‹ La manufacture nationale de Sèvres 1879-1887Chapitre 38 sur 106 · SUR LE PYROMÈTRE DE MM. BOULIER · texte numérisé non relu

SUR LE PYROMÈTRE DE MM. BOULIER

est en communication avec un réservoir d'eau, et dont l'autre vient aboutir à un thermomètre.

Ces deux tubes sont enfermés dans un cylindre métallique servant de réfrigérant et qui est également alimenté par le réservoir d'eau; ce cylindre a 3 centimètres de diamètre sur 1 mètre de long.

Le réservoir d'eau ne mérite aucune description spéciale; il doit être à niveau constant et muni à cet effet d'un trop-plein.

Enfin l'interrupteur se compose d'une petite balance, en équilibre, tant que le courant d'eau fonctionne régulièrement, mais qui, à la moindre interruption dans la circulation de l'eau, met en mouvement une sonnerie électrique et, au moyen d'un électro-aimant, peut même couper l'arrivée de l'eau; l'interrupteur peut évidemment ne pas être utilisé ; il a été imaginé sur ma demande par MM. Boulier, car je n'étais pas, à l'origine, sans crainte sur le fonctionnement de l'explorateur et sur les résultats que pourrait amener l'introduction brusque d'une certaine quantité d'eau dans un four chauffé au blanc.

Lorsqu'on veut se servir de ce pyromètre, on met l'explorateur en communication avec le réservoir d'eau, au moyen d'un caoutchouc, et, après s'être assuré que la circulation fonctionne régulièrement, on introduit l'explorateur dans le four ou la moufle dont on veut suivre la marche; on le fixe solidement dans la porte ou toute autre partie du four, et, peu d'instants après, on peut commencer les observations.

L'eau provenant du réservoir circule, en effet, dans l'appareil, s'échauffe au contact des flammes ou de l'air chaud qu'elle rencontre et accuse, au thermomètre, les variations de température qu'elle subit.

Ces indications sont très rapides; quelques secondes suffisent pour que le thermomètre se mette en marche; elles sont très sensibles; le contact de la main sur le réfrigérant suffît, l'eau du réservoir étant à 15° environ, pour que, quelques secondes après, le thermomètre monte. Je dois ajouter que ce thermomètre est gradué par vingtièmes de degré.

Dans l'état actuel des choses, le pyromètre de MM. Boulier indique très rapidement et très fidèlement l'élévation ou la diminution de la température du milieu dans lequel il est installé; nous avons à dessein fait varier cette température à tous les moments d'une cuisson de porcelaine ; le thermomètre ne nous a jamais fait défaut, et la courbe, tracée au fur et à mesure des observations, correspondait régulièrement aux variations introduites volontairement dans la marche du feu.

Je crois donc pouvoir dire que ce pyromètre rendra des services réels.

Avec quelques améliorations de détail, avec l'adjonction, par exemple, d'un enregistreur automatique, on aura un appareil de contrôle parfait.

Quant à la valeur absolue des indications fournies par ce pyromètre, je ne suis pas encore en mesure de la juger; la relation qui existe entre les indications du thermomètre et la température réelle du milieu sera à déterminer, et elle dépend évidemment des diverses circonstances dans lesquelles on se place.

Ce sera l'objet d'une note ultérieure.

MESURES PYROMÉTRIQUES A HAUTES TEMPÉRATURES (1) ; PAR MM. CH. LAUTH ET G. VOGT.

Chacun sait que les qualités des produits céramiques dépendent en grande partie de la température à laquelle ils ont été soumis et des conditions générales de leur cuisson ; il est donc du plus haut intérêt de pouvoir diriger cette dernière opération, c'est-à-dire de pouvoir suivre exactement la marche des fours dans lesquels elle est réalisée.

