‹ La manufacture nationale de Sèvres 1879-1887Chapitre 55 sur 106 · CD 3 S^P · texte numérisé non relu

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Série C. — Les deux séries d'essais que nous venons d'exposer montrent que les mélanges renfermant des alcalis sont ceux qui nous ont donné les couvertes les plus transparentes et les mieux vitrifiées. Nous avons pu, il est vrai, obtenir sans alcalis, par exemple uniquement avec' la chaux, des couvertes bien glacées, mais elles étaient toujours un peu louches et quelque peu opaques, comme si une cristallisation confuse se fût produite dans leur masse. Dans l'étude que nous avons déjà signalée sur la fusibilité des silicates, Salvetat dit à ce sujet : « Les silicates alcalins ne présentent jamais d'apparence cristalline; ils tendent même à s'opposer à la cristallisation des silicates terreux, en conservant au composé multiple l'aspect vitreux. C'est sur cette propriété qu'est fondé l'art de la vitrification. »

Nous avons signalé plus haut les raisons qui nous font rejeter l'emploi des frittes pour composer des couvertes alcalines, et montré d'autre part que la pegmatite et le feldspath, produits naturels auxquels on a recours pour introduire des alcalis dans une couverte, ne peuvent fournir des couvertes que pour des pâtes cuisant à peu près au même point que la porcelaine dure. Pour obtenir des mélanges plus fusibles, il est nécessaire d'y introduire une nouvelle base dont le silicate soit un fondant pour le silicate d'alumine.

La chaux étant le corps le plus susceptible d'une applicalion industrielle dans ces conditions, nous avons, dans cette troisième série, étudié plus spécialement les varialions de fusibilité de mélanges alcalino-calcaires obtenus par l'addition de la craie et du sable à de la pegmatite ou du feldspath, et dans lesquels nous avons fait varier les proportions relatives des divers éléments composants,

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sans nous occuper de la constitution ou de la formule chimique des nouveaux silicates formés.

Nous avons ainsi constaté tout d'abord que si Ton augmente, soit la silice, soit F alumine, au détriment des autres éléments et en conservant à ces derniers les mêmes proportions relatives, on diminue la fusibilité du silicate résultant, et inversement on accroît la fusibilité en diminuant la silice ou l'alumine à l'avantage de la chaux ou des alcalis.

Si la diminution de l'alumine a lieu au bénéfice de la silice sans que la quantité de chaux ou d'alcalis soit modifiée, ou tout au moins réduite dans une égale proportion, on peut obtenir un mélange plus fusible que celui duquel on est parti.

Ainsi dans la série suivante,

PEGMATITE.

SABLE

CRAIE

Si02.

Al*03.

KNaO.

CaO.

dans laquelle la teneur en chaux est restée constante et dans laquelle l'alumine et les alcalis ont été diminués au profit de la silice, c'est le n° 29, le plus siliceux et le moins alumineux qui a fondu le premier vers 1350°.

En continuant à faire décroître la pegmatite au bénéfice du sable, on peut encore, en employant une quantité moindre de craie, obtenir une couverte aussi fusible que 29 ; le mélange suivant est dans ce cas :

Pegmatite. Sable. Craie. SiCR A1203. KNaO. CaO.

On voit donc que la teneur en alumine influe beaucoup plus sur la fusibilité d'une couverte que la teneur en silice, puisqu'il a fallu dans le n° 30 un excès de 4,25 de SiO'2 pour contrebalancer la diminution de 0,68 d'alumine et obtenir la même fusibilité que dans le n° 29.

Il y a également lieu de remarquer que la couverte 30 renferme à peu près la même quantité de silice que la pegmatite que l'on employait comme couverte de porcelaine dure de Sèvres du temps de Brongniart, et qu'en substituant dans cette pegmatite environ 2 p. 100 de chaux à 2 p. 100 d'alumine, on a pu abaisser le point de fusion d'environ 150°. On s'explique ainsi comment certaines couvertes très siliceuses, dans lesquelles l'analyse a dévoilé jusqu'à 78 p. 100 de silice, peuvent fondre et glacer à une température relativement basse, inférieure à celle de la cuisson de la porcelaine dure de Sèvres.

De telles couvertes nous semblent devoir être en général préférées à d'autres présentant le même degré de fusibilité, mais plus basiques; dans celles-ci, en effet, les alcalis se trouvant en présence de quantités plus considérables de bases fixes (alumine et chaux) sont plus facilement déplacés, à haute température, de leur combinaison avec la silice et se volatilisent en partie, ce qui peut produire des bouillons et des picotements qui s'accentuent encore lorsque la pièce est réchauffée à un fort feu de moufle : aussi, lorsqu'on emploie une couverte très basique, est-il nécessaire, pour obtenir une bonne glaçai re, d'y supprimer presque tous les alcalis et de les remplacer par une base fixe comme la chaux; nous avons exposé plus haut les défauts de telles couvertes.

En remplaçant la chaux par de la magnésie, de la baryte, de la strontiane ou de l'oxyde de zinc, nous avons pu obtenir des couvertes fondant et glaçant convenablement à la température de nos expériences; les quantités à employer pour ces différentes bases sont variables d'après la fusibilité de leurs silicates; elles ne sont point proportionnelles à leurs équivalents.

Nous signalerons parmi ces essais un curieux résultat obtenu à l'aide de l'oxyde de zinc. Comme cet oxyde donne peu de fusibilité aux mélanges dans lesquels on l'introduit, nous avons été amenés à composer avec lui des couvertes très basiques; il en est résulté qu'au refroidissement, il s'est formé dans la masse de petits cristaux (de silicate ou plus probablement d'oxyde). Ces cristaux prismatiques sont le plus souvent associés en croix et donnent un joli effet que l'on pourrait encore améliorer si l'on arrivait à les colorer à l'aide d'un oxyde métallique d'un ton plus foncé que le reste de la couverte. Ils sont d'autant plus gros que le refroidissement a été plus lent. Les plus nets ont été obtenus à l'aide de la couverte suivante cuite à 1350° :

31 Pegmatite... 55,60 SiO2 57,49

Sable 16,00 APO3 11,68

Kaolin 4,40 NaKO 6,12

Craie 12,00 CaO 6,72

Oxyde de zinc 18,00 ZnO 18,00

Comme conclusion de tous nos essais de couvertes préparées à l'aide des silicates, nous ajouterons que d'une manière générale nous n'avons pu obtenir de glaçure convenable que lorsque le rapport de l'oxygène de la silice à l'oxygène des bases a été compris entre les valeurs extrêmes de 3 et 5,50.

Nous avons cru constater que, pour toutes les couvertes obtenues à l'aide des mêmes bases et fondant à une même température, il existe une relation assez simple entre le degré de basicité de la couverte et la teneur en alumine. Nous n'avons pu la déterminer exactement, mais elle nous a paru, dans des limites restreintes, être assez voisine de celle qui s'exprimerait par la formule

A X R = constante.

A étant la teneur en alumine et R le rapport de l'oxygène de la silice à l'oxygène des bases.

On est d'autre part limité, dans les essais que l'on pourrait être tenté de faire pour composer une couverte destinée à une pâte de composition donnée, par ce fait plusieurs fois vérifié qu'il existe pour chaque pâte une limite minima au-dessus ou au-dessous de laquelle on ne peut faire varier l'alumine de la couverte sans s'exposer à la tressaillure.

Nous croyons devoir compléter cette première partie de nos recherches sur les couvertes en indiquant quelques-uns des résultats que nous avons obtenus en substituant à une partie des silicates, des borates, des fluorures ou des phosphates.

A l'aide des borates alcalins, nous avons préparé des couvertes ne tressaillant point, bien qu'elles ne renferment qu'une quantité d'alumine bien inférieure à celle qui est nécessaire lorsque la couverte n'est composée que de silicates : on peut ainsi arriver à des couvertes très fusibles dont nous indiquerons plus loin l'application aux fonds de couvertes colorées.

Le borate de chaux nous a également donné une bonne

couverte, bien glacée et ne tressaillant pas. En voici la composition :

Le fluorure de calcium donne aux couvertes une fusibilité beaucoup plus grande qu'une quantité équivalente de chaux : elles sont, de plus, mieux vitrifiées, et les oxydes colorants s'y dissolvent mieux que dans les couvertes obtenues à l'aide de la craie. Voici un bon dosage pour la porcelaine nouvelle :

Fluorure de calcium 26

Sable 52

Kaolin calciné 30

Nous n'avons point observé qu'à la cuisson les gazettes fussent attaquées par les dégagements de fluor ou de fluorure de silicium.

La cryolithe, que nous avons tenté d'appliquer, a constamment fait bouillonner nos couvertes, même employée dans de très faibles proportions (2 à 3 p. 100).

Enfin il nous a été impossible de composer une couverte convenablement glacée, bien transparente et sans iressaillures, en employant des phosphates : ils nous ont paru sujets à provoquer la tressaillure et pourraient peutêtre êlre utilisés pour obtenir des craquelés.

Deuxième partie. — Couvertes colorées. — Si, dans une couverte incolore, on substitue en proportions convenables à une partie des bases qu'elle renferme, un ou plusieurs oxydes métalliques, capables de donner avec la silice des composés colorés, ou bien encore si l'on ajoute à une couverte incolore un composé coloré qui puisse s'y dissoudre, on obtient des couvertes uniformément teintées

Borate de chaux

Sable

Kaolin calciné. .

dans leur masse, auxquelles on donne le nom de couvertes colorées ou quelquefois aussi d'émaux de grand feu; elles doivent satisfaire aux mêmes conditions de glaçure, de transparence et de résistance à la tressaillure que les couvertes incolores, posséder par conséquent le même point de fusion et le même coefficient de dilatation.

