I.KS FINANCÉS
au lemlemain des jours où il constatait par lui-même de près, la misère lamentable des populations qu'il traversait ', et il laissait percer l'émotion que produisait en lui ce rapprochement, lorsqu il suppliait messieurs du r.onseii, au début de la rébellion, d'apporter la plus grande prudence « aux établissements nouveaux qu'ils voudront faire, de considérer l'avenir par le passé, et ne s'embarquer plus dans des alTaires dont les conséquences soient si mauvaises qu'on ne puisse jamais apaiser la rébellion qu'en révoquant avec honte ce qu'on a faict- ».
Ces derniers mots n'expli(juent-ils point la justilication bizarre donnée parle Compte à la réduction gracieuse de lannuité de la ferme îles grell'es de Rouen? Une mention aussi singulière et aussi anurmale que celle de << l'ordre du Conseil de son Eminence ". d après lequel a été faite cette concession, est en désaccord complet avec le caractère éminemment personnel, de Richelieu et sa susceptibilité autoritaire. Le Cardinal était plus maître dans sa maison que partout ailleurs, où il l'était pourtant plus encore que le roi ; il a donc fallu un motif secret pour cjuil ait laissé écrire au Compte dans une des dernières pages, revues par lui, et près de son paraphe, une indication qui .semble comme un amoindrissement ou même une négation de son autorité ! Ne semble-t-il pas avoir voulu, tout en cédant à un mouvement de compassion, devant des misères qu'il avait vues de près, comme le couvrir du manteau d'une volonté autre que la sienne, en paraissant se désintéresser de la question ?
« Le Conseil de son Eminence <>, visé dans ce passage du Compte, ne peut être que le Conseil de l'Amirauté, f[ui fonctionnait déjà en 1629 pour tout ce qui relevait de la charge de Surintendant de la navigation c'est à ce Conseil que d'Infreville, dans son rapport de 1635, renvoyait directement certaines alfaires délicates ; de ce nombre était celle du sieur Tanqueray, receveur du port de Cherbourg et de quelques autres l'avoisinant, pour l'examen de son compte et la délivrance d'une décharge pour les paiements qu'il disait avoir elTectués et dont il ne pouvait justifier 3.
L'Etat de la marine de 1635 donne la composition de ce conseil dont le Cardinal, comme on le voit ici, utilisait quelquefois le nom et l'autorité pour ses affaires strictement personnelles ; en plus du commandeur de La Porte, son oncle, qui le présidait comme intendant général de la naviga-
1. A. Feillet, La mission au temps de la Fronde, Paris, 1868, p. 17 et suiv.