La régularité de la cuisson est en effet la condition indispensable d'une bonne fabrication, bien constante, pour le porcelainier, le faïencier, pour le briquetier même, condition difficile à obtenir, comme on le comprendra lorsqu'on songe que fréquemment les fours atteignent, dépassent même la capacité de 100 mètres cubes, et qu'il s'agit, dans des espaces aussi considérables, d'atteindre une température uniforme à l'entrée et à la sortie de la flamme.

Les deux points essentiels que le céramiste doit réaliser pour obtenir dans ses cuissons la régularité voulue, sont les suivants : il doit avoir à sa disposition un appareil dont la construction soit bien conçue ; il doit, avec cet appareil, savoir conduire et diriger son feu.

Sans entrer dans de grands détails sur la construction des fours, rappelons d'une manière générale les principes suivants : il faut, pour qu'un four soit régulier, que les points de chauffe (les foyers, les alandiers), de

(1) Bulletin de la Société chimique de Pans, 1886, II, p. 786.

même que les orifices de départ des produits de la combustion, soient distribués symétriquement par rapport à l'espace à échauffer; il faut que les foyers soient aussi nombreux que possible (l'idéal serait de faire entrer la flamme sur toute la périphérie de l'espace à chauffer), de manière à amener à la même température le plus grand nombre de points du four; il faut que les produits de la combustion soient intimement mélangés pendant leur séjour dans l'espace à chauffer et qu'ils y abandonnent le plus de calories possible pour utiliser au mieux le combustible, qui est la grosse dépense dans les arts céramiques ; il faut enfin que la flamme communique sa température aussi uniformément que possible aux, produits à cuire, depuis l'entrée jusqu'à la sortie du four.

Un des modes de construction qui remplit le mieux ce programme complexe est celui du four dit à flamme renversée.

Dans ce four, les produits de la combustion partant des foyers s'élèvent d'abord vers la voûte supérieure en raison de leur faible densité ; mais d'autre part ils sont appelés vers la sole du four où se trouvent les cheminées d'appel ; ce double mouvement ascendant et descendant produit un mélange favorable des gaz combustibles et comburants; il prolonge, en outre, le passage de la flamme sur les produits à échauffer et en réalise ainsi une meilleure utilisation. Le feu doit être conduit de telle façon que la combustion se fasse dans le laboratoire du four et ne soit terminée qu'à sa sortie; cette condition est la même que celle qu'on recherche dans la poudre de guerre qui, pour produire son maximum d'effet, doit brûler jusqu'à ce que le projectile sorte de l'arme, et qu'à cet instant, elle soit complètement brûlée.

Supposons que Ton ait à sa disposition un appareil conçu selon les règles les mieux étudiées, on ne s'en trouvera pas moins en face de la seconde des difficultés que nous avons signalées en commençant, c'est-à-dire la bonne conduite du feu pendant la cuisson.

Le chauffeur le plus habile et le plus expérimenté ne peut être certain, lorsqu'il a plusieurs alandiers à diriger, d'y obtenir partout la même température, les causes qui peuvent modifier l'allure de chacun de ces foyers étant multiples : les différences, impossibles à éviter dans chaque chargement de combustible, et dues soit à la nature même du combustible, soit au tempérament des ouvriers, la variété qui existe fréquemment dans la nature des enfournements, etc.

Il faut donc avoir à sa disposition un moyen pratique de vérifier si tous les alandiers sont bien d'accord, s'ils marchent régulièrement. C'est cette question si importante dans les arts céramiques que nous examinons dans cette note, et pour la solution de laquelle nous proposons plus loin une méthode dont une expérience de plusieurs années nous permet d'affirmer les bons résultats, spécialement pour les cuissons (délicates comme celle de la porcelaine.

Dans la première phase de la cuisson, c'est-à-dire au moment où le four passe du noir au rouge sombre, l'œil peut servir de juge et indiquer au chauffeur s'il doit forcer tel ou tel alandier; lorsque le rouge est atteint, l'œil devient infidèle; en tout cas il est insuffisant; les différences de nuances sont difficiles à saisir, et cette difficulté augmente avec l'élévation de la température; or, pour être maître du feu et pour pouvoir régulariser une cuisson, il importe de s'y prendre le plus tôt possible ; attendre que l'on soit près de la fin de l'opération serait

14i NOTICES SCIENTIFIQUES.

courir à un échec; c'est dès la température du rouge qu'il faut être sûr que les foyers amènent tous les points du four à la même température.

