‹ La maison du cardinal de Richelieu, document inéditChapitre 332 sur 464 · Ibid., t. II, p · texte numérisé non relu

Ibid., t. II, p

3. Remar<[Uons en passant que ce terme, t|ui iL-vienl fréquemment dans le Compte, y est toujours écrit sous sa forme orthographique primiti\e, la seule rationnelle et logique; la définition même que donne de " la petite-oie " le Dictionnaire de l'.Vcadéniie de 1694, est un argument péreraptoii'e : >< On appelle aussi petite oie les rubans, les bas, le chapeau, les gants, et tout ce qu'il faut pour assortir un habit. » Il désignait primitivement les ajustements qui recouvrent l'hal/il : et s'appliquait d'abord plus spécialement, au cordon, et aux aiguillettes du luiut-de-chausse, puis aux rubans qui tomlient comme un petit tablier sur le ventre pour cacher rentrebàillemcnl du haut-de-chausse, avant de comprendre par extension l'ensemble de tous les « galans », les rubans qui ornent rhabillement. Il dérivait donc logi([uement du latin tectuni qui a fait teclio et teclo en espagnol et en portugais, éloi, tel., teg dans les dialectes bourguignon, berrichon et provençal ; c'est Ih qu'on pourrait retrouver celte expression conservée sous sa forme primitive. La dénaturation ortliographique qui respectait la phonétique, favorisée par le côté drolatique et satyrique du nouveau sens donné à l'expression, dut être presque immédiate, et coïncider avec l'apparition du vocable, car déjà en 1640, avant le Dictionnaire de l'.Vcadémie et celui de Furetière, .\ntoine Oudin dans ses Curiosilcs fr:inraises définit la petite oie comme un ensemble de pièces de l'habillement comparables aux aiiatis d'une volaille ! " Petite oije de volaille... la tête, les ailes, le col. les pieds, le gisier, etc. — Petite oye d'habit... des jarretières, des aiguillettes, un cordon de chapeau... "

Les classiques de l'époque. Corneille (La galerie du Palais], Molière (Les Précieuses ridicules), le P. Bouhours (Entretiens d'Ariste et d'Eugène) adoptaient la tradition et la consolidaient par leur autorité; l'appellation de jabot donnée à m l'ouverture de la chemise sur l'estomach, laquelle il faut toujours voir avec ses ornements de dentelle », d'après Lea Loix de la galanterie achevait de consacrer le droit de cité de la « petite oye ». Nous ne nous étendrons pas davantage sur ce point curieux qu'il nous suffit de signaler ; le fait prouve en tout cas que l'écrivain du Compte était un véritable puriste de sa langue, savamment respectueux de ses origines latines, et vivant certainement eu deliors de la vie mojidaine ou même séculière.

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l'autre, suivant une règle lixe. Dans les Mcmoircs de M. le comte de RocheforI, aucun de ces détails n'est omis, ce ([ui confirme la valeur des renseignements (jue fournil ce roman ; à son entrée à l'Académie, son héros, le jeune Cadet de Leucate se voyait réclamer par de La Porte, le gouverneur des pages, 400 écus pour » les présents, la petite oie et la livrée » ; malheureusement, l'auteur ne dit point pour condjien la bienvenue entrait dans cette somme, mais il a tout l'air d'être très près de la réalité, d'après le chilTre de 10 à 12 pistoles que coûtaient au cadet « les ajustemens cpi'on ne donnait point ». Le malheureux nouveau venu, plus riche de bravoure que d'écus, ne pouvait satisfaire à la demande du gouverneur, habitué à se faire payer largement par ses nouveaux élèves la livrée donnée par la maison ; et le Cardinal mis au courant de la maltôte, mettait lin à l'incident par un ordre menaçant dans lequel de La Porte s'exécutait '.

A sa sortie de page, le comte de llochefort recevait « deux cens pistoles du Cardinal pour se faire habiller- ». Le roman s'écarterait là singulièrement (k' la réalité brutale que donne le (îomjite par ses chill'res, si l'on ne savait que le page ainsi favorisé avait mérité une pareille exception par des services politiques d'une haute importance.

On voit par le Compte ([ue la livrée était beaucoup moins coûteuse que 1 habit de ville ; au cha[)itre du Meuble qui comprend le vêtement, nous reviendrons sur ce point. Mais le <■' petit toicl » sert aux pages à suppléer au défaut de luxe de la livrée ; aussi y attachent-ils une importance toute particulière. Leurs camarades de la maison de la reine, s'étant vus retrancher par l'argentier l'un des deux << petits toicts » qu'ils sont accoutumés de recevoir chaque année, vont le réclamer à leur maîtresse ■^ ; les j)ages du Cardinal étaient moins bien traités puisqu'ils n'en recevaient qu'un, mais en revanche, Euzenat rend des points pour la régularité des paiements, au trésorier de la Chambre des deniers, et ce n'est point chez Richelieu ipie la livrée est obligée, pour une atl'aire de caisse, d'avoir à recourir au maitre.

Lntre le seigneur et ses [)ages, fiers de leurs couleurs, il se créait un lien d'adoption (jue la mort ne brisait point * ; le page de Courtaumer,

1. S;iii(li-as (le Cmiitilz, Mriiinirrs ilr M. le cniii/i' de Itaclicforl, I.a Haye, 1710, p. 28 et 29.

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