Les Chinois les ont utilisées, de tous temps, pour la décoration de leurs porcelaines et ils en ont obtenu les effets les plus variés : il nous suffira, pour montrer tout le parti qu'ils ont su en tirer, de rappeler leurs fonds splendides dont la seule ornementation est formée par la iuxtaposition de couleurs habilement associées, leurspièces gravées sous céladon, enfin tous ces innombrables objets de porcelaine blanche peints au grand feu et décorés ensuite d'émaux de moufle.

Les couvertes colorées se distinguent des deux autres classes de produits qui servent à peindre et à décorer la porcelaine au grand feu, c'est-à-dire des couleurs et des pâtes colorées, par leur transparence et leur fusibilité. Les couleurs et surtout les pâles sont opaques; elles communiquent à l'objet sur lequel elles sont appliquées des colorations puissantes mais sans vibration, parce qu'elles ne brillent que par la glaçure incolore qui les recouvre ; absolument infusibles, elles donnent par leur rigidité une solidité très grande, mais un peu raide, à l'aspect des ornements ou des figures qui ont été modelés avec elles. Les couvertes colorées, au contraire, sont transparentes; elles vibrent par elles-mêmes ; la lumière s'y joue comme elle le fait dans les pierres précieuses : enfin l'imprévu qui résulte de leur fusibilité laisse sur l'œil une impression chaude et vivante.

Les qualités spéciales de ces deux classes de produits

permettent de les utiliser concurremment; lorsqu'on les applique ensemble à la décoration des porcelaines blanches, elles fournissent par l'opposition de leurs effets un résultat souvent très puissant et très harmonieux.

Il n'en est pas de même lorsqu'il s'agit non plus de peindre, mais bien de recouvrir intégralement la surface d'un objet, c'est-à-dire d'obtenir un fond plus ou moins uniforme; dans ce cas, l'emploi des couvertes colorées nous paraît devoir se substituer complètement à celui des pâtes, auxquelles on a fait naguère une place prépondérante dans la palette de Sèvres.

Nous rappelons que les pâtes colorées sont utilisées de deux façons différentes : tantôt elles servent à engober la porcelaine blanche, tantôt elles sont mélangées à la pâle elle-même avant le façonnage des objets : dans le premier cas, la matière fine, délicate et transparente de la porcelaine, est masquée par la pâte colorée et elle perd toutes ses qualités sous cette enveloppe opaque ; dans le second cas, c'est-à-dire lorsqu'elle est mélangée à une couleur infusible, elle est modifiée à ce point que les qualités caractéristiques de la porcelaine disparaissent complètement et qu'on peut hésiter sur sa nature même ; elle laisse sur l'œil l'impression d'une terre ordinaire, quelquefois même de métal, de bois ou de carton verni; on ne saurait y reconnaître le grain et la transparence d'une matière céramique précieuse.

Il nous a paru intéressant pour ces diverses raisons de donner un plus grand développement à l'emploi des couvertes colorées, et nous avons, dans ce but, entrepris une série de recherches dont l'exposé forme l'objet de la seconde partie de notre étude sur les couvertes.

La question n'est pas nouvelle; en effet, Brongniart a

indiqué une assez grande variété de couvertes colorées destinées à la porcelaine dure; mais elles ont été presque toutes abandonnées et il n'en reste guère que deux dans la pratique courante, le bleu de Sèvres et le brun écaille. Cela tient à la difficulté qu'on éprouve à avoir des couvertes résistant à la température extrêmement élevée des fours à porcelaine; peu d'oxydes sont capables de supporter ces cuissons sans se volatiliser et teinter le blanc de la porcelaine ; d'autre part la plupart des oxydes métalliques exigent, pour donner de riches colorations, des conditions spéciales d'oxydation ou de réduction que ne tolère pas souvent la fabrication courante. Enfin on peut ajouter que les procédés d'application usités jusqu'ici, du moins à Sèvres, rendaient l'emploi des couvertes colorées assez délicat.

L'adoption de la porcelaine nouvelle, matière cuisant à une température sensiblement inférieure à celle qui est nécessaire pour la cuisson de la porcelaine dure ordinaire, fit disparaître ces difficultés et nous permit, en nous plaçant dans les conditions adoptées par les Chinois, d'établir une palette assez complète de couvertes colorées. Dans une note précédente nous avons présenté le résultat de nos recherches sur les rouges, les flammés et les céladons, c'est-à-dire sur les couleurs qui se développent dans une atmosphère réductrice ; le présent travail traite des couvertes destinées au feu oxydant ou ordinaire.

Nous allons passer en revue successivement le mode de préparation, puis les diverses applications de ces couvertes.

Modes de préparation. — La couleur des émaux de grand feu varie selon la nature des composés métalliques employés; elle dépend aussi de la nature du fondant adopté.

Le cas le plus fréquent est celui qui résulte de l'em-

ploi de la couverte ordinaire à laquelle on combine le colorant; mais cette addition pure et simple n'est pas toujours possible; en effet, l'introduction d'oxydes métalliques dans un fondant en modifie généralement la fusibilité; elle entraînerait donc la coulure ou la tressaillure. Il faut contrebalancer cet effet par une modification dans la proportion des autres éléments basiques de la couverte, modification variable pour chaque oxyde.

Dans la couverte calcaire qui sert à la porcelaine nouvelle, c'est la craie dont on doit faire varier les proportions; l'expérience a prouvé qu'il faut par exemple pour :

8 parties de nitrate d'urane diminuer la

craie dans la proportion de 4 parties.

5 parties d'oxyde de cobalt 5 —

8 — de colcothar 4 —

8 — de manganèse 4 —

4 — d'oxyde de cuivre 4

L'oxyde de chrome, les chromâtes, les composés colorés analogues au pinck, sont ajoutés à la couverte sans en modifier la teneur en chaux.

L'étude des fondants est plus complexe : elle comporte, en effet, l'examen de l'influence réciproque de tous les éléments qui les composent ; or, nous avons vu, dans la première partie de ce travail, que ces éléments sont nombreux, qu'en dehors des bases alcalines, on peut employer la chaux, la baryte, la magnésie, l'oxyde de zinc, etc., et que les modifications peuvent porter non seulement sur les bases, mais encore sur les acides, la silice pouvant être remplacée partiellement par l'acide borique ou par certains fluorures.

L'introduction des matières colorantes dans les fondants peut être réalisée par simple mélange ou par frit-

tage ; le premier procédé s'applique spécialement aux colorants dont la composition est complexe et qui pourraient s'altérer par le frittage ; le second est le plus fréquemment employé : il permet de décomposer par calcination les sels métalliques dont la dissolution a été ajoutée à la couverte incolore, ou, dans d'autres cas, de déterminer la combinaison des oxydes ou des sels insolubles avec la silice de la couverte, de manière à former le silicate coloré; ce frittage, généralement, ne se fait qu'avec une partie de la couverte incolore et la totalité du colorant; on ajoute ensuite, par simple mélange, le complément de la couverte à la masse frittée,

La composition chimique des couvertes colorées n'est par le seul point dont il faille tenir compte ; leur état physique, c'est-à-dire leur texture moléculaire et leur plasticité, jouent un rôle des plus importants dans leur application. Nous sommes obligés d'entrer à ce sujet dans quelques détails.

On sait que la porcelaine peut être émaillée soit sur cuit, soit sur dégourdi ou sur cru.

L'émaillage sur porcelaine cuite est effectué en étalant sur la pièce la couverte mélangée à de l'essence de térébenthine partiellement oxydée pour la rendre adhésive, ou en saupoudrant la couverte sur la pièce à la surface de laquelle on a préalablement étalé une couche d'essence grasse. Si l'on a recours à ce procédé, il faut enlever toute plasticité aux couvertes; elles doivent être frittées ou même fondues complètement, puis, après un broyage convenable, séchées jusqu'à ce qu'elles soient débarrassées de toute trace d'humidité. Le broyage se fera à sec, de façon à ce que la couverte passe au tamis n° 40 ou 60, si Ton doit employer la pose au tamis. Si la couverte doit

être posée au pinceau, il convient de la broyer à l'eau aussi finement que possible.

L'émaillage sur cuit est employé couramment à Sèvres pour les bleus et les écailles de grand feu sur la porcelaine dure; c'est un vieux souvenir des anciens procédés de pâte tendre ; pour ces deux couleurs il donne des résultats parfaits. Mais il ne nous paraît pas devoir être recommandé pour la pose des couvertes colorées sur la porcelaine nouvelle; en effet, par cette méthode, on n'obtient que difficilement une couche régulière de l'émail, et d'autre part, il semble que les couvertes se fixent moins facilement sur la pâte biscuitée que sur la pâte dégourdie ; la combinaison se fait moins bien, et on arrive avec plus de peine à obtenir cette couche intermédiaire entre la pâte et la couverte, si utile pour remédier aux inconvénients qui résultent de la différence inévitable entre le coefficient de dilatation de la pâte et celui de la couverte. Aussi fréquemment a-t-on des tressaillures lorsqu'on opère ainsi. Il est évident, d'ailleurs, que la pose sur cuit est beaucoup plus dispendieuse, puisqu'elle nécessite deux cuissons. Nous avons cru cependant devoir la signaler, parce qu'elle permet l'emploi de beaucoup de pièces de porcelaine plus ou moins défectueuses qui resteraient autrement sans usage possible.