Les moyens qu'on a proposés pour suppléer à l'œil impuissant, sont très nombreux, comme dans toute question difficile à résoudre; ils reposent sur les différents phénomènes que peut produire la chaleur. Nous allons les passer en revue, en signalant les inconvénients que chacun d'eux présente.

Nous ne mentionnons que pour mémoire les procédés purement scientifiques, qui sont plutôt du domaine du laboratoire que de celui de l'industrie, c'est-à-dire les déterminations calorimétriques, celles qui sont basées sur la transmission de la chaleur par rayonnement, sur la variation de la propagation du son et de l'intensité lumineuse, ou enfin sur l'électricité thermique (Becquerel).

Les procédés qui ont eu quelque application industrielle sont basés sur la dilatation des solides ou des gaz, sur la contraction des argiles, sur les variations dans la résistance à la transmission de l'électricité, sur la dissociation, sur l'élévation de température qu'éprouve un liquide circulant d'une façon constante dans un appareil placé dans le four, sur le point de fusion d'alliages ou de matières vitrifîables, borosilicates ou silicates.

L'emploi des appareils basés sur la dilatation des solides présente l'inconvénient suivant : les solides soumis à de hautes températures éprouvent peu à peu des transformations dans leur texture qui modifient leur dilatation et faussent les indications de l'appareil; ces pyromètres sont donc rapidement mis hors d'usage.

Si l'on cherche à utiliser la dilatation des gaz pour la mesure de très hautes températures, on ne trouve plus

de matière convenable pour emprisonner, sans déperdition ou changement de volume, le gaz dont on doit mesurer le volume ou la pression ; le platine devient poreux ; la porcelaine se ramollit si elle est soumise plusieurs fois à des températures élevées quoique insuffisantes pour la déformer ; elle change d'état, la couverte s'altère et elle devient perméable aux gaz (néanmoins- un thermomètre à gaz construit dans le genre de celui qu'a proposé M. Berthelot peut, avec de légères modifications, être employé avec avantage pour les températures ne dépassant pas un millier de degrés).

Les mesures de températures basées sur la contraction des corps argileux (pyromètre Wedgwood) sont entachées d'erreur; outre la difficulté de se procurer des argiles toujours identiques, on a constaté, en effet, que cette contraction peut se produire par une température relativement basse mais prolongée, d'une façon aussi marquée que par une température élevée mais de courte durée.

Les pyromètres basés sur la variation de la conductibilité électrique due au changement de température, comme celui de Siemens ou d'autres savants, ont été l'objet, à Sèvres, de nombreuses expériences; nous avons constaté que la conductibilité du platine soumis à de grandes variations de températures change en même temps que la structure moléculaire du métal, et les données qu'on obtient ne sont plus comparables au bout d'un certain temps.

Les pyromètres basés sur la dissociation du carbonate de chaux (Lamy) sont rapidement mis hors d'usage, tout l'acide carbonique dégagé n'étant plus réabsorbé par la chaux qui s'altère (sans doute en se silicatisant) ; du reste,

Lauth. 10

ici aussi, comme pour le thermomètre à air, on est arrêté par l'impossibilité d'avoir un récipient étanche et non déformable.

Nous arrivons maintenant au pyromètre à circulation d'eau qui a été décrit par l'un de nous, il y a quelques années, et sur lequel il nous paraît utile d'entrer dans plus de détails. Ce pyromètre est un bon instrument; les causes de perturbation y sont peu nombreuses ; il faut, bien entendu, le remettre à chaque observation dans des conditions identiques de surface et jauger exactement l'eau débitée par minute ; il est nécessaire aussi de tenir netle la surface soumise à l'action de la chaleur, la couche de suie qui se dépose sur l'appareil lorsque la flamme est réductrice, en modifiant les indications.

