I.A MAISON 1)1 CARDINAL UE RICHELIEU
ÉtolTes [Foquclin 119 1. 4 s. 1 d. 5
Passements (Le V!issciir> (i.") 1. ."> s. 10 d. 5
Douiiiurc \S;insnn el île \ illicrs^ U 1. 15 s. (i d.
Façon Htninliiulh 29 1.
Tolal -l-l-i 1. l,-j s. 9 d.
Si l'on y ajoute les 'M\ livres du ■■ ])elit (oict ». 1 "uu a le chilTre moyen de : 241 1. 17 s. i d. puur diaciui des premiers 61239 1. ITi s. 9 d. pour chacun des autres.
Le hors de page du jeune Belesbat ne peut nous finirnir aucune indication, le mémoire spécial de Poquelin qui le concerne, comprenant des étoffes autres que celles qui sont destinées à son vêtement ; il nous renseigne toutefois sur la façon comptée par Hourdault et qui est de 26 1. 17 s. y compris quelques fournitures, il est vrai, mais de valeur sensiblement égale aux précédentes.
Le prix de la façon pour les livrées de pages nous est donné sans le détail, 43 1. 11 s. 0 d. pour la robe de chambre, 47 1. 12 s. pour l'habit de livrée (calculé par diU'érencej.
Notons enfin le prix de 06 livres pour la livrée d'un valet de pied fournie par Hourdault el ceux de 37 1. 4 s. 7 d. et 38 1. 5 respectivement pour l'habit d'hiver et d été aux garçons d'olTice et de cuisine.
Le troisième tailleur Channol a fourni un habit complet de 294 1. 16 s. destiné au sieur Du Parc.
Ce n'est point, comme il peut sembler tout d'aljord, un maigre présent même pour le fastueux Cardinal de la légende, car il représente, au taux actuel de notre monnaie, une valeur de 1.800 francs environ ; il fait encore bonne iigure à côté du vêtement de douze cents livres donné par le roi à un seigneur et il faut une circonstance comme le mariage du roi pour que les prévôts des marchands et échevins de la ville de Paris, reçoivent chacun une robe de soie de trois mille soixante livres qu'ils portent en allant à la rencontre de Louis Xlll '.
Il est vrai que l'halût du sieur Du Parc est certainenu-nl en règle avec la " Déclaration du Roy portant Règlement général sur lu Réformation des habits » qui a été vérifié au Parlement le neuvième may 1634; Channol n'y a cousu aucun passement de Milan ou de satin brodé ; il n'y a aucune de ces piqûres, emboutissemenls, cliamarures depassemens, boutons, houppes, tortils, canetilles, chaisneltes, arrière-points, cordons ou nœuds qui sont le triomphe du brodeur ; comme ornement, deux simples
1. V'« lï \yene\, liichelieu el la monarchie absolue, t. II, p. 30.
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bandes de broderie de soie, ou deux passements, tout au plus, lar^^es au plus d'un doigt chacun, et appliqués seulement sur les coutures et le haut des manches, dans le milieu des dos, et le long des boutons et boutonnières.
Voilà d'où provient lenorme différence entre le prix de la livrée des pages et celui de l'habit que la maison leur paye lorsqu'ils la quittent ; dans ce dernier, le passement, avec les autres garnitures, représente à lui seul, la moitié de la valeur de l'étoire, 63 livres environ, malgré les rescriptions exagérées de l'Edit somptuaire ; tandis qu'il fait complètement défaut pour la livrée des Pages, Valets de pied et Cochers qui n'est qu'en étolfe de laine, et ne porte seulement à l'exclusion de toutes bandes de velours ou de broderies, que deux simples galons sur les coutures et les extrémités.
Malheureusement, le Compte ne nous fournit aucun document sur les dépenses personnelles du Cardinal relatives à son habillement ; des trois tailleurs que nous avons nommés, quel est celui chez lequel Poquelin luimême, par une singulière attention due à un client de cette marque, a apporté lui-même la pièce de satin écarlate que Madame de Combalet accompagnée par Desbournais ou Le Masle est venue choisir la veille pour son oncle ? De quelles mains sort cet habit d'écarlate rouge couvert de broderie de soie nacarat dont l'évêque d'Auxerre a aidé Richelieu à se vêtir pour donner la pose à Philippe de Champaigne, cet habit qui fait tressaillir d'aise le peintre, malgré sa palette janséniste, à voir ce prestigieux modèle dans lequel la matité des chairs, déjà éclairée par la fièvre du regard, est encore rehaussée par la chaude violence du ton de cette ample draperie écarlate qui lui sert de repoussoir comme un nuage de sang et en accentue et l'allure et la race, « ellaçant la pourpre des rois'» ? L'on ne peut prononcer un nom, mais en revanche, nous savons celui de l'artiste qui l'a orné ; depuis longtemps, il travaille pour la maison du Cardinal ; en It)26, il a exécuté pour lui plusieurs travaux importants » un habit d'escalarte rouge en broderye soye naccarat, — deux habits de satin, l'un rouge cramoisy et l'autre vioUet en broderie de soye des mesmes couleurs, — une cimarre de satin par escailles à font vioUet en broderie de soye -... »
C'est Claude Sainct-Anne, un nom oublié par l'abbé de MaroUes
I. Poésies cliviTse<< rlédifes à Hfjr le duc de Richelieu par M. de Scudery, gouverneur de \olre-Dniue de tu darde, Paris, 1040 [Le cabinet, \" partie : Le portraict du grand Cardinal fait jiar t^liampagne, p. 70}.
i. /fer. Itist. el nob. de l'Anjou (Doc. inédits, p. i2).
