‹ La maison du cardinal de Richelieu, document inéditChapitre 442 sur 464 · CONSIDÉRATIONS GÉNÉRALES · texte numérisé non relu

CONSIDÉRATIONS GÉNÉRALES

La conclusion de cette étude sera brève, car elle ne peut être que le résumé des considérations générales que nous avons essayé de dégager, à chaque chapitre, de l'examen raisonné du Compte.

A l'envisager d'abord au point de vue politique, sa maison est, pour Richelieu, un Etat en raccourci, avec tous ses organismes, mais un État où il est le maître absolu, où il applique ses principes, et met en pratique ses idées; c'est un véritable champ d'expérience, où toutes les ques tions économiques et sociales, administration, finances, guerre, ont leur place. Dans le Testament politique, dont nous avons montré la relation étroite avec le Compte, Richelieu n'a pas seulement exposé des idées personnelles théoriques sous une forme dogmatique ; il a consigné, dans ce corps de doctrine, le fruit de ses observations et le résultat de sa méthode expérimentale d'autant plus rigoureuse que, dans son application, il s'est moins écarté d'une règle de conduite immuable qui se résume dans le principe d'unité ; ce document même est le reflet de ses rancunes, de ses déceptions et de ses échecs, ainsi que nous l'avons montré au sujet de ses idées sur la dignité royale et sur le rôle de la noblesse dans l'Etat.

Sa maison n'est pas seulement un champ d'expérience ; elle est aussi une école d'administration et d'intendance militaire, de même qu'une école de diplomatie.

Considérée au point de vue personnel, elle porte la forte empreinte de sa passion d'unité et de discipline ; on les retrouve d'abord dans le choix de ses domestiques, issus du même sol et liés entre eux par des alliances qui assurent et cimentent leur lidélité à l'égard de leur maître ; l'importance que le Cardinal attache pour les siens à l'atavisme et aux liens de famille n'est-elle point aussi la suite naturelle et logique de ses idées nobiliaires et de sa croyance à la force du sang? Il se connaît en hommes, sait les choisir, les garde toute sa vie, et leur imprime par son joug, d'une façon indélébile, quelque chose de sa personnalité, ce qui explique, avec le prestige de son nom, les hautes situations auxquelles

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parviennent, après sa mort, la plupart des siens. S'il exige beaucoup d'eux, tout en les utilisant suivant leurs capacités, et au mieux de leur valeur, il sait reconnaître leurs services, et leur rend l'attachement qu'ils lui témoig-nent ; s'ils sont seulement pour lui des instruments auxquels il ne demande que l'obéissance passive et le dévouement, il les traite avec équité et bonté, leur témoigne sa sollicitude, s'emploie pour eux et assure leur avenir.

A l'envisager enfin au point de vue économique, sa maison est un modèle d'ordre et de régularité au milieu d'une magnificence et d'un faste avec lesquels ils s'allient dans une harmonie parfaite de tendances, opposées en apparence, dont nous avons signalé les caractéristiques et expliqué les origines. A l'inverse du prince de Condé qui « dépense beaucoup, mais dont la dépense ne paraît pas' », Richelieu apporte dans son luxe comme dans le moindre détail de sa vie domestique, une mesure et une pondération raisonnée dont il ne se départ qu'en faveur de la grandeur de son nom - et il y a un savoir-faire dans sa dignité qui rehausse la valeur de ce qu'il donne et de ce qu'il fait. S'il a un train magnifique, il ne sacrifie pas plus au luxe qu'au confortable, et la lésinerie comme la profusion inutile sont choses inconnues chez lui. Bien que tout y soit fait largement, tout y est réglé minutieusement et de la façon la plus rigoureuse ; le contrôle des dépenses est assuré par le mécanisme de la comptabilité la plus sévère, et par la garantie des responsabilités mutuelles, là où il ne peut s'exercer ; les dilïérents services de la maison sont nettement définis, et ceux pour lesquels la surveillance est trop difficile ou impossible, sont confiés à des entrepreneurs qui « sont à lui » et dont les obligations portent en elles-même leur contrôle, deux garanties qui se complètent.

Pour nous en tenir à ce que de BuUion appelait « le gouffre de sa maison où il ne voyait goutte ■* », le document qui suit permet de rectifier la légende des folles prodigalités du Cardinal. Si nous comparons, en effet, sa dépense (49i.476 liv. 6 sols) à celle de quelques autres des plus grandes maisons de l'époque, on voit combien elle est, au contraire, normale et peu exagérée, en tenant compte, bien entendu, de l'importance de

\. Tallemanl, Ilist., t. II, p. 220.

2. Sa dépense totale étant en lG.38'cle 1. 207. 172 liv. S sols, si l'on applique à cette année la même dépense de maison qu'en 1639, c'est-à-dire 494-. 476 liv. 6 sols, il resterait pour dépenses diverses 762.693 liv. 19 s., c'est-à-diie plus de 42 "/o de la dépense totale, qui représentent certainement en majeure partie des placements de fonds, achats d'immeubles, améliorations de biens-fonds, etc.

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