Le procédé classique en Europe pour émailler la porcecelaine consiste à plonger les objets dégourdis dans la couverte mise en suspension dans de l'eau. Si l'on a recours à ce procédé pour les couvertes colorées, il importe de leur donner une certaine plasticité en les composant de telle sorte qu'elles renferment de 7 à 8 p. 100 de kaolin libre ; elles se déposent alors moins promptement et après le trempage adhèrent plus complètement à la

porcelaine. Mais nous sommes obligés de reconnaître que l'émaillage par trempage ne nous a donné que d'assez médiocres résultats avec nos couvertes colorées; il nous a été impossible, malgré les soins les plus minutieux, d'éviter les coulures et les différences d'épaisseur inhérentes à cette manière d'opérer, défauts qui se traduisentaprès la cuisson par des taches et des irrégularités d'un détestable aspect.

La méthode dont nous préconisons l'emploi est celle de l'insufflation. On sait que le procédé par insufflation est le seul qui soit usité en Chine ; il permet, à côté d'autres avantages, d'émailler les pièces crues ; nous l'avons indifféremment adopté sur cru ou sur dégourdi.

L'appareil dont nons nous sommes servis et que nous devons à la courtoisie de M. Lœbnitz, fabricant de faïences à Paris, est un pulvérisateur du modèle le plus simple : il consiste essentiellement dans deux tubes disposés à angle droit, dont l'un plonge dans le réservoir où se trouve la couverte, et dont l'autre est en communication avec une soufflerie capable de donner un courant d'air à une pression d'environ vingt-cinq centimètres de mercure. Le vase à émailler est placé sur une tournelte que l'ouvrier fait tourner d'une main, tandis que de l'autre il élève et abaisse lentement et successivement le réservoir où plonge le pulvérisateur ; par suite de ce double mouvement, le jet décrit à la surface du vase une hélice qui le recouvre entièrement. Il est bon de ne pas chercher à obtenir d'un seul coup l'épaisseur d'émaillage requise; il vaut mieux arriver au résultat par la superposition de plusieurs couches minces. Dans ce but on éloigne le pulvérisateur de 30 à 40 centimètres du vase ; le jet, plus étalé, n'apporte que peu de couverte à la fois au même endroit; on arrive ainsi à une régularité parfaite, en prenant les précautions

suivantes : il faut opérer avec une couverte concentrée et laisser la pièce sécher après chaque insufflation. Il faut aussi avoir soin d'opérer clans un atelier dans lequel il n'y ait aucun courant d'air, car le jet du pulvérisateur deviendrait irrégulier.

Les couvertes colorées sont d'autant plus belles, elles vibrent d'autant plus sous l'œil que leur épaisseur est plus grande à la surface de la pièce, mais cet excès d'épaisseur entraîne fréquemment la tressaillure, défaut capital pour les porcelaines lorsqu'elle n'est pas voulue, c'est-à-dire, lorsque, par une régularité parfaite, cette tressaillure n'a pas les qualités de la craquelure. Les Chinois paraissent avoir attaché moins d'importance qu'on ne le fait en Europe, à la tressaillure; ils ont cherché, avant tout, à donner à leurs poteries un aspect éclatant et n'ont pas hésité à adopter des couvertes très siliceuses et assez alcalines qui, sous une forte épaisseur, ont une transparence et un velouté du plus riche effet, mais qui sont quelquefois tressaillées.

Telles sont les règles générales qu'il convient d'observer dans la préparation et le mode d'emploi des couvertes colorées ; voici quelques renseignements particuliers à chacune des plus importantes.

Les couvertes jaunes sont préparées avec les composés de l'urane; le moyen le plus simple de les obtenir consiste à fritter une partie des éléments de la couverte avec du nilrate d'urane. On ne peut dépasser la dose de 8 p. 100 de ce sel sans être exposé à avoir du noir au lieu de jaune ; pour 8 parties de nitrate d'urane, il faut diminuer de 4 parties la craie entrant dans la couverte. On peut augmenter l'intensité de ce jaune en y ajoutant 1 ,28 p. \ 00 d'oxyde de manganèse et 0,32 p. 100 d'oxyde de fer.

Les fondants renfermant du fluorure de calcium donnent des tons jaunes plus beaux et plus intenses que le fondant calcaire ; ils sont aussi moins exposés à noircir.

On obtient une couverte teintée (1), d'un très beau ton ivoire par le mélange de :

90 parties de couverte ordinaire ;

o — de couverte jaune à 8 0/0 de nitrate d'urane; 5 — de couverte à 8 0/0 de peroxyde de manganèse.

Les couvertes à l'urane doivent être cuites dans des piles à courant d'air pour conserver leur ton, car elles sont très sensibles à l'action des gaz réducteurs, qui les font noircir.

Les couvertes bleues sont préparées avec l'oxyde de cobalt. On sait que pour la porcelaine dure de Sèvres, on emploie de 15 à 16 p. 100 de cet oxyde. Pour la porcelaine nouvelle une dose de 5 p. 100 est suffisante; on ne peut d'ailleurs la dépasser sans s'exposer à avoir des métallisations. Le bleu de cobalt sur la porcelaine nouvelle possède un ton moins violacé que le bleu de Sèvres ordinaire.

On peut obtenir d'autres variétés de bleus en associant au cobalt divers oxydes métalliques, par exemple, de l'oxyde de fer ou de l'oxyde d'urane en quantité égale à celle du cobalt; ou un mélange d'oxyde de manganèse (5 p.) et de colcothar (1 p. 25) pour 3 p. d'oxyde de cobalt; avec un mélange de chrome et de cobalt qu'on peut employer sous la forme du chromate de cobalt à la dose de 1,5 à 2 p. 100, on obtient de beaux tons verts bleus.

Les fondants calcaires peuvent être employés en géné-

(1) Nous désignons sous ce nom des couvertes colorées très peu intenses qui, dans beaucoup de cas, remplacent avantageu sèment la glaçure ordinaire de la porcelaine dont la blancheur parfaite est peu favorable à la décoration.

ral pour tous ces bleus ; cependant pour le chromate de cobalt, il est préférable d'adopter des fondants alcalins qui lui communiquent un plus beau ton; le fondant zincique donne avec le cobalt seul une belle couverte d'un bleu pur, mais ayant quelque tendance à l'opacité.

Pour la cuisson des couvertes bleues, il faut disposer les pièces dans les parties du four où la circulation de la flamme est la plus active : on évite ainsi toutes chances de grésillement.

Nous préparons les couvertes roses avec le pinck-colour ; on obtient celte couleur, d'après le procédé de Malaguti, en calcinant un mélange de 100 grammes d'oxyde d'étain et de 34 grammes de craie arrosés avec une dissolution de 3 à 4 grammes de bichromate de potasse.

Le pinck-colour est mêlé à la couverte calcaire ordinaire à la dose de 8 p. 100, sans diminution de craie. Il donne des tons roses un peu opaques quelquefois, mais d'une grande richesse à la lumière artificielle.

Les fondants alcalins altèrent le pinck et en diminuent l'intensité. Il faut éviter, dans la cuisson, l'excès de la température et le contact d'une flamme réductrice qui détruirait la couleur.

Nous avons fréquemment observé la formation de couleurs roses sur des vases émaillés avec une couverte renfermant de l'étain, qui se trouvaient dans le voisinage d'aulres pièces contenant des composés chromiques; le transport par volatilisation d'une partie du chrome qu'ils renferment déterminait le développement de la couleur.

Un rose analogue est obtenu par la simple introduction d'environ 0,2 p. 100 d'oxyde de chrome dans un fondant zincique.

On peut obtenir une couverte bien transparente, colo-

rée en rose clair par l'addition à la couverte normale d'une solution de chlorure d'or à la dose de 1 partie d'or pour 100 parties de couverte et frittage ultérieur.

Une couverte violette d'un beau ton peut être préparée par le mélange suivant : 10 parties de couverte à 8 p. 100 de pinck et 1 partie de couverte à 5 p. 100 d'oxyde de cobalt. Il est nécessaire de cuire en courant d'air, à un feu modéré.

Les couvertes vertes sont préparées avec le cuivre ou avec le chrome.

L'oxyde de cuivre à la dose de 5 p. 100 donne un beau ton vert clair dans les fonds calcaires : la quantité de craie doit être diminuée du poids de l'oxyde ajouté.

Les fondants alcalins donnent des tons plus bleutés, moins verts que les fondants à base de chaux, de magnésie ou de zinc.

Il faut cuire en atmosphère oxydante pour éviter la réduction et la formation de rouge.

L'oxyde de chrome est employé à la dose de 2 p. 100 dans les fondants calcaires ; la craie ne doit pas être diminuée. Dans ces conditions, la couverte est assez transparente : le ton en est toujours un peu terne, il grise à la lumière artificielle.

Les fondants alcalins et les fondants renfermant du fluorure de calcium donnent avec le chrome des tons plus beaux qu'avec le fondant calcaire ; la dose de colorant ne doit pas dépasser 0,5 p. 100. Ces couvertes de chrome donnent dans la flamme réductrice ou neutre un ton plus pur que dans la flamme oxydante qui les fait un peu jaunir.

Enfin par l'emploi simultané du chrome et du cuivre, on peut obtenir de beaux tons vert d'eau ; nous les prépa-

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rons avec le chromate de cuivre à la dose de 3 p. 100, sans diminution de chaux.

