‹ La Maladie Du Sommeil Et Son TraitementChapitre 4 sur 20 · HISTORIQUE · texte numérisé non relu

HISTORIQUE

La maladie du sommeil paraît complètement inconnus avant le XIX®* siècle, ou du moins elle n’est pas mentionné® dans la littérature avant cette époque. Ce n'est qu'en 1803, que le voyageur anglais Winterbottom en parle pour la première fois. Au cours de voyages qu'il effectua en Sénégambie et sur le littoral du golfe de Guinée, il eut l’occasion d’en observer plusieurs cas chez des indigènes ; mais ce n’est qu'en 1840 qu'un missionnaire anglais, du nom de Clarke, décrit cette affection qu'il a étudiée chez les nègres de Sierra- Leone, I en recherche l’étiologie et attribue l'affection, chez les jeunes filles, à la dysménorrhée, et, chez les sujets des deux sexes, à l'abus du eltanvre indien. Il lui donna le nom de .« Sleeping-dropsys ». Un peu plus tard, Bacon et Daniall la signalent dans leurs écrits.

En 1860, Dangaix en mentionne plusieurs cas, qu'il a vus

— 10 — | en Afrique, dans le pays qui s'étend depuis le Gabon jusqu'à Benguela. Puis, Nicolas et Chassaniol, Gaigneron et Griffon du Bellay, la décrivent. En 1868, Santelli en rapporte un cas classique et intéressant.

Il faut arriver en 1869 pour trouver un ouvrage quelque peu considérable sur la question. Il est dû à Guérin, médecin de la marine à la Martinique, qui en fit l’objet d’une thèse bien documentée. Pendant douze ans, il a observé 148 cas de maladie du sommeil chez des noirs venus d'Afrique.

A l'hospice de Saint-Louis, Corre observe plusieurs cas et publie, en 1876, un travail S'y rapportant.

Jusqu'à ce moment, et même beaucoup plus tard, on ne connaît rien de l’étiologie de la maladie.

Hans Zieman l’attribue à l'abus, dans l'alimentation, de la farine de manioc mangée crue. Ce produit sert, en effet, de base à la nourriture de nombreuses peuplades chez qui l'affection existe à l'état endémique. Elle ne serait autre chose qu'un empoisonnement provoqué par l'acide cyanhyarique ‘que contient le manioc:

Pour Calmette, ce serait aussi une intoxication d’origine alimentaire. Mais il n’en précise pas davantage la nature. Cette intoxication serait analogue à celle que l’on observe dans la pellagre qui est produite par l’abus de la farine de maïs. L'abus de l’alcool et des plaisirs vénériens à aussi été invoqué.

Ce n'est qu'en 1897 que Cagigal et Lepierre ont soupçonné la nature infectieuse de la maladie. Ils ne l'ont pas attribuée à son agent propre, découvert plus tard, mais à un bacille qu'ils ont cru spécifique.

Forbes, un an après, croit devoir accuser l'embryon de rhabdonema strongillarius ; Ferguson, l’ankylostome duodénal. |

Le docteur Marchoux, se basant sur deux observations de

Sr EDR nègres atteints de la maladie, qui avaient présenté des symtômes du côté de l'appareil respiratoire, et chez lesquels l’examen microscopique avait révélé l'existence du diplocoque de Talamon-Frenkel, lui attribue la maladie. :

Manson observe dans le sang de léthargiques des Filaria perstans, et conelut en leur donnant un rôle prépondérant dans l’étiologie.

Mais en 1901, Dutton trouve dans le sang de sujets atteints d'une maladie fébrile, un peu analogue au paludisme, un microorganisme du genre Trypanosoma et qui s'appelle Trypanosoma gambiense. Il nomme cette maladie « fièvre à trypanosomes ». Le rapport qu'il y a entre elle et la maladie du sommeil reste encore inconnu.

La même année, Broden fait, à l'Académie Royale de médecine de Belgique, une communication dans laquelle il fait savoir qu'il a trouvé, dans le sang périphérique des malades, un microbe qu'il croit particulier.

En 1902, les gouvernements européeñs ont envoyé dans leurs colonies d'Afrique des missions chargées d'étudier la maladie. :

Le Portugal envoya dans l'île du Prince et la province d’Angola, quatre savants : MM. Bettencourt, Correia Mendès, Correia Pinto et Gomez de Rezende. L'Angleterre envoya MM. Bruce et Nabarro dans l'Afrique Orientale Anglaise ; PTtalie, MM. Castellani et Sambon, dans l’Uganda ; la Belgique, MM. van Campenhout, Kuborn et Broden, dans l'Etat libre du Congo. Enfin, le gouvernement français à envoyé la mission du Bourg-de-Bozas, avec le docteur Brampt.

Au cours de leurs recherches, ces missions ont fait des travaux importants. C'est ainsi que les membres de la mis-

sion portugaise isolèrent dans le liquide céphalo-rachidien des léthargiques, un microbe auquel fut donné le nom

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d' « hypnococtus », qui fut retrouvé, à l’autopsie, dans Île sang, les ganglions, la rate ef le tissu nerveux.

En même temps, Castellani, dans l'Uganda, réussit à trouver et à.isoler un streptocoque polymorphe, qui paraît très voisin du précédent, mais qu'il considère plutôt comme un agent d'infection secondaire.

