CHAPITRE XVIII
LES Fnrn.\issi:i lis; les vêtements. — poqlelin. nHAriER ; sanson et de viLi.iERS, merciers; le vasselr, passementier : LES tailleurs ; sainct
ANNE. RRODELr; LES CORDONNIERS. LES MELHLKS, LA VAISSELLE DARGENT,
LA VAISSELLE DÉTAIN ; DELAILNAV ORFÈVRE ET l'aRGENTERIE DU DUC DE
(;in;\REUSE. — la ratteriede cuisine. — le lin(;e ; le garde-linge et le
LAVANDIEli. LA TAPISSERIE ; DAME LECLERC ET GUILLAUME CRESSÉ, SON
GENDRE. LES COFFRES, MALLES El' IIAHITS. LES COFFRES-FORTS.
Les fournisseurs de la maison sont peu noinl)ieux ; le Cardinal en change rarement, à en juger par les noms (|ue l'on retrouve pour les mêmes genres de lournilures dans des actes de dates souvent éloignées; de plus, bien qu'à cette époque, les communautés empiètent continuellement l'une sur l'autre, avec les nombreux points de contact de leurs spécialités, il est à noter que dans leurs rapports de négoce avec la maison de Richelieu, ils restent toujours rigoureusement cantonnés dans les limites (|ue leur imposent leurs statuts ; la remarque a son intérêt, car elle est une preuve du respect du Cardinal pour l'ordre de choses établi.
Certains d'entre eux travaillent périodiquement pour la maison, probablement en vertu de marchés réguliers renouvelés à époques prévues ; ce sont surtout ceux dont le commerce ou l'industrie a trait à l'habillement, drapiers, passementiers, tailleurs, lingiers et cordonniers et pour lesquels l'importance des fournitures est en rapport avec celle de la livrée à entretenir.
Potjuelin. drapier, nu'rite par son nom la première mention ; ce n'est pas un Poquelin de la branche dite de Molière; ceux-là sont tapissiers, Jean Pofiuelin. le jière de Molière, de même que ses frères Pierre et Nicolas; le drapier du Compte de KiH!) ne peut être que Guy Poquelin, drapier, qui fournit encore en Kiil la maison de Richelieu, comme l'indique un reçu de cette année '. où il est désigné par son prénom. Guy
1. lier, liial. l'I niili. ilf l'Anjou Duc. iiii'dits. p. '21).
t.ES lOUKMSSEÙRS 42!l
Poquelin est le second fils du premier lit de Jean Poquelin, le ^raiid-père de Molière, et par conséquent loncle de ee dernier.
Sans aucun doute, il estle fournisseur attitré de la maison du Cardinal: en 1639, il est vrai, il n'a eu à livrer ([ue le drap destiné aux habits des pag'es qui quittent cette année les couleurs — des mémoires pour une valeur totale de IUi6 livres G sols 6 deniers — , mais il a de bonnes et étroites relations avec Le Masle, cjui l'a aussi sous ses ordres dans sa Colonelle de la Cité ', et elles se continueront après la mort du Cardinal, car le prieur des Roches ne l'oublie pas dans son testament du 18 février 1662, et lui fait par un codicile un véritable leg-s d'ami, un legs de vaisselle d'argent. Ce détail seul nous donne une idée de la fortune et de la situation de Guy Poquelin qui sera élu juge consul de la ville de Paris en 1668, après s'être allié par son mariage avec Suzanne Prévost à une ancienne famille bourgeoise qui a donné à la ville de Paris un prévôt et deux éclievins -'.
Les « parties » de Poquelin, comprennent des draps de laine seulement, sans autres étoffes ; la Communauté des drapiers cherche à étendre son négoce enjoignant à la vente du drap celle des autres tissus; mais ceux-ci sont du ressort des merciers. De là des contestations fréquentes entre les deux communautés ; elles ne prendront fin qu'avec larrèt du Conseil du Iti août 1687, qui réserve à la première la vente exclusive en gros et en détail de toutes marchandises de draperies de laines ; bien avant cette date, la distinction des droits des corporations est sévèrement observée, comme on le voit, dans la maison du Cardinal.
