‹ La manufacture nationale de Sèvres 1879-1887Chapitre 73 sur 106 · XL1X · texte numérisé non relu

XL1X

Paris, 16 mai 1885.

Lettre du sous-secrétaire d'État des beaux-arts.

Monsieur l'administraleur, J'ai attendu votre retour d'Anvers pour vous dire combien M. le ministre et moi avons été frappés, dans notre récente visite à Sèvres, des progrès réalisés clans l'établissement que vous dirigez. La bonne tenue de la manufacture, le développement de votre nouvelle fabrication, la direction donnée aux travaux d'art dé-

notent une activité et une ardeur qui nous ont vivement réjouis, x Je suis heureux, en même temps, de vous témoigner toute la satisfaction que j'ai éprouvée en écoutant les rapports qui me sont faits sur votre exposition d'Anvers qu'on me signale comme une grande victoire remportée par la France. Je vous prie de transmettre à vos collaborateurs l'expression de notre entière satisfaction. Veuillez agréer, etc.

Le sous-secrétaire d'État des beaux-arts,

Ed. Turquet,

Extrait du rapport fait au gouvernement français sur l'exposition d'Amsterdam,

Par M. Gustave Thierry, vice-président de la chambre syndicale de la céramique et de la verrerie.

Une condition très importante pour le succès de notre manufacture nationale de Sèvres, c'est la direction, l'esprit de cette direction, devant avoir une influence considérable sur les recherches chimiques, la fabrication et le goût artistique.

Le choix du directeur est donc chose considérable. Il faut qu'il soit doué d'aptitudes diverses souvent difficiles à réunir. Il est nécessaire qu'il soit bon chimiste, qu'il remplisse les qualités d'un bon fabricant de porcelaine rompu au métier, triplé d'un homme de goût, de préférence à un artiste, artiste qui, pénétré de son art, ne voit souvent que la manière dont il l'interprète lui-même.

Nous sommes heureux du choix que le gouvernement de la République a fait en nommant M. Ch. Lauth à ces hautes fonctions, et nous croyons que cet éminent fonctionnaire réunit les qualités essentielles à une excellente direction de notre manufacture nationale.

En 1879 M. Ch. Lauth, l'administrateur-directeur actuel, entra en fonctions et introduisit immédiatement dans la manufacture d'heureuses améliorations, telles que : le rétablissement du millésime de l'année de fabrication sous chaque pièce, marque supprimée pendant la direction de M. Robert, et la réorganisation de l'atelier des peintres, impulsion nouvelle donnée aux artistes, afin d'élever au plus haut degré les travaux de leur art.

DOCUMENTS ADMINISTRATIFS

Autrefois, ces artistes insuffisamment payés à la manufacture de Sèvres, étaient obligés pour gagner honorablement leur vie, de donner peu d'heures aux travaux de la manufacture et de consacrer le reste de leur temps à quelques travaux pour l'industrie et à des leçons de peinture sur porcelaine, au dehors.

Aujourd'hui la rémunération de leurs travaux est faite d'une façon consciencieuse et ces artistes peuvent concentrer tout leur talent à la manufacture nationale de Sèvres.

Ce système a des avantages et des inconvénients; il attire les plus capables à la manufacture de Sèvres, mais il enlève à l'industrie privée le concours précieux que ces artistes pouvaient lui donner et fait disparaître en quelque sorte la concurrence occulte qui se produisait quelquefois quand ces artistes travaillaient, entre temps, pour l'industrie privée.

Un autre inconvénient en résulte; quand l'industrie reçoit des commandes que la manufacture nationale ne peut exécuter, il lui devient difficile de trouver le personnel d'élite nécessaire à ces travaux.

Pour obvier à ces inconvénients, nous ne voyons de solution que dans l'institution d'écoles professionnelles à divers degrés.

A propos d'Amsterdam, nous n'avons ni l'intention, ni la prétention de refaire l'historique de la manufacture de Sèvres. Il est même inutile de remonter au commencement de ce siècle, époque à laquelle le savant M. Brongniart présidait aux destinées de la manufacture. La production de l'époque du premier Empire et de la Restauration nous intéresse peu, le règne de Louis-Philippe ne nous rappelle que les belles copies des tableaux de grands maîtres par Mme Jacotot (copies qui n'ont rien à voir avec l'art industriel de la céramique) et les fleurs de Mme Jacobber, que l'on critique beaucoup aujourd'hui, mais dont les œuvres admirées par tous les amateurs, sont heureusement et pieusement conservées à Sèvres.

La direction de M. Ebelmen commença en 1848 et finit trop tôt, interrompue par sa mort quatre ans plus tard.

Sous la direction de M. Ebelmen commencèrent les applications de pâte sur pâte, procédé découvert par M. Robert, mais ce ne fut qu'à la première grande exposition de Paris en 1855 sous la direction de M. Regnault, que le public put pour ainsi dire admirer pour la première fois ce nouveau genre de peinture, qui fut amélioré sans cesse et porté à sa plus haute apogée par la direction actuelle.

De 1855 à 1878, la direction de M. Regnault d'abord, et celle de M. Robert ensuite, mirent un grand soin à perfectionner les couleurs au grand feu, au demi-grand feu et au feu de moufle ainsi que les pâtes sur pâte. Les expositions de Paris 1867 et 1878 nous montrèrent les objets les plus réussis qu'on pouvait espérer à ces époques.

Le ministère des beaux-arts, avec la peinture, la sculpture, les Gobelins, Beauvais, avait réuni notre manufacture nationale de Sèvres à l'exposition d'Amsterdam.

Notre manufacture nationale a souffert moralement de l'emplacement qui lui a été affecté. Placée presque à l'extrémité de la galerie des beaux-arts, galerie humide, froide, mal éclairée, et dont la décoration était plus que médiocre, elle ne reçut qu'un nombre infime de visiteurs.

La direction n'a pas eu à se prononcer dans le choix de cet emplacement, par conséquent il ne lui incombe aucune responsabilité.

Nous eussions de beaucoup préféré voir notre belle manufacture nationale installée dans la galerie centrale et dans un pavillon formant répétition avec le pavillon de la commission française. Le public tout entier aurait pu en admirer les trésors artistiques.

Mais dans ces froides galeries les amateurs sérieux venaient seuls étudier ou admirer les produits exposés.

L'exposition de Sèvres se compose de :

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