L'année suivante, en mai et juin 1903, dans une série d’articles parus dans plusieurs périodiques français et anglais, ce même auteur fit connaître qu'il avait découvert dans le liquide céphalo-rachidien et le sang des malades un trypanosome, qu'il appela, étant donnée son origine, « Trypanosoma ugandense ». Sur 34 malades, il fut observé 20 fois, soit dans 70 p. 100 des cas. MM. Bruce et Nabarto confirmerent ces faits, mais furent plus heureux dans la recherche des trypanosomes dans l'organisme. Sur 40 cas, ils le constatèrent 40 fois dans le liquide céphalo-rachidien, et 15 fois sur 16 dans le sang. Ces auteurs et M. Wigins pratiquèrent en outre, 117 examens dans des centres non atteints par la maladie et ils ne purent déceler un seul parasite.

Au Congo français, Brumpt a‘pu recueillir de nombreuses observations et faire quelques autopsies. Il a, en outre, ramené de Brazzaville en France, trois nègres contaminés, qui ont été attentivement suivis par lui et le docteur Wurtz à l'Hôpital des Dames Françaises d'Auteuil. Ces indigènes ont fait l'objet d’un article de ce dernier dans la Semaine Médicale, en décembre 1903. En même temps, Brumpt con-

naissant le rôle que joue la mouche Tsétsé dans la propaga- | tion du trypanosome du Nagana, lui attribue un rôle prépondérant dans la propagation du Trypanosome de la maladi: du sommeil. I incrimine spécialement la Glossina palpalis.

Bruce et Nabarro ont vérifié cefte hypothese en faisant

piquer par cette espèce des singes contaminés. Ces mouches,

NUITS ss mises ensuite en présence de {rois singes indemnes, leur ont communiqué la maladie.

Mais un point restait dans l'ombre. Quel était le rapport existant entre le frypanosome de Dutton ou trypanosoma gambiense, et le trypanosome de Castellani où trypanosoma ugandense ? Quel rapport y avait-il entre la fièvre à trypanosomes et la maladie du sommeil ?

Les chercheurs s’attachèrent à ces questions, et en mars 1904, Brumpt et Wurtz établissent que le parasite est le même dans les deux cas. Les expériences sur lesquelles ils. se basent pour arriver à ces conclusions, ont été faites sur des rats, des souris, des cobayes, des lapins, des chiens et des singes. [ls ont inoculé à ces animaux des trypanosomes de la maladie du sommeil et ils ont constaté des résultats idontiques à ceux que Dutton avait obtenus avec son trypanosome. Ils proposent donc de supprimer de Ja nomenclature le nom de Trypanosoma Castellanii, pour ne conserver que celui de Trypanosoma Duttoni où gambiense, qui lui est antérieur. Res

Laveran, au mois d'avril 1904, fait part à l’Académie des sciences de ces constatations à ce sujet. Elles sont analogues à celles des auteurs précédents, mais une preuve de plus de l'identité des deux parasites est tirée de ce fait : que les animaux ayant acquis l'inmmunité à l'égard de l'un, sont aussi immunisés à l'égard de l’autre.

Depuis lors, de nombreuses observations ont été publiées et chaque jour en voit paraître de nouvelles. Au lieu de réoresser, la maladie semble gagner du terrain. De nombreux soldats, officiers, fonctionnaires de toute race ef de foute nationalité ont pu être étudiés. Laveran, en 1904, à publié, en collaboration avec Mesnil, un beau livre sur la question. Il y rend compte de ses essais de traitement avec lacide arsénieux et les couleurs de benzidine, parmi lesquelles la meil-

re D'r leure Jui paraît être le Teypanroth. Brumpt et Wurtz se montrent très réservés à l'égard de ce dernier et conseillent de ne conserver que le premier.

L'arsenic a été employé sous diverses formes : acide arsénieux, cacodylate de soude, arrhénal, etc. Les sels de quinine, de fer, également avec des résultats variables, mais toujours peu brillants. En 1905, Thomas de Liverpool, fait connaître le résultat de ses essais de traitement chez les animaux par l'atoxyl. Ce médicament paraît vraiment donner de’ bons résultats. | À

Nous n'insistons pas davantage sur ces divers modes da traitement, que nous nous proposons d'étudier au chapitre consacré à la thérapeutique.

Nous ajouterons seulement que le gouvernement de PEtat indépendant du Congo a, en 1906, fondé un prix de 200.000 francs, pour être décerné à l’auteur, sans distinction de nationalité qui aura, le premier, découvert un remède vraiment efficace contre la Frypanosomiase. En outre, une somme de 300.000 francs à été inscrite au budget pour être consacrée à son étude.

Le gouvernement allemand, ému, lui aussi, par l’état de choses: créé dans les possessions européennes en Afrique, du fait de l'envahissement toujours plus grand de la maladie, à chargé, en 1906, le professeur Koch d'aller étudier l’affection dans l'Afrique allemande. Une mission a été composée, qui s'est livrée à de nombreuses expériences et à de nombreuses recherches, touchant l'étiologie, la prophylaxie et le traitement. Rentrée en Europe en 1907, Koch a fait connaître leurs résultats dans plusieurs rapports. Nous passons à dessein sur ses conclusiôns, Car nous aurons l'occasion d'en parler souvent au cours de ce travail.

En 1906, la Société de Géographie de Paris à organisé une

mission, chargée d'étudier la maladie au Congo français.

re Elle est composée. de. MM. G. Martin et Lebœuf, médecins des troupes coloniales, Roubaud, agrégé d'histoire naturelle, et Weiss, aide-naturaliste.

Nous devons signaler, en outre, pour être complet, qu'en.

juin 1907, une conférence internationale s’est tenue à Londres pour déterminer le but des recherches à faire. MM. Von Jakobs (délégué allemand), Laveran et Kermorgant (délégués français), ont indiqué le programme à suivre dans les recherches. Il a été ensuite adopté une proposition concernant la périodicité des conférences et la création d’un bureau chargé de centraliser tous les travaux et tous les documents ayant trait à la question. :

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