RIVE
Les lésions principales se présentent d'abord comme un épaississement diffus dans lequel sont logées quatre tumeurs offrant grossièrement l'apparence de verrues plantaires. En bordure des placards, on note deux ou trois petites tumeurs rougeâtres, sessiles, de la grosseur d'un grain de riz. Après quatre mois, les tumeurs ont pris une allure végétante et ont l'aspect d'un chou-fleur. Elles sont friables et abandonnent des fragments quand on essaye de les décaper. Au cours d'une observation poursuivie durant un an, ces formations se sont aggrandies, tandis que de nouvelles tumeurs apparaissaient à la face interne des jambes, des genoux et des cuisses.
À côté des lésions cutanées se sont développées des lésions osseuses. La racine des troisième et quatrième doigts de la main droite et des troisième, quatrième et cinquième doigts de la main gauche est tuméfiée. La première phalange est élargie principalement à son extrémité proximale. l'aspect est celui d’une spina ventosa.
L'état du malade a toujours été excellent.
L'examen du sang révèle un peu d'anémie, une leucocytose légère (9.600 globules blancs) avec éosinophilie (22 %) et lymphocytose (37 %).
En 1953, Aimé PELISSIER publie dans le Bulletin de la Société de Pathologie Exotique, un article relatif à la Maladie de Kaposi en Afrique Noire à la suite de 18 observations faites au laboratoire d'Anatomie Pathologique de l'Institut Pasteur de Brazzaville. Nous en avons retenu trois qui nous ont paru essentielles
et que nous faisons suivre :
Nan. Pey.…., garçon, âgé de 9 ans. Au cours d'une cure de hernie inguinale un ganglion de ia taille d’un gros haricot est prélevé à la base du cordon. On pense à une filariose lymphatique. En réalité métastase ganglionnaire de la Maladie de Kaposi.
Ce ganglion présente à la coupe dans les deux tiers de sa surface des lésions d'adénite subaiguë, avec congestion diffuse et réaction inflammatoire à macrophages, plasmocytes, et quelques polynucléaires éosinophiles. En même temps une réticulose des sinus évolue en certains points vers la sclérose.
À l'une des extrémités, on constate une zone d'aspect tout à fait différent, zone vaguement arrondie et nettement limitée par une réaction collagène d'encerclement. Cette formation est constituée par une prolifération histiocytaire en faisceaux tourbillonnants avec nombreuses mitoses. Les capil-
Arbre
laires sont nombreux, de type embryonnaire à noyaux turgescents. Les coupes en série font apparaître une disposition beaucoup plus ang:omateuse
avec lacs sanguins.
On porte le diagnostic de métastase ganglionnaire de la Maladie de Kaposi, ce que confirme BABLET à l'Institut Pasteur de Paris. On recherche alors s'il n'existe pas de nodules cutanés au niveau des jambes mais le malade n'en présente pas. On note cependant de nombreuses plaques dépigmentées aux membres inférieurs, à disposition sensiblement symétrique, et entourées d'une zone hyperpigmentée. Une biopsie est pratiquée au niveau d'une tache siégeant au genou. Elle montre au niveau de la zone centrale dépigmentée, une hypéracanthose et une hyperkératose de l'épithélium malpighien. Sur le pourtour de cette zone, le derme est envahi d'histiocytes, bourrés de pigments mélaniques. On note de plus, une discrète prolifération histiocytaire et capillaire, mais il ny a pas de lésions scléreuses qui pourraient faire penser à des reliquats cicatriciels de nodules antérieurs. Peut-on voir dans ces minimes lésions un début de localistions cutanées? C'est possible.
N'Do.. Al, homme, âgé de 35 ans environ, venu de brousse et atteint de subocclusion du grêle. Intervention chirurgicale et extirpation d’une tumeur de la paroi, À examen anatomopathologique : Sarcome Kaposien. Perdu de vue après départ de l’hôpital.
L'intervention chirurgicale confirme une tumeur de l'iléon qui est réséquée. Suites opératoires normales. Le malade ne présentait pas de lésions cutanées et na jamais été revu depuis cette période.
La pièce opératoire montre une tumeur de la paroi, assez diffuse, de la grosseur d'un œuf de pigeon et ayant entraîné une invagination partielle.