Lorsque ces conditions sont bien observées, le pyromètre à circulation d'eau rend de très réels services. Son grand avantage, à notre avis, est de renseigner très rapidement sur les variations des températures aussi bien ascendantes que descendantes. Ses inconvénients sont les suivants : il est un peu encombrant, il exige une installation assez compliquée et une dépense d'eau assez forte, si on veut explorer plusieurs points du four en action. Malgré ces quelques imperfections, nous maintenons, en résumé, nos anciennes appréciations. C'est un appareil d'un bon emploi.

Jusqu'à présent, les indications du pyromètre à eau n'ont été qu'empiriques ; nous avons entrepris quelques essais pour établir approximativement leur relation avec l'échelle thermométrique, et nous avons pris pour base l'observation du point de fusion de divers métaux. Ces expériences ont été suivies par M. Auscher, chef de la fabrication, à Sèvres. L'appareil était disposé dans les con-

ditions suivantes : l'explorateur ou surface soumise à Faction de la chaleur avait :

ni

Longueur 0,040

Diamètre 0,009

Épaisseur de la feuille de laiton 0,0001

La hauteur du réservoir d'eau au-dessus du mesureur de l'écoulement de l'eau à la sortie était de 4m,200, et la quantité d'eau débitée par minute était de 2m,500.

L'appareil ainsi monté était introduit dans un de nos fours à porcelaine par une ouverture pratiquée dans la porte du four, et, dans une ouverture voisine, on plaçait à une même profondeur une tringle de fer entourée d'un tube en terre réfractaire portant à son extrémité un creuset en terre contenant le métal dont le point de fusion devait servir à indiquer la température.

Il a été fort difficile de relever des observations exactes pendant le chauffage ou période d'ascension de la température ; en effet, les variations du pyromètre d'une charge de combustible à la suivante, le refroidissement résultant de la rentrée de l'air dans le tube placé à la porte du four, rendaient incertaine la saisie du point exact de fusion du métal. Les chiffres relevés pendant la période ascendante de la température ont donc été, ajuste titre, considérés comme entachés d'erreur. De plus, à partir de 1000° centigrades environ, la tige métallique se déformait, et il a été impossible de faire une observation audessus du point de fusion de l'or.

Aussi, abandonnant ce mode d'observation pendant l'ascension de la température, avons-nous eu recours à des observations analogues pendant le refroidissement du four ; pendant cette période, on retirait le creuset de 10 en 10 minutes et on constatait le point où le métal ne fondait plus.

Les résultats obtenus à une première fournée ont été les suivants :

Point Degré pyrométrique

de fusion. observé.

Or 1075° Observation douteuse.

Argent 954 7°,5

Zinc 423 1

Plomb 334 0 ,90

Étain 230 0 ,20

A la fournée suivante, ces essais ont été repris avec plus de soin et de précision, grâce à l'expérience acquise à la fournée précédente.

Les résultats obtenus ont été les suivants :

Point Degré pyrométrique

de fusion. observé.

Or 1075° 7°,07

Argent 954 6 ,40

Zinc 423 2

Plomb 334 0 ,80

Étain 230 0 ,50

(Les résultats obtenus pendant l'ascension de la température n'ont pas concordé avec ceux observés pendant l'abaissement de la température du four; ainsi, au premier four, le point de fusion pour l'argent a été de 7°, 15 à la descente, après avoir été de 8°, 10 à la montée.)

A la suite de ces premières observations, nous avons comparé les indications du pyromètre à eau avec les points de fusion de divers alliages d'or et de platine, aux fours de pâte dure de Sèvres ; l'essai répété trois fois a donné les résultats concordants suivants :

/ correspondant à un point de fusion de 1,460° r , „. , ( 40 0/0 or . F . . . K. . , .

