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— Mi l'enfant est une petite fille elle s’appellera Edmonde, en souvenir du marquis d’Arfeuille, père de Mme la comtesse, qui se nommait Edmond ; si e’est un petit garçon, il s'appellera Edmond.
Il avait été convenu aussi que, dès que la comtesse ressentirait les preinières douleurs, Mariette s'empresserait de le faire savoir à Germain, Il fallait cela pour donner au domestique le temps d’avertir son maître,
Le jour arriva : Germain, prévenu par Mariette, courut à Clamecy et revint avec le comte, suivi de son auxiliaire à quatre pattes.
À la nuit, ils pénétrèrent dans le parc par une petite porte dont Germain s'était procuré une clef, et marcherent avec précaution vers le château. On était à la fin de janvier. Après quelques jours de dégel, le froid était revenu, Il gelait très-fort.
Le cemte et Germain purent entrer facilement dans une serre et s'y tenir cachés. Du reste, ils pouvaient se dispenser de prendre cette mesure de prudence ; les jardiniers étaient rentrés chez eux, les jardins se trouvaient déserts.
Le comte s’assit sur un banc, le chien se coucha à ses pieds. Quant à Germain, debout à l'entrée de la serre, l'oreille tendue, il attendait,
À ce moment, M. de Bussières devait se livrer à d’étranges réflexions ; mais, dominé par les passions de son âme, poussé en avant par une force irrésistible, saisi par le vertige, il ne raisonnait plus ; il ne sentait pas l’odieux de sa conduite ; il semblait ne plus avoir conscience de sa dignité. Et pourtant, cet homme n’était pas méchant. Il avait la folie de l'amour paternel.
Vers huit heures et demie, un bruit de pas se fit entendre dans une allée, Le chien dressa la tête, mais il resta silencienx. Germain sortit de la serre et s’avança au-devant de la personne qui marchait. C'était Mariette. Sans pronüncer une parole, elle suivit Germain qui la conduisit dans la serre.
— Eh bien ! demanda le comte,
— C’est fini, répondit Mariette,
— Est-ce une tille ?
— Non, un garçon.
— Qui passera la nuit près de votre maîtresse ?
= La sage-femme et moi.
— Et le médecin ?
— Îl ne restera pas au château ; il va partir tout à l’heure.
— C'est bien, Avez-vous veillé à ce que l’enfant ?....
— La sage-femme est occupée à le mettre duns ses langes.
— N'oubliez aucune des recommandations que je vous ai faites.
— Cela me sera d'autant plus facile que je serai seule dans la chambre de Mme la comtesse jusqu'à deux heures après minuit. La sage-femme qui est très-fatignée, car elle à déjà passé la dernière nuit sans dormir, se couchera vers dix heures, et il est convenu que je la réveillerai à deux heures avant d'aller moi-même ine reposer.
— Tout celz est pour le mieux.
— À quelle heure fraudra-t-il ouvrir la porte ?
— Après onze heures ; vous n'aurez pas à nous attendre, nous serons sous les murs du château, près de la porte basse. Maintenant, Mariette, allez rejoindre votre maîtresse,
La femme de chambre sortit de la serre et s’éloigna rapidement.
-— Un garçon! c’est un garçon ! murmura le comte.
Il était extrêmement agité ; à mesure que l'heure terrible approchait son émotion et son trouble augmentaient,
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Un peu avant onze heures, ils sortirent de la serre et marchtrent vers le château, se glissant comme deux ombres à travers les massifs et les bouquets d'arbustes, Le chien les suivait pas a pas.
Le ciel était chargé de nuages sombres, le vent soufflait avec une certaine violence et faisait grand bruit dans les arbres. Cétait une nuit tourmentée, noire, glaciale, une autre complice pour le comte.
Arrivés au pied du château, après avoir reconnu la porte désignée par la femme de chambre, ils se blottirent dans un angle obscur, On aurait pu passer près d’eux sans les apercevoir,
À onze heures la comtesse s'était assoupie. L'enfant dormait duns son berceau. À l'exception de Mariette, chargée de veiller jusqu’à deux heures, tout le monde dormait au château.
— Ils attendent, se dit Mariette, c'est le moment.
