SCIPION , FRANVAL
DUCROS
Vous voyez, mes amis, que je suis de parole; et malgré ce que m’a dit M llc Camille . je viens chercher mon enseigne , ou mes deux cents francs de loyer.
FRANVAL
Qu’est-ce que c’est? vous ne payer pas voire t orme ?
SCIPION
Oui , quelquefois , par hasard...
FRANVAL
Voyez-vous les gaillards!... ils ne me disaient pas cela... Monsieur , je suis leur caution ; et j’ai sur moi une quinzaine de louis au service de mes jeunes amis.
SCIPION
Merci , mon professeur, je vous reconnais bien là... Heureusement pour vous, nous voila riches, et nous vous le rendrons. (A Durros, lui lemlant la bourse.) Tenez , farouche propriétaire... voilà le dernier argent que vous recevez de nous , car demain nous déménageons.
DUCROS
Vous nous quittez?
SCIPION
Oui, mes amis... l'oncle de Camille, notre nouveau protecteur, nous offre chez lui, pour rien, un superbe appartement; et j’ai sur-lechamp passé bail sans vous consulter.
DUCROS
Pour rien !
AUGUSTE
Oui , monsieur Ducros... voilà un bel exemple à suivre.
ducros, à part.
Diable ! je suis fâché qu'ils s'en aillent, surtout à cause de la petite. (Donnant un papier à Auguste cl i Victor.) Voici la quittance écrite et signée de ma main.
VICTOR
Ah! mon Dieu! (Bas à Auguste.) Dis donc, c’est l’écriture de ce matin... la déclaration anonyme.
DUCROS
J'espère du moins que j’aurai la pratique de ces messieurs, et surtout de madame, pour les
bas , les mitaines, et tout ce qui concerne la bonneterie.
VICTOR , qui a tiré la lettre de sa poche.
Non pas, nous nous fournirons ailleurs, j’ai accepté votre quittance , (Lui rendant la lettre.) et vous donne congé.
DUCROS
Dieu ! mon épitre de ce matin.
VICTOR
Que j’aurais dû. remettre à M®® Ducros.
auguste
Mais quand on est heureux, qu'on pardonne aisément!
Allons , mes amis , ne parlons plus d’amour ; ne pensons qu’à la gloire... rappelons-nous que nous devons remplacer un jour , (A Victor) loi , Girodet... (A Soi pion) toi, Marjolin et Dupuytren, cl moi, Boïcldieu... Je reprends ma lyre... toi, reprends tes pinceaux... et toi, retourne à tes malades.
FRANVAL
Et (ant que je serai là, il n’en manquera pas; car vous êtes de braves jeunes gens, de véritables artistes.
scipion, passant entre Auguste et Victor.
Mes amis , la fortune nous sourit ; le premier pas est fait; nous n’avons plus maintenant qu’à nous élancer dans la carrière ; mais , quand nous serons célèbres, quand notre réputation sera faite, quand tous trois, riches et rontens, nous nous verrons dans un bel appartement doré, rappelons-nous toujours ces modestes lambris , et les difficultés qui entourèrent nos premiers pas... (.4 Victor.) El quand un jeune peintre t'apportera sa première e>quisse...( A Auguste.) quand unjeune musicien le montrera sa première partition, quand un jeune confrère viendra me concilier, encourageons leurs faillies essais; secourons-les de notre amitié, de notre bourse, de nos conseils , et n’oublions jamais que ce qu’il y a pour eux de plus difficile au monde, c’est le premier pas dans la carrière.