L alliage a \ nn ' . ,. a fondu au point de cuisson de la porce- D ( 60 platine , . ,

v 1 l laine dure ;

30 0/0 or } correspondant à un point de fusion de 1,535°

70 platine j s'est aggloméré.

L'alliage à

En admettant le point de cuisson de la porcelaine dure

à 1,500°, on est donc très près de la réalité. Or, la moyenne de 6 observations pyrométriques à l'arrêt du four à porcelaine a donné 18°, 4.

Aux fours de porcelaine nouvelle, Fessai répété deux fois seulement, à cause des perturbations dues à des phénomènes de liquation amenés probablement par la lenteur des cuissons, a donné les résultats suivants:

, ,'. I 60 0/0 or ) correspondant à un point de fusion de 1320° L alliage à \ , . . ,. [ e A ,

D ( 40 platine ) a fondu;

, „. , i 50 0/0 or ) correspondant à un point de fusion de 1385° L alliage a \ „ , > , , ,

D 50 platine \ s est agglomère.

Le point de cuisson de la porcelaine nouvelle est donc très voisin de 1,350°. La moyenne des observations pyrométriques de six fours à l'instant de la cuisson a été de 13°,8.

En résumant tous ces chiffres et en calculant la valeur absolue du degré pyrométrique entre la température ambiante, soit 15°, et la température de la fusion du métal en observation, on constate, ainsi que le prouve le tableau suivant, que la valeur absolue du degré pyrométrique va en décroissant au fur et à mesure que la température s'élève :

Point

Degré

de

pyrométrique

Valeur absolu

fusion.

observé.

du degré pyrométri

Étain

Plomb

Argent

Or

Cuisson de la porcelaine

nouvelle

Cuisson de la porcelaine

On comprend, en présence de ces faits, qu'il serait

erroné de dresser, comme quelques constructeurs l'ont fait, une échelle proportionnelle, pour évaluer la valeur des degrés du pyromètre à eau; ils sont arrivés ainsi pour certaines cuissons à des estimations de 2000 degrés et au delà, qui sont supérieures de beaucoup à la réalité.

Ces quelques expériences, qui n'ont évidemment pas la rigueur qu'exigerait un travail scientifique, et auxquelles nous ne songeons d'ailleurs pas à attribuer la valeur d'un tel travail, prouvent néanmoins d'une façon certaine que la valeur absolue du degré du pyromètre à eau décroît rapidement lorsque la température s'élève ; il ne faut pas oublier ce fait dans l'emploi de cet appareil.

Un procédé pyrométrique beaucoup plus simple et peut-être plus fidèle que tous ceux que nous venons de décrire, consiste à disposer dans les divers endroits du four à étudier des substances susceptibles de fondre, et à observer le moment où elles entrent en fusion ; si l'on connaît le point de fusion de ces substances, on sera renseigné exactement sur la température atteinte à cet instant ; si on ne le connaît pas, on utilisera ces montres fusibles, non plus pour constater la température absolue atteinte, mais pour servir de régulateur de cuisson, et ultérieurement d'indicateur pour l'arrêt du four lorsqu'on aura par expérience établi que cet arrêt doit coïncider avec la fusion de telle ou telle substance ; bien entendu, ce procédé ne peut fournir d'indications que sur la marche ascendante ou sur le stationnement de la température ; si elle décroît, les montres fusibles n'indiquent plus rien.

Les substances auxquelles nous avons eu recours dès le principe comme montres fusibles, sont des alliages métalliques d'argent et d'or pour les températures entre 960°

SUR LES MESURES PYROMÉTRIQUES. loi

et 1075°, et d'or et de platine pour les températures audessus de 1075°.

Voici, du reste, le tableau de ces alliages et leur point de fusion établi d'après les dernières recherches de divers physiciens sur ce sujet :

Argent.

Or.

Point de fusion.

Argent.

Or.

Point de fusion.

Or.

Platine.