Elle s'approcha du berceau et regarda l'enfant, à
— Il est parfaitement ar rangé comme cela, pensa-t-elle ; mais pourquoi donc M. le comte tient-il tant à ce qu'il soit bien emmaillotté ?
üle jeta un regard sur sa maitresse, dont les yeux étaient fermés, puis sortit sans bruit de la chambre, Dans le corridor, elle prit un bougeoir allumé, et descendit rapidement au rez-de-chaussée, Elle ouvrit la porte basse, Germain était 1à. Il avait entendu le grincement du verrou.
Mariette s'empressa de remonter l'escalier et de regagner la cliambre de la comtesse, ayant soin, comme cela lui était recommandé, de laisser ouverte toutes les portes derrière elle.
Le comte était venu, à son tour, se placer devant la porte basse. Le chien avait déjà ses deux pattes de devant sur le seuil. Son maître lui dit seulermen ces mots :
— Va chercher,
L'animal fit frétiller sa queue ; le con allongé, le museau en l'air, il renifla bruyamment,
— Va chercher, apporte, dit encore le comte.
L'animal s’élança à l'intérieur dn château sur les traces de la femine de chambre.
Germain pénétra aussi dans le château, il s'arrêta dans le corridor, audessous de l'escalier, prêt à protéger la retraite du chien contre tout danger imprévu,
Au bruit que fit Mariette en rentrant dans la chambre, la comtesse se réveilla,
— Est-ce que vous étiez sortie, Mariette ? demanda:t-elle,
— Îl m'avait semblé entendre du bruit et je suis allée voir ...
— Îl fait un grand vent, j'entends ses sifflements furieux ; on aura laissé quelque fenêtre ouverte. Mariette, donnez moi mon enfant.
La femme de chambre tremblait comme une feuille et était très pâle, son cœur battait à se rompre. Elle prit l'enfant dans sor berceau et le mit dans les bras
de la comtesse. Il ne s’était pas réveillé,
La jeune mère le regarda un instant avec attendrissement, des larmes dan les yeux, puis colla ses lèvres sur son front.
À ce moment, la ports entr'ouverte s'ouvrit brusquement, comme poussée par un coup de vent, et le c'rien bondit au milieu 0: ‘a chambre.
La comtesse et Mariette poussaient en même temps un cri d’épouvante.
ses forces et toute son énergie à vaincre ses ter-
L'animal avait vu l'enfant, D'un bond il se précipita sur le lit,
Instinctivement, la mère serra son enfant dans ses bras. Mais le chien ouvrit sa gueule énorme, saisit le pa ivre petit par ses langes, un peu au-dessus des hanches, l’arracha des bras de sa mère, sauta à bas du lit et s'élança hors de la chambre,
La comtesse s'était dressée sur son ht, les yeux sortant de l'orbite, le regard plein d'épouvante et d'horreur, Le chien avait agi avec la rapidité de l'éclair ; son enfant lui fut enlevé avant qu'elle ait eu conscience du malheur qui la mena. çait. Elle jeta un second cri, auque, effroyable, ses bras s’agitèrent convulsi. vement, sa tête retomba sur l’oreiller et elle resta étendue, pâle, sans mouvement, comme un cadavre,
Mariette, qui s'attendait à voir entrer dans la chambre le comte ou Germain, ut terrifiée à la vue du chien. Elle s'affaissa dans un coin de la chambre et secouée par un tremblement nerveux, livide, la tête perdue, presque folle, elle appela : Au secours ! Au secours !..,
La sage-femme, qui dormait dans une chambre voisine, arriva la première, réveillée par les cris.
Elle vit la comtesse évanouie, le berceau vide.
— L'enfant, l'enfant, sauvez l'enfant ! criait Mariette.
La sage-femme s’approcha de Mariette.
— L'enfant ! où est-il ? lui demanda:t-elle,
— Une énorme bête noire l’a emporté.
— Oh ! la malheureuse est folle ! s’écria la sage-femme qui sentait les premicres atteintes de la peur.
Elle courut au lit de la comtesse et, ne songeant point aux soins que réélamait immédiatement l’état de la pauvre mère, elle jeta l’édredon au milieu de la chambre et remua inutilement le lit de la tête aux pieds. A son tour, elle eta des cris perçants,
Un quart d’heure après, tout le personnel du chateau était dans la chambre,
Le vieux régisseur interrogea Mariette.
