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La maladie du sommeil chez les blancs

Dans cette conférence sur la maladie du sommeil chez les Blancs, je désire - vous indiquer ce qui peut vous être utile dans la pratique médicale, et j'insisterai sur les points que tout médecin d’une grande ville doit connaître, en particulier sur l’étiologie, la symptomatologie et le diagnostic.

D'autre part, je vous exposerai les points intéressants du traitement, non seulement pour vous permettre de soigner vos malades, mais aussi parce que, de l'étude expérimentale du traitement des trypanosomiases, on peut dégager des faits qui sont intéressants à un point de vue général pour la pathologie et la thérapeutique.

Les trypanosomiases constituent à l'heure actuelle un groupe de maladies nombreuses et variées, qui ont été bien étudiées surtout chez les animaux. L'étude de ces maladies est récente ; car M. Laveran, dans une revue générale, publiée le 1°" mars 1899, dans les Archives de Médecine expérimentale (1), ne signalait qu'une seule maladie causée par le trypanosome, le Surra, qui sévit dans l’Inde sur les chevaux.

Depuis, on a étudié le Nagana ou maladie de la mouche Tsé-Tsé, en Afrique, et le mal de Caderas, en Amérique; la dourine, ou mal du coït, qui sévit en Algérie et qui débute, comme la syphilis, par un chancre des organes génitaux, etc.

Ces maladies sont actuellement en pleine activité et s'étendent.

Si je vous ai rappelé ces faits, c’est pour vous dire dans quel groupe la maladie du sommeil de l'homme vient prendre place : c'est une trÿpanosomiase humaine. :

La cause déterminante de ces maladies est le trypanosome qui est un protozoaire ; par conséquent les trypanosomiases viennent se ranger dans le voisinage du paludisme, dans un chapitre tout à fait en dehors des maladies microbiennes proprement dites.

En 1904, MM. Laveran et Mesnil (2) réunissent dans un remarquable travail les points acquis pendant les années précédentes.Dans ce livre, vous trouverez

(1) Page 256. Dans cet article on trouvera la bibliographie complète avant 1892. (2) Trypanosomes et Trypanosomiases, Paris, Masson,

sur les trypanosomes tous les détails de structure, de coloration el d'habitat, que je vous résume très rapidement. |

C'est Valentin de Berne qui, en 1841, décrit le premier trypanosome, qu'il observe dans le sang de la truite.

En France, c’est Gruby (4), un véritable précurseur, qui, toujours indépendant des écoles, découvrit nombre de faits devenus classiques, c’est donc Gruby qui étudie ces organismes chez la grenouille et crée le nom de trypanosome de tevravos : tarière el soua : corps.

C'est seulement en 1860 que Evans découvre le parasite du Surra, maladie des équidés de l'Inde, et à la fin de 1901 que les savants anglais Forde et Dutton voient dans le sang d’un Européen, habitant la Gambie et atteint de fièvre irrégulière, un trypanosome nouveau.

En mai 1903, Castellani et Bruce trouvent un trypanosome dans le liquide céphalo-rachidien des nègres atteints de la maladie du sommeil. Bruce le retrouve dans le liquide céphalo-rachidien 38 fois sur 38 cas (2).

Des examens et des recherches comparatives, il résulta que le trypanosome de Castellani était le même que celui de Forde et Dutton, et voilà pourquoi le trypanosome de la maladie du sommeil est souvent appelé Trypanosoma gambiense ; mais, en outre, un cas remarquablement étudié par Manson chez une Européenne montra que la maladie fébrile trypanosomique n’était que Ia première période de la maladie du sommeil.

Comme dans le Nagana, c'est une mouche tsé-tsé qui communique la maladie.

C'est Bruce qui a bien établi le rôle de ces mouches dans la transmission des maladies à trypanosomes.

Pour le Nagana, il a surtout incriminé la Glossina morsitans ; pour la maladie du sommeil, la Glossina palpalis. Vous savez aussi que notre compatriote Brumpt a publié de nombreux travaux sur le même sujet.

Ces Glossina sont des mouches d’assez petite taille, un peu plus grande que la mouche commune (Musca domestica).

Ce qui caractérise les tsé-tsé au repos, c’est que leurs ailes se recouvrent complètement.

Les tsé-tsé ont un aiguillon qui est très robuste et peut percer les parties les plus dures du corps humain, puisque ces mouches peuvent s'attaquer aux animaux sauvages, et que leur aiguillon peut traverser la peau des éléphants et même des crocodiles.