Point de fusion.

Or.

Platine.

Point de fusion.

Les alliages d'argent et d'or donnent des résultats exacts et constants ; il en est de même pour ceux d'or et de platine, quand le mélange ne contient pas plus de 10 à 15 p. 100 de platine, c'est-à-dire lorsqu'on ne dépasse pas 1 160° environ.

Mais lorsque l'alliage renferme plus de 15 p. 100 de platine, les indications deviennent douteuses, parce qu'il se fait une séparation par liquation ; une première partie riche en or fond d'abord en laissant une partie plus riche en platine qui ne se ramollit que plus tard à une température supérieure.

A cet inconvénient il faut en ajouter un autre : les montres formées avec les métaux précieux sont coûteuses et assez difficiles à préparer; le moyen pratique de les observer n'est pas non plus très simple.

Nous avons donc cherché à les remplacer par d'autres substances ne présentant pas les inconvénients que nous venons de signaler, et à en combiner l'emploi de manière à ce que les observations puissent être faites facilement et sans gêner les chauffeurs.

L'un de nous a déjà signalé cette innovation, dans des conférences publiques faites il y a plus de quatre ans à Paris ; nous l'avons exposée en détail dans nos Notes techniques sur la fabrication de la porcelaine, dont nous extrayons les passages qui y ont trait :

« Pour nous renseigner très exactement sur la marche

Fig. 1.

du feu dans la première partie de la cuisson et nous permettre d'obtenir une parfaite égalité dans les diverses régions du four, nous avons imaginé l'emploi de montres spéciales que nous désignons sous le nom de montres fusibles : ce sont des fragments de matières frittées, de fusibilités différentes, auxquelles nous donnons des formes variées, et qu'on dresse sur des patins en terre glaise, à côté des montres ordinaires préparées, comme l'on sait, avec le produit à cuire contenu dans le four. On place les montres les unes derrière les autres, la plus fusible en avant, la moins fusible en arrière (fig. 1). »

Dès que le four est éclairé, les observations peuvent commencer; l'élévation progressive de la température

SUR LES MESURES PYROMÉTRIQUES. i 53

détermine le ramollissement, puis la fusion complète, c'est-à-dire la disparition successive de chacune de ces montres, et comme elles ont des formes géométriques nettement différentes les unes des autres, il est impossible de les confondre.

Les disparitions successives de ces montres fusibles indiquent si la même température est atteinte au même moment dans les points où elles sont disposées.

Notre première montre, à laquelle nous donnons la forme d'un rectangle, est composée de :

Fritte n° 1. Pegmatite 51

— Sable 14

— Craie 20

— Borax fondu 15

La deuxième montre (losange) est composée de :

Fritte n° i 15

Fritte n° 2. Pegmatite 70

— Craie 30

La troisième montre (triangle isocèle) est composée de :

Fritte n° 2 80

Argile de kaolin argileux, silicate d'alumine hydraté APO3, 2Si02, 2rPO 20

La quatrième montre (cercle) est composée de :

Fritte n° 2 60

Argile de kaolin argileux 40

On peut naturellement augmenter à l'infini le nombre

ou la composition de ces montres; chaque fabricant se laissera guider, pour cela, par les besoins de son industrie spéciale. Pour ce qui concerne la cuisson de la porcelaine, nous estimons que ces quatre montres sont suffisantes; nous avons adopté les mélanges qui correspondent

Fig. 2.

aux points délicats de nos fabrications, en évitant de multiplier les observations, mais en rapprochant nos montres selon nos besoins : ainsi la montre n° 2 et la montre n° 3 sont très voisines l'une de l'autre, parce que la température qu'elles indiquent est un moment critique qu'il faut pouvoir surveiller de. près. Après cinq années d'expériences, nous pouvons dire que la méthode que

nous indiquons est éminemment pratique; elle permet, sans appareil spécial et sans la moindre gêne pour les ouvriers, de suivre la marche du feu, de constater si tous les points du four sont à la même température à un moment donné, et par conséquent de remédier, en temps utile, aux inconvénients qui résultent d'une cuisson irrégulière ; elle fournit des renseignements qui sont toujours comparables entre eux; ajoutons enfin que la dépense occasionnée peut être considérée comme nulle.