Les céladons s'obtiennent avec le fer dans une température réductrice; nous en avons indiqué la préparation ailleurs. Mais on peut en flamme oxydante obtenir des tons analogues et aussi transparents avec les oxydes dont nous venons de parler, soit isolés, soit additionnés d'autres corps; ainsi le mélange de 1,5 p. 100 d'oxyde de cuivre et de 0,02 d'oxyde de cobalt donne un céladon bleuté très fin; le mélange de 3 p. 100 d'oxyde de cuivre, 5 p. 100 d'oxyde d'étain et 0,5 p. 100 d'oxyde de fer donne un céladon très voisin de celui des Chinois. On peut modifier bien entendu ces tons à l'infini et leur donner de l'intensité à l'aide du chrome.

Les couvertes brunes peuvent être préparées avec divers oxydes; suivant la nature, la quantité et la proportion relative des oxydes employés, on obtient des tons différents dont on peut former une gamme très variée et très étendue.

Avec le peroxyde de manganèse employé à la dose de 5 à 8 p. 100 on a des tons brun clair dans la couverte calcaire, brun rosé dans les couvertes alcalines. L'addition de 4 p. 100 de chromate de fer à une couverte manganésifère à 8 p. 100 lui donne une grande intensité ; une telle couverte exige un fort feu pour ne pas se métalliser. Avec 8 p. 100 de peroxyde de manganèse et 3 p. 100 de peroxyde de fer, qui tout seul ne produit que de mauvaises couleurs, on a un ton brun jaune assez beau.

L'emploi du manganèse dans la couverte calcaire exige la diminution de la craie dans une proportion égale à celle de la moitié du manganèse. Dans la couverte au fluorure de calcium il donne des tons intéressants et d'une belle transparence.

Le titane et le tungstène augmentent l'intensité des tons obtenus avec le manganèse et le fer, mais en éliminant leur transparence ; les résultats sont meilleurs avec une couverte alcaline ou une couverte au fluorure; de toutes façons il faut cuire en feu réducteur.

On sait qu'avec le fer et le manganèse on produit sur la porcelaine dure la belle couverte connue sous le nom d'écaillé; la proportion des oxydes adoptés dans cette préparation est trop forte pour la porcelaine nouvelle, dont la température de cuisson plus basse s'oppose à la dissolution d'aussi fortes doses. Mais on peut tourner la difficulté de la façon suivante : on fond le mélange suivant :

Sable

Fluorure de calcium. . .

Peroxyde de manganèse — de fer

et on l'applique finement broyé sous la couverte blanche. Cuit à fort feu dans les endroits du four où la circulation de la flamme est très active, il donne un très beau ton brun rouge; l'émail coule assez facilement en produisant des effets imprévus et intéressants.

Le nickel communique aux diverses couvertes une couleur d'un brun grisâtre sans grand intérêt.

Les couvertes noires sont, comme les précédentes, préparées avec des mélanges de diverses substances colorantes, dont les proportions relatives déterminent la prédominance de telle ou telle nuance. Le seul noir obtenu directement provient de l'urane; on le prépare avec 10 p. 100 de nitrate d'urane fritté avec la couverte ordinaire diminuée de 5 p. 100 de craie; cette couleur ne se développe qu'en feu réducteur.

Les mélanges adoptés pour le feu ordinaire sont les suivants :

Noir bleu. Noir verdâtre. Noir brun.

Chromate de fer calciné 6 4 3

— de cobalt précipité. 3 2 »

Oxyde de cobalt 4 » 2

Peroxyde de manganèse. . . » 4 6

— de fer » » 2

Comme ces couvertes, très riches en oxydes colorants, sont sujettes à se métalliser pendant la durée du refroidissement, il est bon de les recouvrir d'une légère couche de couverte blanche ordinaire. — L'augmentation des chromâtes donne de mauvais résultats.

Telles sont les principales colorations obtenues par l'introduction d'oxydes métalliques dans nos divers fondants ; nous avons, sans succès, cherché à tirer parti des indications fournies avec d'autres métaux par l'emploi du chalumeau, qui donne, comme l'on sait, des perles colorées avec le cérium, le vanadium, le didyme, le molybdène, etc.

Les couvertes colorées dont nous avons parlé jusqu'ici se fixent sur la porcelaine nouvelle sans tressaillures, c'est-à-dire comme la couverte ordinaire. Mais certaines couleurs ne peuvent être obtenues que dans des conditions qui entraînent forcément la craquelure; tel est par exemple le cas du violet aubergine et surtout du bleu turquoise, l'une des plus riches et des plus éclatantes parmi les couleurs céramiques; en effet, elles ne peuvent être obtenues que combinées à un fondant très alcalin et privé d'alumine.

Nous avons cherché et nous avons réussi à préparer un bleu turquoise résistant aux cuissons de porcelaine nouvelle et donnant, non point des tressaillures irrégu-

lières, mais un véritable craquelé. Voici les règles qu'il convient d'observer pour cette préparalion : l'alumine doit être absolument éliminée du fondant; elle donne au turquoise un ton verdàtre désagréable ; il faut donc préparer un verre alcalin non alumineux. On peut dans ce verre associer aux alcalis l'oxyde de zinc, la magnésie, la cbaux et la baryte ; la magnésie et l'oxyde de zinc donnent un ton vert non turquoisé ; la chaux développe l'écaillage; c'est avec la baryte que nous avons obtenu le plus beau ton et avec le moins de chances d'accidents.

Le fondant est donc un verre alcalino-barytique ; pour l'obtenir le plus dur possible, nous l'avons composé très siliceux et le moins alcalin possible. Le rapport de l'oxygène de la silice à l'oxygène des bases a été porté à 5,40. Nous avons reconnu que pour obtenir un ton satisfaisant il convient d'employer au moins deux fois et demie autant de soucie que d'oxyde de cuivre. Sur ces données résultant d'un grand nombre d'essais, nous avons préparé la couverte suivante, qui a donné de très bons résultats :

Sable 54,16

Carbonate de soude sec 17,50

— de baryte 24,16

Oxyde de cuivre 4,17

correspondant à :

Silice 61,75

Soude.... 11,66

Baryte 21,44

Oxyde de cuivre 4,75

Il faut poser cet émail sur la porcelaine biscuitée et à une forte épaisseur ; on obtient ainsi un craquelé très beau. Pour avoir plus d'intensité, on peut commencer par recouvrir le fond de taches ou de marbrures de silicate ou

d'oxyde de cobalt; le turquoise se pose par-dessus le bleu qu'il entraîne plus ou moins dans ses coulures, et avec lequel il détermine ainsi la production d'effets très puissants. L'encastage doit être fait dans les piles les moins chaudes, en pied et avec courant d'air; pour le terrage, il faut proscrire l'alumine et employer uniquement du sable.

Une classe toute différente de couvertes est celle que, sous le nom de couvertes à coulures, nous avons composée pour produire des fonds colorés, marbrés et jaspés. Elles sont obtenues à l'aide d'oxydes colorants et de fondants rendus très fusibles par d'assez fortes proportions de borax, qui permettent d'abaisser jusqu'à 7 p. 100 leur teneur en alumine, sans chances de tressaillures. Nous avions ainsi composé une palette complète de couvertes colorées, mais l'expérience nous ayant prouvé que l'emploi de nos couvertes colorées ordinaires, avec interposition d'un ou de deux fondants incolores destinés à développer les coulures, donne le même résultat, nous l'avons supprimée pour simplifier le nombre de nos préparations.

Voici la composition de ces deux fondants incolores :

Fondant transparent.

Fondant opaque.

Pegmatiie. . .

Sable

Craie

Borax fondu

correspondant à :

Silice

Alumine

Alcalis

Acide borique Chaux

Applications des couvertes colorées. — Les couvertes colorées dont nous venons d'indiquer la préparation sont susceptibles d'applications nombreuses et variées.

On peut les utiliser soit en peinture sur fond blanc, soit en fonds destinés à recouvrir la pièce tout entière.

Voici pour le premier cas les différents genres auxquels nous les avons appliquées :

1° Peinture d'ornements, camaïeux ou polychromes, sur fond blanc, avec ou sans accompagnement de figures ou d'ornements en couleurs fixes sous couverte; le tout pouvant être enrichi de rehauts de pâtes.

2° -Ces mêmes genres de décoration enrichis par des effets de gravure dans la pâte ou de craquelés.

3° Ces mêmes genres de décoration enrichis d'émaux de moufle.

Dans le second cas, les couvertes colorées sont susceptibles d'emplois encore plus nombreux :

1° Citons d'abord les effets de gravure dans la pâte, sous couvertes très transparentes, comme les céladons, les turquoises et les teintes très claires : des rinceaux et des ornements délicats gravés à la pointe constituent un mode de décoration d'une grande finesse pour les pièces de petites dimensions.

2° Pour les pièces plus grandes, destinées à être vues à une certaine distance, les procédés de gravure doivent être modifiés : ce ne sont plus des traits fins qu'il faut adopter; il faut creuser des sillons profonds, former des reliefs très saillants, afin que l'émail s'accumulant clans les creux prenne par l'épaisseur de sa couche une coloration intense; les figures et les ornements modelés et sculptés dans la pâte acquièrent ainsi une valeur suffisante pour être nettement perçus à distance.

On peut enrichir de telles pièces avec des pâtes d'application sur ou sous la couverte.

