Scène IV
CALLIMACO, LIGURIO
CALLIMACO. — Comme je te lai dit, mon Ligurio, je suis resté mal à
l'aise jusqu’à trois heures du matin; et bien que j’éprouvasse grand plaisir, ça ne me parut pas bien. Mais après que je me fis connaître à elle et que je lui ai fait comprendre l’amour que je lui portais, et combien facilement par la simplicité du mari nous pouvions vivre heureux sans infamie aucune, lui promettant, du moment que Dieu fasse autre chose de lui, de la prendre pour femme; et ayant, elle, en plus des vraies raisons, goûté quelle différence il y a entre ma couchette et celle de messire Nicia, et entre les baisers d’un jeune amant et ceux d’un vieux mari, après quelques soupirs elle dit: «Puisque ton astuce à toi, la sottise de mon mari, la simplicité de ma mère et la méchanceté de mon confesseur m'ont conduite à faire ce que jamais par moi-même je n’aurais fait, je veux juger que ça vient d’une disposition céleste qui en a voulu ainsi, et je ne suis pas à même de refuser ce que le Ciel veut que j'accepte. Alors, je te prends comme seigneur, maître et guide; je veux que ce soit toi mon père, toi mon défenseur et toi tout mon bien; et ce que mon mari a voulu pour un soir, je veux qu’il l'ait toujours. Tu te feras donc son compère **; tu viendras ce matin à l’église et de là tu viendras dîner avec nous. Tes départs et tes séjours seront de ton ressort, et nous pourrons à tout moment et sans soupçon nous rencontrer.» Je fus, à ces paroles, prêt à mourir de douceur. Je ne pus répliquer la moindre partie de ce que j'aurais voulu. Ainsi je me trouve l’homme le plus heureux et content qui jamais fut au monde, et si je n'étais privé de ce bonheur ni par la mort ni par le temps, je serais plus bienheureux que les bienheureux, plus saint