Orig., S
3. Cf. Mannier, les Commanderies du grand prieuré de France. i. S 5545.
Tarcbiviste du grand prieuré de France, donne Tannée 1130 pour point de départ à une liste qu'il dresse des grands prieurs de rOrdre à Paris. On n'indique pas, du reste, sur quels fondements cette date et les suivantes sont appuyées, et les pièces les plus anciennes qui nous soient restées sont loin de remonter à cette époque. La Maison, située également hors de la ville, mais à l'opposé du Temple, au sud, était Saint-Jean de Latran, ou Y Hôpital ancien^ comme on disait toujours à Tépoque où le Temple était déûnitivement le chef-lieu du grand prieuré. Cet établissement était beaucoup plus modeste que celui des Templiers.
On s'est plusieurs fois demandé — et c'est une question toule naturelle, que nous devons prévenir — comment expliquer cette pénurie de titres primitifs qui entrave à chaque pas les recherches de ceux qui veulent étudier l'histoire des Templiers en France? A quelle époque en remonte la perte presque totale?
D'abord, il est vraisemblable que c'est le fait d'une destruction voulue. Ainsi les recherches spéciales auxquelles on s'est livré pour retrouver les archives générales de l'Ordre, notamment à Malte, n'ont amené aucun résultat * ; et cependant les Hospitaliers eussent dû recevoir naturellement, avec les biens et les privilèges du Temple, les titres originaux qui en faisaient foi.
Mais en dehors des archives générales, il y avait les archives particulières de chaque maison : donations, droits administratifs et domaniaux. Celles-là aussi, à Paris du moins, il est impossible de les reconstituer; et l'on ne s'en étonnera pas si l'on sait que, de tous les registres annuels de cens et rentes dressés dans le domaine de la commanderie, il ne nous en reste qu'un, daté de 1253 *. — Au reste, les inventaires de l'ordre de l'Hôpital nous font connaître ce qui, des titres et des registres du Temple de Paris, était tombé entre ses mains. Les archivistes qui les rédigeaient se sont demandé, eux aussi, la cause de cette lacune. L'un d'eux établit « que dans ce grand nombre de titres... il ne
1. Voy. une brochure de M. Delaville le Roulx, Documents concernant les Templiers, tirés des arehives de Malte (inlrod.), 1882. 8. Cest aussi le plus ancien ecetier de Paris. — MM 128 (Musée).
8*en trouve presque pas de primordiaux pour constater Torigine de la Maison et ses droits et titres honorifiques... ce qui ferait presque présumer que les Templiers les auraient abolis avant leur captivité ».
Ceci nous ramène à la première des deux questions que nous avons soulevées : pourquoi ces archives ont-elles été détruites, et qui les a ainsi anéanties partout? La supposition d*un accident fortuit est inadmissible; c*est donc quelqu*un qui y avait intérêt? Serait-ce le roi de France, désireux de rendre impossible tout contrôle sur les biens qu'il voulait saisir? Mais, au lieu de les brûler, s*il avait mis la main sur tant de titres précieux pour lui, ne les aurait-il pas plutôt déposés au Trésor des Charles^ où ils eussent été à la fois en sûreté et cachés aux regards de tous? 11 est également improbable qu'il en ait fait faire un triage méthodique, pour se débarrasser des pièces inutiles, car ce qu'il en reste prouve que le hasard seul a amené la conservation de tel ou tel litre isolé. D'ailleurs un triage, avec destruction partielle, aurait été plutôt le fait des Hospitaliers, si leur intérêt comme héritiers n*eût pas été de tout conserver.
Reste donc la supposition de ceux qui voient dans les Templiers eux-mêmes les auteurs de celte disparition, sans doute précipitée et incomplète, mais antérieure à la chute de l'Ordre. Cette solution du problème est plus vraisemblable que les autres, parce qu'ici la question d'intérêt n'est pas douteuse; mais elle soulève encore des difficultés. Comment comprendre un parti si désespéré, pris à la hâte et universellement par un Ordre qui, en apparence au moins, était si sûr de l'avenir, et dont le chef recevait jusqu'au dernier jour les faveurs les plus marquées de la bienveillance royale *? Car, à une époque où les avertissements secrets ne faisaient guère défaut, on ne semblait y répondre que par le dédain, ou par une sécurité hautaine peut-
1. Le grand mailrc Jacques de Molay, qui s'était laissé récemment allirer en France, malgré les averlissemenls, fut parrain d'un des enfants du roi en celte môme année 1307, et désigné le 4i octobre, avec quelques autres grands personnages, pour conduire les funérailles de la belle-sœur de Philippe le Bel, Catherine, épouse du comte de Valois.
être aiïéclée. Accordons plus de prudence et d*habileté au grand maître, et admettons qu'il avait su, couvert par cette feinte tranquillité, conûer à un abri provisoire, mais sûr, les statuts, les règlements organiques et les titres fondamentaux de ses archives, faciles à anéantir tout d*un coup s*il y avait danger. Il ne laissait dès lors dans les commanderies que les documents domaniaux et ûnanciers et les affaires courantes, dont la perte, incomplète du reste, est facile à expliquer par le bouleversement et Tétat de ruine où demeurèrent longtemps toutes les maisons de rOrdre avant de passer aux mains des Hospitaliers.
Ne remarque-t-on pas, dans la conduite de Philippe le Bel au début même du procès, comme un dépit mal déguisé de n'avoir pas trouvé tout ce qu*il cherchait lorsqu'il s'était si brusquement transporté au Temple, le jour de l'arrestation, pour veiller sur les papiers et le trésor de TOrdre et peut-être mettre la main dessus?
Nous livrons ces hypothèses pour ce qu'elles valent. Dans une pareille question il est difficile d'adopter une conclusion qui ne saurait être établie que sur des bases aussi fragiles. Si toutefois il était nécessaire de se prononcer, c'est le dernier système que nous suivrions de préférence; c'est à lui que nous aimerions à nous attacher.