3° Nous avons obtenu d'autres effets par le procédé suivant : on recouvre la pièce d'une couche uniforme de couverte intense ; sur cette couche on grave des ornements et des figures, de manière à retrouver la porcelaine blanche, et l'on applique, soit au pinceau aux endroits gravés, soit à l'insufflateur sur toute la pièce, une couche de couverte claire différente de la première; les ornements se détachent ainsi sur un fond plus intense : l'association du jaune et du noir, du brun et du noir, du bleu et du jaune, ou simplement de deux couvertes de même couleur mais d'intensités différentes, donne de beaux effets.

4° Lorsqu'on veut produire des objets décorés uniquement par des jeux de fonds, on peut employer le moyen suivant : on applique sur la pièce dégourdie une couche uniforme de couverte colorée, puis à l'aide d'un pinceau ou d'une éponge, on jette des marbrures ou des taches d'une autre couleur qui s'harmonise bien avec la première ; on recouvre le tout d'une couche mince de couverte incolore qui dégrade et modèle les tons, nappe les surfaces et les rend unies.

5° C'est pour cet emploi spécial que nous avons préparé les couvertes à coulures. Voici la manière de les utiliser : on pose sur la porcelaine dégourdie un fond uniforme d'une couverte colorée ordinaire, par dessus laquelle on applique une couche mince du fondant transparent (1); la pièce étant ainsi préparée est peinte avec des marbrures ou des jaspés de celles des couvertes colorées qui s'harmonisent le mieux avec le fond ; le tout est recouvert d'un nouveau glacis du fondant transparent qui mélangera intimement et entraînera les couleurs dans une sorte de

lave. Le fondant opaque (2) sert à produire des taches et des nuages blancs qui, habilement combinés aux autres effets, sur des fonds intenses, produisent des décors d'une grande richesse.

Ce moyen de décoration, simple et rapide, a été largement utilisé à la manufacture de Sèvres. On peut lui donner une grande valeur artistique et transformer les objets ainsi décorés en véritables bijoux par des applications d'ors ou d'émaux de moufles qui jouent le rôle de sertissures.

Nous l'avons également appliqué à la décoration des figurines et des bustes que Sèvres produit en grandes quantités sous la forme de « biscuits ». Les modelés et les creux peuvent être accusés par un patinage à l'aide d'oxydes colorants, de couvertes intenses ou de couleurs fixes; puis, en des endroits déterminés par la nature et la forme de l'objet, on applique des couches de fondant opaque; par dessus ces préparations, on pose à l'insufflateur une couche mince, d'abord de couverte colorée, puis de fondant transparent.

On obtient ainsi des effets que nous croyons absolument nouveaux; les objets de sculpture prennent sous ces glaçures riches et transparentes une chaleur et un éclat qui rappellent le jade et l'ivoire. C'est surtout avec les couvertes céladon et jaune que les meilleurs résultats ont été obtenus. Différant des figures en terre ou des faïences émaillées dont l'aspect est généralement froid, ces sculptures colorées ne rappellent en rien non plus les statuettes peintes, dont les couleurs opaques masquent la matière; elles se rapprochent davantage des pièces connues sous le nom de « blanc de Chine », dont l'émail, sous sa couche épaisse et grasse, laisse deviner une substance fine et transparente.

SUR LES PORCELAINES DITES CRAQUELÉES Par Ch. Lauth fit G. Dutailly (1).

On désigne sous le nom de craquelées des porcelaines dont la couverte est fendillée d'une façon régulière, de façon à former sur la pièce une sorte cle réseau.

La craquelure est plus ou moins serrée : souvent elle se présente sous la forme de lignes brisées, très distantes les unes des autres; souvent au contraire elle est très fine et ressemble à des sortes d'écaillés de poissons, ce qui lui fait donner, dans ce cas, le nom de truitée; les Chinois la colorent au moyen de la fumée ou de l'encre de Chine, ou encore avec diverses couleurs; elle constitue alors une véritable décoration qui, par sa variété et son imprévu, est très appréciée des céramistes.

Très fréquemment on voit, sur une même pièce, des zones de craquelé large à côté d'autres zones truitées et de parties parfaitement unies décorées en bleu sous couverte; la juxtaposition de ces différents effets montre que les artistes qui ont exécuté ces pièces sont maîtres de ces effets qu'on ne peut en conséquence attribuer à un hasard de fabrication.

H est vraisemblable qu'à l'origine ce n'étaient que des tressaillures, c'est-à-dire un véritable accident; l'étude patiente du phénomène l'a transformé et a permis de l'utiliser comme moyen de décoration.

Les craquelés sont d'autant plus appréciés qu'ils sont

(1) Génie civil, 24 et 14 avril 1888.

bien réguliers, que les mailles du réseau sont de même forme polygonale et non traversées par de longues lignes indépendantes, enfin que les fissures n'altèrent pas le glacé de la porcelaine, de telle sorle que la main ne perçoive aucune solution de continuité sur la surface de la pièce.

Nous avons recherché les conditions dans lesquelles il faut se placer pour obtenir le craquelé ; bien que le résultat de nos essais ne nous permette pas de donner une formule absolue, nous croyons que les règles que nous avons tirées de nos observations pourront utilement être consultées par les praticiens.

Le craquelé est dû à une différence entre le coefficient de dilatation de la couverte et celui de la pâte sur laquelle elle est appliquée; il résulte, en d'autres termes, de ce que la couverle, qui sous l'influence d'une température élevée s'est fondue à la surface de la pâte, ne prend pas pendant son refroidissement la même retraite qu'elle. Supposons qu'elle se contracte plus : on voit que, dans l'impossibilité où elle est de suivre le même mouvement que la pâte, elle se fissurera, se fendillera plus ou moins régulièrement; les vides qui se formeront ainsi pourront être remplis de couleur, et deviendront apparents; s'ils sont bien réguliers, ils prendront le nom de craquelé.

Comme nous l'avons dit plus haut, c'est une tressaillure, mais une tressaillure réglée ; c'est donc l'étude de cet accident qui doit donner le moyen d'obtenir le craquelé.

On peut dire d'une façon générale que la tressaillure se manifeste, soit lorsqu'une pâte et une couverte, dont les compositions ont été mises en harmonie, ne sont pas cuites au point voulu, soit lorsque la pâte et la couverte ne sont pas en accord parfait pour une température déterminée.

Il faut donc tenir compte de ces trois facteurs et étudier successivement leur influence.

Examinons d'abord Faction de la chaleur. Dans une cuisson normale de porcelaine, au moment où la température atteint son point le plus élevé, le chauffeur retire du four des témoins constitués par des fragments de matière identique à celle qui est à cuire et disposés de façon à pouvoir être facilement prélevés dans une pile.

Généralement on constate à cette première montre que la pâte commence à être transparente et que la couverte est bien glacée ; quelques instants après la prise de l'échantillon, il se forme des tressaillures qui sont l'indication d'un feu insuffisant. On continue donc à chauffer; une ou deux heures plus tard, un nouveau témoin retiré du four ne donne plus, au lieu d'un réseau de fendilles, que quelques tressaillures ; une nouvelle prolongation de feu est reconnue nécessaire, et on ne s'arrête que lorsque l'expérience a prouvé que le refroidissement ne détermine aucun accident. Ainsi, l'accord se fait petit à petit, sous l'influence de la chaleur, entre la pâte et la couverte; la combinaison des divers éléments qui forment la pâte se fait peu à peu, et au fur et à mesure que cette combinaison a lieu, le coefficient de dilatation de la pâte se modifie, jusqu'à ce qu'il soit devenu exactement celui de la couverte elle-même.

C'est du moins ce qui se passe lorsqu'il s'agit d'une couverte simple comme celle de Sèvres, formée, comme l'on sait, d'une seule substance. Comme en général la couverte est formée de plusieurs éléments, le phénomène est plus compliqué, puisque ce ne sont plus seulement les silicates de la pâte qui se transforment successivement, mais encore ceux qui constituent le mélange employé pour la couverte.

Dans l'un et l'autre cas, il est probable d'ailleurs qu'il se forme entre la pâte et la couverte une combinaison partielle et qu'au contact des deux il existe une zone intermédiaire de composition moyenne et déterminant une sorte d'homogénéité qui maintient l'équilibre.

La tressaillure n'est pas occasionnée seulement par un manque de feu ; un excès de feu la détermine également, et la raison en est facile à comprendre : si l'on prolonge la cuisson lorsqu'on est arrivé au point où les coefficients de dilatation de la couverte et de la pâte sont identiques, la structure intime de la pâte continue à se modifier; les éléments kaoliniques tendent de plus en plus à entrer en combinaison avec les fondants; de nouveaux silicates se forment, possédant d'autres propriétés physiques, et comme les mêmes réactions ne se passent pas dans la couverte, l'accord qui existait à un moment donné est rompu de nouveau.

Ces faits sont vrais non seulement pour les couvertes de grand feu, mais encore pour les émaux et les vernis de moufle qui sont fréquemment employés par les Orientaux et qui actuellement sont aussi entrés dans la pratique de la décoration de notre porcelaine nouvelle à Sèvres. L'accord n'existe entre ces émaux et la pâte à laquelle ils sont destinés que si elle a été cuite à une certaine température ; l'incuissonou une cuisson trop forte entraîne la tressaillure ou un autre défaut non moins grave, l'écaillage. Inversement, si, au lieu d'émaux homogènes avec la porcelaine, on emploie ceux qu'on a préparés en vue d'obtenir des craquelés, on constate que le truité, bien régulier lorsque l'émail est appliqué sur une porcelaine cuite dans les conditions voulues, devient défectueux lorsque la porcelaine n'a pas atteint ou a dépassé le point convenable.

En un mot le craquelé doit être considéré comme le résultat d'un fait momentané.