L'examen microscopique montre une néoformation diffuse située dans la sous-séreuse et dans la sous-muqueuse, avec traversée de la musculeuse en fusée. On note des zones histiocytaires et des zones d'angio-réticulome assez importantes. Tous les éléments pour le diagnostic de la Maladie de Kaposi sont présents dans ces lésions, et il paraît difficile de ne pas considérer ce cas comme une atteinte purement viscérale, du moins pour l'instant, de la maladie.
Okd.… An, homme, âgé de 40 ans. Présence de nodules cutanés sur la jambe et ie pied gauches. Locaïisation osseuse importante avec Spina ventosa. Pas de retentissement sur l’état général par ailleurs.
ERREUE
Ce dernier présente de plus un œdème douloureux de toute la région tarsienne et manifestement une atteinte osseuse importante sans phénomènes inflammatoires aigus : Ni rougeur, ni chaleur.
À la palpation les tissus sont mous et très douloureux et l'aspect général fait penser à une ostéo-arthrite tuberculeuse. Par ailleurs l’état général est bon et les poumons sont normaux.
L'examen radiologique donne les résulta!s suivants :
Pied gauche : Ostéolyse presque complèie du premier métatarsien dont ne subsistent plus que la tête, quelques travées osseuses irrégulières et, sur la face externe, une mince coque osseuse montrant que cette ostéolyse a accompagné un processus tumoral. On remarque par ailleurs une forte ostéoporose du squelette du pied avec pincement ou disparition des interlignes tarsien et tibio-tarsien. En résumé : Ostéo-arthrite diffuse avec spina ventosa du premier métatarsien.
Pied droit : Décalcification du squelette du pied avec net pincement de la tibio-tarsienne et travées osseuses hypercondensées, groupées en faisceaux à la partie postéro-supérieure du calcanéum.
Une biopsie d'un nodule cutané montre l'image typique de la Maladie de Kaposi avec une accentuation des phénomènes réactionnels et début de sclérose diffuse.
Le continent Africain n'est cependant pas l'unique réservoir de la Maladie de Kaposi dans la Race Noire, CAMAIN, dans la Revue Coloniale de Médecine et de Chirurgie, nous fait part d'un cas de cette maladie en Guyane Française, observation que
nous avons condensée ci-après
M. X.., âgé de 72 ans, est amené par son médecin traitant le 4 avril 1948. Le malade, un créoie clair, a exercé jusqu'à l’an dernier une profession sédentaire. On ne note rien d’intéressant dans ses antécédents. Maladie de Kaposi type. Pas de retentissement sur l’état général.
Il y a environ un an, X.. a remarqué l'apparition d'une zone inflammatoire prurigineuse, au niveau du pli de flexion du cou de pied droit. La peau s'est par la suite fendillée, a suinté, et progressivement des nodosités de la taille d'un pois à une noisette ont bourgeonné à ce niveau.
Depuis huit mois, de nouvelles nodosités de même taille se sont successivement dessinées sur le bord externe du pied droit en même temps qu'un grand placard violacé à la face interne du cou de pied gauche; enfin dans les derniers mois venaient se surajouter sur les deux jambes des petits placards de un à deux centimètres de diamètre, ressemblant à des écchymoses,
et, dans le creux poplité droit, deux nodules de la taille d'une noisette. Depuis deux mois les deux jambes sont gonflées douloureuses, et le malade garde le lit. À l'examen local, on retrouve tous les éléments décrits plus haut :
a) Multiples nodules durs, confluents, recouverts d'un épiderme hyperkératosique au pli de flexion du cou de pied droit, dans le creux poplité droit, et sur le bord externe du même pied; un des nodules est légèrement ulcéré.
b) Large placard d'allure ecchymotique à bordure brune occupant tout le 1/5 inférieur de la jambe gauche et la région malléolaire interne.
Les deux jambes sont le siège d'un œdème dur pseudo-lymphangitique douloureux à la pression.
On note une légère adénopathie inguinale droite.
L'état général du malade est bon. L'examen clinique ne révèle aucune autre lésion décelable.
On pratique une numération-formule.
Sang :
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