La Maison du Cahdinal de Richelieu. 28
i3i I.A MAISlIN Dl CARDINAL l)K lUCIIKI.IF.U
dans sou Livri' des Peintres. l)rodtHir du roi et de la reine-mère, qui liahile eu l()2S. rue MonI martre, dans la paroisse de Saiut-l'^ustaclie, une maison dont il est le eiineieri;-e et ([ui ap[)artient au duc de Ghaulnes, Honoré d'Alherl. pair et maréchal de France, un ami du Cardinal'.
En ItiMIl, Madame de (À)mijalet lui a commandé pour son oncle deux ornements d'éj^lise sur un patron apporté par elle-même, et Madame de Houlhillier csl allée chez lui. pour lui reconmiander delà part du Cardinal, alors il L\(in, " cpi'il n"v i'aee rien que tle délicat et de l)eau-'>i ; Richelieu aj)piécie son talent et 1 appelle « Saint-Anye », une plaisanterie de lettre familière, sans doute ! L'année KiJl'J a été moins bonne pour Sainct- Anne chez ce riche client ; les commandes se sont bornées k la broderie de deux couvertures aux armes de Monseigneur, deux couvertures destinées à couvrir le pain de Son Eminencc, un travail qui lui est payé 32 livres, et qui revient périodiquement, car deux ans plus tard, en 1641, il faut les renouveler, mais cette fois les boulangers, Claude Mercier et René Maiiperrin les ont l'ait faire eux-mêmes directement, couvertures et broderie, et en ont fait l'avance à la maison -K
Voilà le seul fournisseur d'art cité au Compte, dont on trouve le nom dans la correspondance de Richelieu ; le brodeur est, en effet, le vérilal)ie artiste (jui compose et fait avec l'aiguille ce que le peintre fait avec son pinceau ; les mémoires du temps donnent par cpielques détails une idée de leur rôle au milieu du luxe elfréné dans le vêlement à l'époque ; pour n'en citer (ju'un seul, le Ijrodeur de Bassompierre lui demande OOU écus pour la façon d'un hai)it de toile d'or violette avec des palmes entrelacées qui revient à 14.000 écus'.
Un métier lucratif, comme on le voit, bien c[ue touché plus que les autres par l'édit somptuaire de 1634, ce qui explique comment M. de Rand)ouillet fait apprendre le métier de brodeur à l'un de ses domestiques, nommé Dubois, auquel il s'intéresse '.
Des deux cordonniers, 1 un d'eux, Guérin, semble Lyonnais, car il est inscrit immédiatement après les fournisseurs de cette ville, et pour huit paires de i)olles seidement : le voyage a été dur et long pour arriver jus(pie-l;t. et il a fallu rcnouvehT celles ([ue les péripéties de la route ont mises hnrs délai de faire bonne ligure dans le train ipii va recevoir
I. liiiil (lu ['2 mars 102S consenli à Paul liiiiiicl, liourgoois de Paris (ms. orig. coll. de l'aul. i.
;>. .\venel. Lclires.... t. III, |i. '.(OG.
'■i. Hcriip /lis/. (■/ itoliil. <Ip l'Anjou (Doc. iiiédils. p. 25). 4. HassoinpiiMi'c, Mriiinires, riVil . Michauil, |i, oU- "j. Tallcmaut, Uist., 1. Il, [j. 4V3.
Lies ^OIRMSSELRS iSî)
k Grenoble la duchesse de Savoie ; sont-elles, pour ce motif, plus luxueuses que celles, élégantes pourtant, ([uc les pages portent d'habitudi' ? L'absence de ntaivhéou le tivs C(»urt délai imposé pour leur livraison ont-ils justifié une majoratimi de prix ? Il est, quoi (|ii'il en soit, plus élevé (pie celui de l-'otteaU, le cordonnier attitré de l'aris. Ce dernier a fait en I(>"1!) deux séries de fournitures ; la première a été de 20 paires pour ITli lixres, soit 8 livres par paiie, un prix modéré, car en !(i!i"i. axant même le fameux impôt du sol par livro qui la rehaussé à la grande indignation ilu (lardinal', » pour mie paire de Ijottes, Messieurs les cordonniers n en xnudroient point raijattre une oliolle sur une pistole en or, ou dix francs tout au meilleur marclu-, et bien souvent ne serontelles que de nieschante vache brûlée - >■ : l'aidre fourniture a conqioité 23 paires, île prix dilTérents cette fois, peut-être parce qu'en partie destinées à des pieds autres que des pieds enfantins, car le total du mémoire correspondant fait ressortir un ]irix iinitalre de 8 livres 17 sols i deniers, avec une fraction indivisible ipii ne peut s'expliquer que de cette façon.
Sur chaque chaussure, Potteau, nie maître-cordonnier-sueur» a frappé sa marque pour se conformer àl'article 12 des Statuts de sacorporationconfirmésen l.")73 par lettre patentes de Charles IX, et a apporté à ces deux livraisons un soin tout particulier; cette année a vu, en elîet, la révision rigoureuse de ces statuts par le Parlement >', notamment pour ce qui touche la réception à la maîtrise, car malgré l'unique apprenti permis k un maître, et pour quatre ans, la communauté s'accroît d'une façon tellement inquiétante, qu'en IToO elle comprendra plus de 1500 membres ^.
A la dépense ordinaire des meubles pour l'année est inscrite d'abord l'argenterie, le plus précieux de tous ; elle y figure pour la somme bien peu considérable de 870 livres o sols, mais il ne faut pas oublier que ce n'est que la dépense courante de la maison, et la date (23 mai) du dernier des deux mémoires et aussi le plus élevé (760 livres 3 sols), à la veille même