On serait peut-être porté à croire, d'après ce que nous venons de dire sur les couvertes de grand feu, qu'en arrêtant la cuisson très tôt, c'est-à-dire à la période où les tressaillures se manifestent encore, on aurait des porcelaines craquelées; ce serait une grande erreur. La porcelaine, à cet instant, n'est pas encore faite; la pâte est transparente il est vrai, bien qu'insuffisamment, mais la combinaison de ses éléments n'a pas eu le temps de se compléter, et la rupture des pièces serait certaine après le refroidissement, si l'on s'arrêtait à ce moment. Il faut absolument que la vitrification normale de la pâte soit obtenue ; il n'y a pas de porcelaine sans cela.

Mais en raison de ce fait que la production des tressaillures est en connexité absolue avec la température atteinte, la détermination très exacte des diverses circonstances et du point final de la cuisson est une condition nécessaire du succès pour obtenir des craquelés. Nous avons cru devoir nous étendre sur ce point, parce qu'à Sèvres, où la multiplicité des fabrications et la nature essentiellement variable des enfournements entraînent de grandes différences dans le mode de cuisson, nous avons dû recommencer nos essais un grand nombre de fois, pour n'avoir pas tenu un compte suffisant de ces variations.

Le point de cuisson étant bien fixé et arrêté, la pâte et la couverte étant convenablement réglées pour donner une porcelaine parfaite à cette température, il faut rechercher les modifications à introduire dans la marche normale pour obtenir le craquelé.

C'est uniquement par des changements dans la composition des matières à cuire que le but sera atteint; c'est

par un désaccord entre la pâle eL la couverle, désaccord qu'on doit réaliser tout en produisant de la porcelaine. On peut y arriver, soit en modifiant la composition de la pâte et en conservant la couverte normale, soit en modifiant la composition de la couverte et en conservant la pâle normale,

La seconde méthode est la plus commode; au point de vue industriel, elle nous paraît plus pratique, pour plusieurs raisons : la première, c'est que les recherches sur la composition d'un mélange destiné à cuire à une température fixe sont très complexes, en raison du grand nombre de qualités que l'on exige d'une pâte : plasticité, facilité de travail, blancheur, transparence, résistance à la déformation; la seconde raison, c'est que fréquemment on cherchera à juxtaposer le craquelé et la couverte normale ; en modifiant la pâte de façon à obtenir du craquelé avec la couverte ordinaire, on sera ultérieurement forcé de chercher une couverte qui ne craquelle pas sur cette nouvelle pâte : ce seront donc deux séries d'expériences au lieu d'une qu'il faudra poursuivre.

La pâte dont nous nous sommes servis dans nos essais est celle que l'on emploie actuellement à Sèvres pour la fabrication du biscuit; elle est essentiellement feldspathique et argileuse, elle ne renferme que peu de silice libre. Sa composition est représentée par les chiffres suivants :

Silice 66

Alumine 27

Alcalis 7

Cette pâte cuit aux environs de 1,350°, le point de cuisson de la porcelaine dure ordinaire étant d'environ 1,520°.

Les recherches faites pour transformer dans le sens

voulu la couverte normale qui sert à celte porcelaine ont été absolument empiriques ; en effet, si d'une façon générale on connaît les lois de la fusibilité des silicates multiples, on n'a aucune notion sur les rapports qui existent entre leur composition et leur coefficient de dilatation ; ce coefficient semble d'ailleurs varier avec la température à laquelle le silicate a été porté ; il est probable que la constitution chimique de ces silicates complexes se modifie avec les températures atteintes, par une répartition différente de la silice entre les bases avec lesquelles elle se trouve en contact. La connaissance de ces rapports n'aurait d'ailleurs que fort peu d'intérêt et d'importance dans le cas présent, parce que la couverte, se modifiant pendant la cuisson au contact de la pâte, ne possède plus finalement la même composition que celle dont on aurait auparavant et à grand'peine déterminé le coefficient de dilatation.

Dans tous les essais que nous avons tentés et malgré la persistance que nous y avons mise, nous n'avons pu obtenir de craquelé sans modifier un peu en plus ou en moins le degré de fusibilité de la couverte normale.

L'excès de fusibilité s'obtient par l'augmentation des alcalis; la diminution, par l'augmentation de la silice ou de l'alumine. Dans l'un et l'autre cas, on est obligé de modifier les rapports de tous les éléments constitutifs de la couverte; on ne pourrait, sans cela, obtenir un composé glaçant à peu près convenablement à la température de cuisson voulue ou qui ne se dévitrifie pas par l'effet d'un refroidissement lent.

L'excès de fusibilité de la couverte entraîne de nombreux inconvénients : la pâte est trop facilement attaquée ; la rupture des pièces est fréquente; si la couverte est

posée mince, elle peut être absorbée et ne glace plus; si on la pose épaisse, elle est exposée à couler au pied des vases, à former des bourrelets et à donner naissance à des craquelés très irréguliers, à cause de la différence des épaisseurs ainsi obtenues; enfin, ces couvertes fusibles sont très altérables; elles donnent fréquemment lieu, lorsqu'on les passe en moufle, à des pustules ou à du mat.

La méthode basée sur l'augmentation des éléments réfractaires est donc la seule convenable ; il est probable, d'ailleurs, que c'est celle que suivent les Chinois : leurs craquelés présentent en effet généralement une glaçure un peu moins parfaite que leurs couvertes ordinaires, ce qu'il est aisé de vérifier sur celles de leurs pièces où les deux genres de couvertes sont juxtaposés.

Nous trouvons à cette méthode plusieurs avantages : la pâte est très peu attaquée; la couverte n'est pas absorbée; on peut donc la poser très mince et, dans ces conditions, les chances de ruptures deviennent faibles; en effet, pendant la période du refroidissement, au moment où le retrait a lieu et où, sous l'influence de la différence de dilatabilité, le déchirement s'opère, la couverte, peu épaisse par rapport à la pâte, cède sans entraîner de fissures dans cette dernière.

C'est avec l'augmentation de la silice, correspondant aune diminution de l'alumine dans la couverte normale, que nous avons obtenu le craquelé le plus beau et le plus régulier.

Après divers tâtonnements, nous avons définitivement adopté, pour la pâte dont nous avons parlé plus haut, la couverte suivante :

Pegmatite 51,50

Sable 38,00

Kaolin 6,00

Craie 5,00

Lauth. 20

Voici le rapport des éléments qu'elle renferme, comparativement avec la couverte normale :

Couverte 1 Couverte

pour craquelés. normale.

Silice. 79,42 66,18

Alumine 11,89 14,55

Alcalis 5,81 3,55

Chaux 2,88 15,90

Comme on le voit, la silice est considérablement augmentée; le degré de fusibilité voulu a été maintenu par une forte diminution de l'alumine.

Avec l'augmentation de l'alumine, on arrive également à obtenir du craquelé ; en voici un exemple :

Feldspath 85,70

Sable 14,18

Kaolin 1,42

correspondant à :

Silice 69,92

Alumine 18,13

Alcalis 11,95

mais nous considérons cette dernière méthode comme moins avantageuse que la première ; le craquelé est moins beau et il nous a paru, de plus, que ces couvertes alumineuses entraînaient plus facilement que les autres la rupture des pièces sur lesquelles elles sont appliquées.

Que l'on adopte l'une ou l'autre méthode, il faut toujours, dans le calcul des modifications à introduire dans la composition de ces couvertes calcaires, considérer comme particulièrement favorable la substitution des alcalis à la chaux; l'expérience nous a montré qu'ils donnent un craquelé plus beau. Comme les alcalis apportent à une couverte plus de fusibilité qu'une quantité équivalente de chaux, on peut, en outre, dans le cas des

couvertes plus alumineuses, c'est-à-dire plus réfractaires, ne pas augmenter la proportion des bases. Dans l'exemple que nous avons choisi à dessein, on voit que la substitution des alcalis à la chaux a été complète; malgré la faible quantité d'alcalis et l'augmentation de l'alumine, le point de fusion est resté sensiblementlemême.

De l'ensemble des faits que nous avons observés non seulement sur la porcelaine dont il a été question jusqu'ici, mais encore sur une série d'autres produits que l'industrie privée avait bien voulu mettre à notre disposition, nous avons cherché à tirer une règle générale pour l'obtention du craquelé.

En comparant la composition des couvertes types pour une pâte déterminée et celle de ces mêmes couvertes modifiées pour donner du craquelé, on voit que ces dernières diffèrent du type correspondant par augmentation ou par diminution de l'alumine ; dans le premier cas, le degré de fusibilité nécessaire pour maintenir la glaçure est obtenu par une addition des autres bases; dans le second cas par une diminution de ces bases et par conséquent par une augmentation de la silice.

Bien que nous ayons adopté, comme nous l'avons dit plus haut, une pâte usuelle à Sèvres et que ce soit par une modification de la couverte que nous ayons cherché à fabriquer les craquelés, nous voulons indiquer les essais tentés en vue d'arriver au même résultat en partant au contraire d'une couverte déterminée. Nous avons entrepris ces expériences parce qu'à diverses reprises les pièces recouvertes de craquelé s'étaient fendues; il était rationnel d'attribuer ces accidents à la texture siliceuse de la pâte ; lorsqu'elle est combinée à sa couverte normale, elle présente le degré de résistance voulu, mais il

n'en est plus de même lorsque la couverte est craquelée, c'est-à-dire lorsque l'équilibre général est imparfait. Il y avait lieu d'essayer l'emploi de pâtes plus résistantes, en d'autres termes plus argileuses.