Les étotTes autres que la draperie de laine sont fournies par Sanson '' et de Villiers. Nous avons déjà rencontré leurs noms ; en cette année de 1639. Isaac de La Borde, le fils de l'ancien contrôleur de la maison de Richelieu, décédé, leur signe le lu septembre un engagement pour le paiement de la dette contractée vis-à-vis d'eux par son père pour une série de fournitures ; la date portée à cet acte pour la première d'entre elles, mars 1627, prouve que depuis cette époque au moins, ils sont en relation d'affaires avec la maison, car si La Borde s'est adressé à eux, ce n'est assurément pas pour un autre motif.
Sanson et de Villiers appartiennent à la communauté des Marchands merciers, communauté puissante, avec son ciianq) immense d'opérations,
1. Liste des dépulés Je la milice de Pa7-is, Paris, 1632 (C. Moreau, liiLliog. des Mazarinades, Paris, 1850, I. II, p. 224, n" 2309).
2. Révérend du Mesnil, La famille de Molière, Paris, 1879, p. 0 et 22.
3. Un sieur Samson » marchand de soye, rue de Fouarre ■> est mentionné dans le Journal des guerres civiles de Dubuisson-Aubenay comme parent du sieur de Haincy, fils cadet de Bordier, secrétaire du Conseil (t. I,p. 170i.
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car elK' embrasse iiisi[iraux « jouiilliers ». Elle comprend vingt classe^ carrespoiulnul clrioune ;'i une spécialité ditlërente ; les deux associés font partie de la (juatiiéme, (pii (( l'ait négoce de camelots, étaniines, crépons, razes, serges à doul)ler.,. et autres seinl)laliles étoITes toutes de laine ou mêlées de soie, lil, coton, poil ou autre matière».
Leiu's parties en I t^W comprennent précisément du tatl'ctas à doubler les habits dont Poquelin a fourni le di'ap.
Bien que malgré son importance, elle n'occupe que le quatrième rang, leur communauté est considérée comme le plus noble et le plus excellent de tous les corps de marchands « d'autant que ceux qui le composent ne travaillent point et ne fout aucun ouvrage de la main, si ce n'est pour enjoliver les choses cpii sont déjà faites et fabriquées... aus.çi ceux qui sont admis dans ce corps sont-ils reçus nol)lement. ne leur étant pas permis de faire et manufacturer aucunes marchandises, mais seulement de les enjoliver, ce qui n'est pas des autres corps, qui sont regardés comme mixtes, c'est-à-dire qu'ils tiennent du marchand et de l'artisan ».
Ce dernier cas est celui du passementier qui est à la fois ouvrier et marchand tout ensemble ; les passements en dentelles jouent un tel rôle dans le vêtement et le meuble d'alors, « qu'il y a peu d'ouvriers en France qui soient en droit de fai)ri(pier plus de sortes d'ouvrages ou marchandises, ni d'employer plus de dilTérentes espèces de matières»; il n'est même pas jusqu'aux boutons, dans cette variété presque infinie d'accessoires, qui ne soit de leur ressort. Aussi le nom de Levasseur est-il celui qui revient le plus fréquemment dans le Compte, et sous le plus grand nombre de rubriques dilférentes ; habits des pages, selles de chevaux, carrosses, ornements d'église, ses fournitures s'appliquent partout, et se retrouvent à trois chapitres différents pour un total de 6.6f)0 livres, 9 sols, 6 deniers, la somme la plus élevée du Compte corresjiondant à un seul et même fournisseur.
Rien d'étonnant, dès lors, à ce qu'il soit probablement l'un des plus gros marchands de la corporation ; c'est lui sans doute qui, le 2 mai 1633,afondé dans l'église de Saint-Nicolas des Champs, avec Marguerite Bathelard, sa femme, une messe basse à perpétuité à leur intention, tous les vendredis de l'année, moyennant la somme de 800 livres tournois, et une seconde, tous les samedis, le 24 janvier de l'année suivante, pour la même somme. Ses filles aussi, peut-être, les deux sœurs Geneviève et Marie L.evasseur qui fondent une messe, le 12 février 1637, à la même confrérie de la chapelle du Saint-Sacrement de l'autel '.
1. Inscriptions de la France du V' au XVIII' siècle, t. I, p. 231.