Quand une mouche est à jeun, elle se présente l'abdomen aplati.

Quand elle peut piquer un individu, en 20 ou 30 secondes elle a fait son repas et son abdomen devient alors ovoïde, rebondi.

Chez ces mouches qui sucent du sang infecté, les trypanosomes se conservent 5 Jours et, pendant tout ce temps, elles peuvent infecter d’autres individus.

Y a-t-il d’autres mouches capables de propager la maladie du sommeil ? C'est possible, mais pour le moment, il n’y a de preuves absolues que pour la Glossina palpalis.

La maladie est cantonnée en Afrique dans le voisinage de l'équateur.

(1) Comples rendus de l’Académie des Sciences, 1843, p. 1134. (2) Voir Docteur E. BuRNET, La maladie du sommeil, Revue de Paris, 15 février 1907, Dr410:

ne

La limite supérieure des pays infestés passe par Dakar, Kayes, la boucle du Niger, le lac Tchad, le Babhr-el-Gazal.

La limite inférieure va de Benguéla, sur la côte occidentale, au Zambèze, sur la côte orientale.

Entre ces deux lignes, nous trouvons, comme colonies françaises infectées, une partie du Sénégal, la Casamance, la Guinée, la Côte-d'Ivoire et le Congo français ; tous nos malades sont venus du Congo français, qui est, de toutes nos colonies, le pays où la maladie sévit avec le plus d'intensité. Le Congo belge fournit un fort contingent, ainsi que les colonies portugaises de la côte occidentale d'Afrique. Enfin, dans la zone d'influence anglaise, il y a l'Ouganda, qui est actuellement un des foyers les plus actifs.

La maladie du sommeil est loin d’être une maladie nouvelle, puisque, dès 1809, Winterbottom la signale à Sierra-Leone et, à la Faculté de médecine de Paris, en 1869, Guérin présente une thèse où il étudie la maladie aux Antilles chez des nègres qui tous venaient d'Afrique.

La maladie du sommeil n’a pas cessé de faire des victimes depuis cette époque ; mais, avant l’arrivée des Européens, l'Afrique était habitée par des peuplades qui avaient entre elles très peu de rapports, et, pendant longtemps, la maladie ne s'est pas disséminée. Il a fallu les grandes explorations des Européens pour mélanger les peuplades. Les explorateurs se sont servis des fleuves pour pénétrer dans le Continent africain ; aussi est-ce par là que la maladie s'est propagée. Presque tous les explorateurs sont allés de l’ouest à l'est et c'est aussi la marche qu'ont suivie les épidémies, si bien que, du bassin du Congo, la maladie a gagné le bassin du Nil et l’'Ouganda en particulier.

Quand une épidémie s'implante, elle est très meurtrière, tandis que, dans les pays anciennement infectés, elle a des allures moins sévères. On peut à ce sujet émettre plusieurs hypothèses ; la moins mauvaise est que les enfants ou adolescents peuvent, dès le jeune âge, subir une première atteinte qu'ils surmontent et devenir plus résistants. Pour les trypanosomiases animales, cet état de plus grande résistance existe chez les animaux qui ont résisté au mal ; mais le fait n’est pas scientifiquement démontré pour la maladie du sommeil.

Pendant longtemps, on a cru que le Blanc était réfractaire à la maladie du sommeil ; malheureusement, depuis qu’on fait mieux le diagnostic, on a vu qu'il n’en était rien et, actuellement, on peut réunir plus de 30 observations avec diagnostic scientifiquement établi.

Chez les Blancs, ce sont surtout des missionnaires, des explorateurs ou des colons qui sont frappés ; nous ne connaissons que trois observations de femmes européennes, publiées par MM. Manson et Broden (1).

Quand on sait qu’en Afrique les religieuses sont nombreuses, on est étonné de ce fait, mais il s'explique aisément : les religieuses sont sédentaires dans des lieux en général salubres, tandis que missionnaires, explorateurs et colons courent la brousse et les marigots.

Les sœurs, il est vrai, sont occupées dans les hôpitaux ou infirmeries. Il existe à Brazzaville un hôpital pour la maladie du sommeil, et, malgré un contact permanent avec les malades, il n’y a pas eu de contagion parmi les

(1) Docteur A. BRODEN, Société belge d’études coloniales. Rapport, Bruxelles, 1906.

sœurs. Peut-être n'y a-t-il pas de mouches tsé-tsé dans le voisinage de la mis-

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