Nous avions également le désir de pouvoir adopter pour couverte la roche qui sert dans la fabrication de la porcelaine dure ordinaire de Sèvres ; l'emploi d'une matière naturelle est toujours préférable à celui de mélanges artificiels. L'expérience d'ailleurs nous avait montré que même au feu de porcelaine nouvelle, la pegmatite glace convenablement lorsqu'elle est appliquée sur une pâte appropriée qui en favorise la fusion.

Pour donner à des pâles plus argileuses, dont le point de cuisson est naturellement relevé, la possibilité de se transformer en porcelaine à la température voulue, il fallut y augmenter la proportion de feldspath ; sur de telles pâtes nous avons constaté que le craquelé s'obtient d'autant mieux que la pâte renferme moins de quartz.

Pour ne pas étendre davantage l'exposé de ces recherches, nous nous contentons de donner le terme extrême de la série des essais entrepris dans cette voie; il est représenté par la composition suivante :

Kaolin . . .

Feldspath Quartz. . .

correspondant à :

Pâte crue.

Pâte cuite.

Sable..., Alumine, Alcalis . .

Eau

L'émaillage des pièces destinées aux craquelés se fait

normalement; il est bon d'opérer par trempage plutôt que par insufflation ; l'épaisseur cle la couche de couverte doit être moyenne; elle influe sur les dimensions du craquelé, et ce n'est que l'expérience qui pourra renseigner exactement le fabricant sur ce point.

Si l'on veut obtenir du craquelé fin, il faut prendre l'une des formules que nous avons indiquées ; pour l'obtenir à mailles plus larges, on étend la couverte pour craquelé avec de la couverte normale ; plus cette addition sera importante, plus les mailles seront élargies.

Il est prudent de donner aux vases destinés à cette fabrication une épaisseur assez forte; on évitera ainsi toutes chances de rupture.

Si l'on veut, comme les Chinois le font, juxtaposer les couvertes craquelées et la couverte ordinaire, on procède par réserve ou enlevage; ou peut, à ce moment, peindre avec des couleurs de grand feu sur les parties non émaillées ; lorsque la décoration est terminée, on la laisse sécher et on la recouvre ensuite, au pinceau, ou à l'aide de l'insufflateur, de la couverte appropriée.

DOCUMENTS ADMINISTRATIFS

Nomination de M. Lauth.

Paris, le 12 mars 1879.

Monsieur,

Je m'empresse de vous informer que sur ma proposition et par arrêté du 11 mars 1879, Monsieur le ministre vous a nommé administrateur de la manufacture nationale de Sèvres, en remplacement de M.L. Robert, admis àfaire valoir ses droits à la retraite.

Votre traitement est de 8,000 francs par an; il vous est alloué en outre une indemnité annuelle de 400 francs pour les frais de voyages motivés par le service (arrêté ministériel du 31 octobre 1871).

Vos allocations de chauffage et d'éclairage sont de 40 stères de bois, 120 kilogrammes d'huile et 40 kilogrammes de bougies par an; les fournitures sont faites en nature (arrêté ministériel du 24 novembre 1871).

Vous aurez la possession du pavillon de l'administrateur et des jardins qui l'entourent.

Veuillez agréer, Monsieur, l'assurance de ma considération très distinguée.

Le sous-secrétaire d'État des beaux-arts :

EdMOiND Turquet.

I bit-.

Acceptation de la démission de M. Lauth.

Palais-Royal, le 15 juillet 1887.

Monsieur l'administrateur, En réponse à votre lettre du 30 juin, j'ai l'honneur de vous annoncer que je viens de prendre un arrêté par lequel j'accepte

DOCUMENTS ADMINISTRATIFS

votre démission d'administrateur de la manufacture nationale de Sèvres, et je vous nomme administrateur honoraire.

Je regrette vivement la détermination que vous avez prise, car j'espérais qu'avec un peu de repos l'état de votre santé aurait pu s'améliorer et qu'il vous aurait été possible de reprendre vos fonctions.

Votre retraite est d'autant plus regrettable qu'elle se produit à la veille de l'exposition de 1889, et que grâce à vous la manufacture nationale de Sèvres aurait affirmé une fois de plus sa vitalité et montré les progrès qu'elle avait réalisés sous votre impulsion.

Vous m'indiquez, il est vrai, que d'après l'état des travaux en cours d'exécution, notre grand établissement est en situation de remporter une nouvelle victoire en 1889: raison de plus pour regretter que vous ne soyez plus à sa tête lorsque le moment sera venu de rendre à chacun de ceux qui auront contribué à le maintenir au premier rang la justice qui lui sera due.

Agréez, Monsieur l'administrateur, l'assurance de ma considération très distinguée.

Le ministre de l'instruction publique, des beaux-arts et des cultes :

E. Spuller.

Allocution prononcée par M. Lauth le 17 mars 1879.

Messieurs,

Mon premier désir, en prenant en main la direction de la manufacture, a été de me mettre en rapport avec vous tous, de vous réunir ici pour vous dire quels sont mes sentiments et mes idées, et de saluer les hommes distingués dont je vais devenir le collaborateur; artistes, sculpteurs, chimistes, administrateurs, chefs de service et employés, sont, je le sais, des hommes de valeur, et c'est pour moi un honneur considérable d'être appelé à diriger leurs travaux. Je ferai tout mon possible pour m'en rendre digne, j'espère que de votre côté vous me faciliterez ma tâche par votre concours dévoué.

Le gouvernement, Messieurs, m'a appelé à ce poste à deux titres différents : il a choisi un chimiste, un républicain. Quoique

ALLOCUTIONS DE M. LAUTH

la politique soit et doive demeurer étrangère à nos affaires, vous ne vous étonnerez pas de m'entendre dire que fermement attaché à nos institutions républicaines, dévoué à cette forme de gouvernement que je considère comme la seule possible, je désire qu'elle soit respectée et honorée ici; je ne demande à personne compte de ses opinions et de ses sentiments, je ne prétends enlever à personne regrets ou espérances ; mais les manifestations par des personnes attachées à un établissement national ne peuvent être et ne seront pas tolérées.

En choisissant un homme de science, en maintenant cette tradition, le gouvernement a montré son désir de voir le progrès scientifique être la base de notre fonctionnement et nul de vous ne me démentira lorsque je répéterai que le progrès est la seule raison d'être de notre existence et aussi la garantie de notre avenir.

L'exposition universelle de 1878 nous a montré, Messieurs, à côté des chefs-d'œuvre que vous avez produits et qui ont fait l'admiration du monde entier, les travaux de l'industrie privée tant en France qu'à l'étranger ; il serait puéril et dangereux de ne pas reconnaître leurs qualités. Si Sèvres a conservé sa vieille réputation, son éclat a diminué peut-être, non point parce qu'il fait moins bien qu'autrefois, mais parce que l'industrie privée fait mieux que naguère, et que, dès lors, la différence est moins éclatante.

Nous devons faire des efforts énergiques pour élever plus haut que jamais la réputation de notre célèbre manufacture; un établissement exceptionnel, privilégié comme celui-ci, doit toujours être hors de pair avec ses similaires; une manufacture d'État n'a point de concurrents, elle a des imitateurs, des élèves ; elle doit être un modèle.

îi ne m'appartient pas, en ce moment, de formuler des critiques; ce serait outrecuidant de ma part; peut-être cependant me permettrez-vous de dire que, si au point de vue de la fabrication peu d'observations en général sont formulées, l'approbation est moins unanime en ce qui conserne le côté artistique; j'ai entendu souvent reprocher à Sèvres de rester trop dans le convenu, le classique, quelquefois un peu raide, académique et froid : ne vous semble-t-il pas que nous pourrions faire des efforts dans un autre sens? n'y a-t-il donc dans la conception artistique rien en dehors des traditions suivies ? ne pourrions-nous, sortant des lignes convenues, aborder les idées nouvelles et aspirer

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au résultat qui ferait parler plus tard comme on parle aujourd'hui du style Louis XV, Louis XVI, du style de la république française de 1879 ou 80? J'ai trop de confiance dans le génie de mon pays, dans le talent élevé des hommes éminents qui m'entourent, pour que ce résultat laisse un doute dans mon esprit.

Comment pourrons-nous atteindre ce but? Tout d'abord, croyez-moi, par une confiance et une estime mutuelles ; il faut que nous soyons tous ici membres d'une même famille, animés d'un même sentiment, désireux de donner chacun dans la mesure de ses moyens, son concours entier, absolu au développement de notre manufacture; un but unique doit être présent à notre esprit, la prospérité de cette antique gloire nationale. Les luttes individuelles, les rivalités personnelles, les jalousies doivent disparaître si elles ont un autre mobile que celui de contribuer à la gloire de notre établissement; lorsqu'on a l'honneur d'être attaché à une fabrique nationale, on ne doit rechercher qu'une chose, c'est l'éclat de cette fabrique. Est-ce à dire que je veuille étouffer l'ambition personnelle ? loin de moi pareille idée. Je considère, au contraire, que l'émulation, que le désir de se faire remarquer sont excellents ; chacun de nous doit avoir cette ambition, et sans pouvoir vous dire encore par quelles mesures nous pourrons l'exciter, je puis vous affirmer que j'arrive ici avec l'intention bien arrêtée de donner à l'initiative personnelle la latitude la plus grande; je crois que c'est à cette indépendance d'idées, à cette liberté d'allures, que nous devons faire appel pour marcher de l'avant, et c'est d'elles que j'attends des progrès réels.

