiton, de forme circulaire et dont le diamètre est de om,86. Elle est peinte en gris, avec ornements rehaussés dè brun, figurant des godrons. Une ouverture ronde à rebords, pratiquée dans le fond de ce bassin, laisse passer le pied d'une urne en métal doré, à panse sphérique et à col court. Une tige métallique, qui s’élève de l'intérieur du vase, sert

1 Arch. d'Etat , Genève, Reg. de la chambre des comptes, vol. 5, f° 164.

- Histoire de Genève, V , p. 356.

3 « Jaques de Couste sus les extraordinaires. — Le 27 d'octobre 1 584, conterollé une parcelle pour ce qu’il a faict et peinct ung tableau pour escripre la louange des alliances, pour avoir racoustré le chandellier de boys et faict trois boytes pour les seaux des lettres des alliances, pour tout... ff. [Arch. d'Etat, Genève, Trésorerie, vol. 20: Livre des parcelles, '.541-1662).

4 Voir ci-après, p. 139.

6 Musée d’Art et d’Histoire : Archéol., F. 9.

LES CANTONS SUISSES ET GENEVE

de pivot à un groupe de trois siphons dont la branche courte plonge dans l’urne, tandis que l’extrémité de l'autre, coudée de gauche à droite, vient affleurer le fond de la vasque.

On voit dès lors que si l’on remplit d’eau le récipient et si l’on amorce les siphons, ceux-ci se mettront à tourner sur leur pivot, en vertu du principe qui actionne les turbines1.

Au sommet des siphons, une petite base triangulaire, ornée des armoiries peintes de Zurich, Berne et Genève, supporte deux statuettes en bois sculpté, qu’entraîne le mouvement giratoire des siphons. Elles tournent ainsi sur ellesmêmes et par là se trouve expliqué le sens de cette légende inscrite sur les lèvres de la vasque :

IUSTITIA EST STABI EIS PAX VOLVIMUR AUTEM UT PATEANT NOSTRIS SINGULA LUMINIBUS.

« La Justice est le fondement de la Paix stable. Nous tournons, cependant, afin que toutes choses apparaissent successivement à nos regards. »

Il faut donc reconnaître, dans ces deux figures enlacées, la Justice et la Paix; la première, tenant un sceptre dans la main droite, est vêtue d’une tunique louge sut laquelle est jeté un manteau bleu; la seconde, d’une robe blanche serrée à la taille par une ceinture.

Le décoi de la fontaine est complété par le soleil flamboyant des armoiries genevoises et, au dessous, par un ruban triangulaire qui lie les branches descendantes des siphons et porte, en lettres d’or sur fond bleu, la devise :

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