Le but que nous poursuivions a donc été atteint, et nous ne doutons pas que les industriels qui suivront cette méthode n'y trouvent les mêmes avantages que nous y avons trouvés nous-mêmes.

Les applications du moyen que nous signalons peuvent être variées ; on pourrait même, comparant les points de fusion des montres fusibles à ceux de l'argent, de l'or, du platine, et les équidistançant, former ainsi une véritable échelle thermométrique. Notre but étant limité, provisoirement, aux recherches relatives à la fabrication des porcelaines, nous n'avons pas poussé nos expériences très loin dans cette voie; il nous a paru intéressant, néanmoins, de comparer les points d'affaissement de nos montres avec les degrés indiqués par le pyromètre à circulation d'eau et les degrés centigrades correspondants.

Voici les chiffres trouvés par M. Auscher :

Point de fusion Point de fusion

Montres. minimum observé maximum observé Moyenne, en degrés pyrométriques, en degrés pyrométriques.

Ces degrés pyrométriques correspondent, sur la courbe

qui a été dressée d'après les indications des points de fusion des métaux, aux températures suivantes :

Point de fusion de la montre n° 1 625°

Nous ne donnons ces chiffres, bien entendu, que comme des approximations, et nous répétons, en terminant, que nous n'avons eu, dans toutes ces recherches, d'autre but que de trouver un moyen pratique de suivre et de régulariser nos cuissons.

Récemment, M. Seger, chimiste à la manufacture royale de Charlottenbourg, a publié dans un journal allemand le résultat de travaux analogues, dont nous croyons utile de donner un extrait. M. Seger paraît avoir eu un objectif un peu différent du nôtre : tandis que nous employons nos montres fusibles pour diriger nos cuissons, il destine plus particulièrement les siennes à fixer l'arrêt de ses fours.

Jusqu'à 1145°, il emploie les alliages métalliques dont nous avons parlé plus haut; pour pouvoir estimer les températures supérieures à 1145°, il a été amené à composer des mélanges, analogues aux couvertes de porcelaine, composés de feldspath, de craie, de quartz et de kaolin pur, corps bien définis que la nature fournit abondamment.

Le feldspath mis en usage est le feldspath orthose.

L'auteur croyait, dans le principe, obtenir facilement des mélanges plus ou moins fusibles que le feldspath, en y ajoutant soit du carbonate de chaux pour augmenter le fondant, soit du kaolin ou du quartz pour le diminuer. Mais il s'aperçut bientôt que cette vue, généralement admise, était fausse.

Ainsi, si on additionne un équivalent de feldspath, soit 278,5, de 1, 2, 3 équivalents de carbonate de chaux, soit 50, 100, 150 parties, on obtient des mélanges qui sont tous moins fusibles que le feldspath seul; il en est de même pour les additions de quartz ou de kaolin, qui élèvent le point de fusion du feldspath. Mais le résultat devient tout autre lorsqu'on ajoute à la fois au feldspath du kaolin et de la craie ; le point de fusion des mélanges peut descendre alors de plusieurs centaines de degrés. Ce point établi, M. Seger a fait une série méthodique de mélanges, de feldspath, de craie, de kaolin, et aussi de quartz, variant suivant des rapports proportionnels aux équivalents.

Les matières finement pulvérisées et sèches, sont mélangées sur la glace à broyer ou dans de petits moulins et façonnés dans un moule à métal, sous forme de petits tétraèdres de 5 à 6 centimètres de haut et de 1 Îj2 à 2 centimètres de base.

Il s'est arrêté aux mélanges suivants (que nous laissons indiqués en équivalents) :

| NUMÉROS

Page 1