Donnez-moi quelques jours de crédit pour étudier vos différents services, pour modifier ce qui peut s'y trouver de défectueux, supprimer ce qui est superflu, augmenter ce qui est insuffisant et appliquer ces principes, seuls compatibles avec nos idées: justice pour tous, à chacun selon son mérite. J'ai la confiance que le gouvernement ne nous refusera pas son concours, qu'il nous aidera à terminer rapidement nos nouveaux bâtiments, et que si nous marchons dans la voie du progrès, il s'empressera de nous accorder des augmentations justifiées de crédit.

Pour arrivera ces résultats, Messieurs, j'ai besoin de votre confiance ; vous reconnaîtrez avec moi qu'une direction unique doit présider à vos travaux, qu'une discipline sévère, nécessaire partout où un grand nombre d'hommes sont réunis, doit régler nos rapports, et que s'il est indispensable, pour laisser à l'initiative individuelle toute son activité, de lui donner une large part d'in-

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dépendance, il est nécessaire également que tout soit réglé, coordonné et réuni dans les mains de votre directeur, qui est chargé d'harmoniser vos différents services. J'entreprends avec ardeur, avec confiance en vous, une tâche peut-être lourde pour moi ; j'ai la ferme volonté de ne pas laisser péricliter, entre mes mains, une industrie glorieuse pour notre pays ; j'ai accepté la succession des Brongniart et des Regnault ; vous tous, amis comme moi de la république, vous m'aiderez à accomplir cette tâche et à faire triompher les idées que j'ai toujours défendues : Travail, justice, liberté !

A l'œuvre maintenant, Messieurs, et séparons-nous en prononçant le cri national : Vive la République (1) !

Allocution de M. Lauth, au banquet offert par le personnel de la manufacture, le 6 septembre 1879.

Messieurs,

Avant de répondre aux paroles si gracieuses de M. Salvetat et de M. Lucas, permettez-moi, ainsi que cela est l'usage dans tous les pays libres, de porter un toast au chef du gouvernement que nous servons, au représentant le plus élevé du suffrage universel, à M. Grévy, président de la République française!

Et maintenant laissez-moi vous dire, Messieurs, combien je suis touché du témoignage de sympathie que vous me donnez aujourd'hui et qui restera pour moi l'un des plus précieux souvenirs de mon existence ; rien ne pouvait m'être plus agréable, m'aller plus au cœur, m'inspirer plus de confiance pour l'avenir, que cette réunion intime offerte spontanément par vous à celui qui vient d'être appelé à l'honneur de diriger vos travaux ; honneur périlleux à coup sûr, si je ne me voyais entouré de ceux qui, avec leurs devanciers, ont porté si haut et si loin la gloire de Sèvres.

Sèvres, nom presque inconnu il y a un siècle, pauvre petit village que les courtisans de Versailles traversaient naguère sans tourner la tête, fréquenté par quelques rares amants de la nature qui venaient chercher la paix et la tranquillité sous ses

(1) Libéral de Seine-et-Oise, 22 mars 1879.

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ombrages charmants ! Qui donc a fait que ce nom soit aujourd'hui répandu dans le monde entier ? Qui donc a fait que jusqu'aux confins les plus reculés de l'extrême Orient, ce nom soit aimé, respecté, envié ? Qui, sinon vous et les vôtres, dont le travail, l'intelligence, la science et l'art ont créé cet admirable établissement?

Travailleurs émérites, savants illustres, artistes incomparables, je vous salue. C'est à vous, Messieurs, que je bois!

Le passé nous lègue, Messieurs, un héritage de gloire que nous ne laisserons pas péricliter entre nos mains.

M. Salvetat agitait à l'instant la question de savoir s'il est plus avantageux pour la manufacture d'être dirigée par un artiste ou par un homme de science ; ma présence ici vous fait connaître mon sentiment sur ce point : je n'hésite pas à dire qu'un établissement comme le nôtre doit avoir à sa tête un homme de science. Je n'ignore pas qu'on a dit et répété à satiété qu'au point de vue de la fabrication, Sèvres est incomparable et que nul établissement au monde ne peut lutter avec ses produits ; est-ce à dire que nous n'ayons plus rien à trouver? ne voyons-nous pas au contraire à chaque instant les accidents les plus imprévus déjouer l'habileté pourtant si éprouvée de M. Milet, dont les nombreux services rendus à la manufacture sont présents à votre esprit? Ne savons-nous pas que ces couvertes transparentes et colorées si admirables sur les porcelaines de Chine sont encore inconnues ici ?

Que ces émaux si purs et si éclatants ne peuvent s'appliquer à notre porcelaine dure?

Que notre palette de grand feu est d'une pauvreté désolante?

Tous ces faits et bien d'autres encore restent à l'état de problèmes, devant lesquels vous, Messieurs les artistes, vous êtes impuissants, exposés à des critiques que votre merveilleuse habileté ne peut anéantir parce que cela n'est pas de votre domaine ; vous le voyez, la chimie vous doit encore beaucoup; tourmentez-nous donc, exigez de nous que nous vous donnions des moyens nouveaux, ne nous laissez ni trêve ni repos. Dans quelques jours déjà, je l'espère, nons assisterons à la réalisation d'une idée qui préoccupe depuis de longues années l'éminent savant qui m'a souhaité tantôt une bienvenue dont je suis encore tout ému, et il m'a autorisé à vous promettre l'heureuse venue au monde d'une porcelaine nouvelle, qu'en attendant, nous avons déjà baptisée : vous me permettrez de souhaiter longue vie et prospérité à la porcelaine Salvetat.

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Jusqu'à l'éclosion toujours et forcément lente de ces nouveautés, servez-vous des moyens qui sont à votre disposition, en variant vos effets ; créez des types, des genres nouveaux, ou, à défaut d'inventions, copiez ces admirables modèles de l'art grec, de la Renaissance, de l'Orient, que M. Champfleury tient à votre disposition et dont il vous expliquera, avec son aimable érudition, les caractères et la valeur.

Si je suis porté, comme vous le savez, à vous demander plus de décoration et moins de peinture que par le passé, ce n'est pas pour sacrifier au goût du jour; je crois, au contraire, que telle est la vraie voie de la céramique. Votre talent et votre habileté, Messieurs, sauront donner à ce genre nouveau tout l'éclat désirable, et vous y réussirez mieux que personne.

J'ai vu que plusieurs d'entre vous ont compris ces idées et commencent à les appliquer : M. Barré, dont je regrette l'absence force et auquel j'envoie d'ici un cordial salut, m'affirme que beaucoup d'autres cherchent également à entrer dans cette voie; je vous remercie pour votre bonne volonté, je ne doute pas de votre réussite.

Comment pourrait-il en être autrement, d'ailleurs, avec une direction artistique confiée aux mains de M. Carrier-Belleuse dont le monde entier admire le grand talent et la fécondité inimaginable?

Vous le voyez, Messieurs, l'avenir est à vous ; les critiques si amères et si injustes quelquefois, qu'on a formulées contre la manufacture, ne pourront se renouveler, et leurs auteurs reculeront devant vos efforts. Soyez convaincus d'ailleurs que l'administrateur de Sèvres saura défendre votre honneur et vos intérêts; et lorsque vos découvertes, vos travaux, vos conceptions auront fait éclater au grand jour les services que peut rendre à notre industrie nationale un établissement comme le nôtre, personne n'osera plus prononcer le mot de suppression de la manufacture.

Vous savez tout l'intérêt que M. le ministre des beaux -arts porte à vos succès ; sa bienveillance ne vous fera pas défaut et son intelligente activité nous mettra bientôt à même, je l'espère, en terminant la manufacture, d'améliorer vos travaux, de faciliter nos rapports et de rendre pour tous la vie plus facile.

J'envisage donc l'avenir sans crainte; l'estime que vous me témoignez, l'amitié que beaucoup d'entre vous m'ont offerte et que j'ai acceptée avec reconnaissance, me donnent le courage dont j'ai besoin pour poursuivre notre but; nous l'atteindrons, j'en ai

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la certitude, par une confiance mutuelle (et la présence de l'excellent M. Renard à la tête de son département contribuera toujours à vous l'inspirer), par la conviction que le travail honnête et assidu sera toujours récompensé sous mon administration républicaine, par l'union enfin de tous nos efforts.

C'est à cette comunauté d'idées, Messieurs, que nous devrons le succès, et c'est pourquoi je vous convie à vous joindre à moi pour boire ici à Y Union des travailleurs de la manufacture.

Sèvres, le 26 mars 1879.

Note relative aux publications faites par les chefs de

service.

L'administrateur informe MM. les chefs de service qu'il est chargé par M. le sous-secrétaire d'État des beaux-arts de les prévenir qu'ils aient à s'abstenir à l'avenir de faire paraître aucune publication touchant la manufacture sans que cette publication ait été préalablement soumise à l'administrateur.

L'administrateur : Ch. Lauth.

Sèvres, le 28 juin 1883.

Règlement du moulin.

Art. 1er. — Le moulin doit être ouvert et fermé par le contremaître du moulin. Celui-ci doit, seul, retirer les clefs du tableau placé chez le concierge ; il est chargé de les y remettre à la fin de chaque période de travail.

En cas de maladie ou d'absence du contre-maître, le soin de l'ouverture et de la fermeture revient au plus ancien ouvrier.

Art. 2. — L'entrée du moulin est formellement interdite aux personnes étrangères aux travaux qui s'y exécutent.

L'état des personnes autorisées à y pénétrer sera dressé chaque année par le chef du département. Au cas où une personne

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