Elle raconta d'une voix entrecoupée par les sanglots et des larmes qui, peutêtre, n'étaient pas fausses, comm” un animal trè-gros avait fait irruption tout à coup dans la chambre et s'é..u enfui, emportant l'enfant, qu'il avait enlevé des bras de la comtesse !
Si extraordinaire et si invraisemblable que cela parût, il fallait bien ajouter oi au récit de la femme de chambre, Une chose était malheureusement trop réelle ; l'enfant avait disparu, l'enfant avait été enlevé.
La comtesse, d'ailleurs, confirma presqne aussitôt les paroles de la femme e chambre.
Grâce aux soins que lui prodiguait enfin la sage-femme, elle revint à elle. Ses yeux hagards, démesurément ouverts, semblaient chercher autour d'elle. Puis, son visage prenant une expression effrayante, elle jeta ces mots, dans un cri horrible :
— La bôte ! la bête !
Et elle tomba immédiatement dans une nouvelle syncope.
Tout le monde était atterré,
— Le médecin, courez chercher le médecin ! cria la sage-femme affolée, déespérée,
Sur un ordre du régisseur, la jeune servante partit.
Puis, à l’exception de la sage-femme et de Mariette, tout le monde sortit de a chambre,
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LA MALÉDICTION D'UN PÈRE OS RNA On alluma partout les flambeaux, les lampes, on prit des Janternes, et les hommes s'étant armés de fusils et de vieilles épées, on se mit en devoir de fouiller le château dans tous les coins, des caves aux greniers.
Dans leur effarement, ni le régisseur, ni les domestiques ne s'aperçurent que plusieurs portes conduisant à la chambre de la comtesse se trouvaient ouvertes, Plus tard, quand ils voulurent s'expliquer comment l'arimal s'était introduit dans le château et avait pu pénétrer jusqu'à Mme Bussières, ils avaient déjà fait leurs inutiles recherches, ouvrant et fermant tour à tour toutes les portes.
Cela écartait les soupçons qui auraient pu atteindre la perfide femme de chambre et entourait l'enlèvement de l'enfant d’un voile plus mystérieux encore,
Le médecin accourut auprès de la comtesse qui, toujours sans connaissance, était en danger de mort,
Un instant après l'arrivée du médecin, une douzaine de paysens, ayant appris l’épouvantable malheur, vinrent se joindre au régisseur et aux domestiques,
On avait visité le château, les écuries, les remisses, les cours. Malgré la nuit, avec les lanternes, on entreprit de faire une battue dans les jardins, et le parc. Le régisseur avait lâché ses deux chiens de chasse, excellentes bêtes qui, par leurs mouvements, leurs aboiements et leurs allées et venues, le nez à terre, indiquèrent :& passage de la bête, qu'on déclarait déjà être un loup.
Le jour vint. On put continuer la chasse dans de meilleures condit'ns. Le régisseur n'espérait plus retrouver l'enfant vivant, mais il aurait voulu mettre à mort la bête féroce qui, sans aucun doute, l'avait dévoré.
Sur le sable d'une allée on découvrit les empreintes de pas d’un animal de forte taille. Les paysans et le régisseur lui-même n’hésitèrent pas à reconnaître les pas du loup. Dès lors il n’y eut plus de doute. Mais, au bout de deux heures de chasse inutile dans le pac, on fut convaincu que la bête en était sortie par une brêche ou en sautant par-dessus le mur.
Quant à expliquer comment elle avait osé s'approcher du château et trouvé, sourtout, le moyen de s’y introduire, il fallait y renoncer. Le mystère cominençait là,
L'événement fit grand bruit dans le pays. Pendant plusieurs jours les chasseurs d'Arfeuille et des villages voisins se mirent en campagne. Un loup fut tué dans un bois, à quatre lieues d’Arfeuille,
Pour tout le monde, c'était la bête qui avait enlevé l'enfant de la comtesse. On le dit, on le répéta, on le crut,
La louve fut promenée triomphalement dans tous les villages du canton. La colere des paysans se calma. Ils cessèrent d’avoir peur pour eux-mêmes et leurs enfants,
La comtesse était entre la vie et la mort. Le médecin désespérait de la sauver,