ACTE i, S'cfeifo ltl
CHAMPAGNE
Ah ! mon général, je suis sauve !
LE GÉNÉRAL
Pauvre Champagne.
, RAMEL
Général, nous serons très-heureux d'avoir à constater l'innocence de votre contre-maître : au contraire de vous, nous sommes enchantés d'être battus.
gertrude, revenant.
Voilà, messieurs. (Le juge examine avec Baudrillon et Ramel.)
baudrillon, met ses lunettes.
C'est intact, messieurs, parfaitement intact, voilà mon cachet deux fois, sain et entier.
LE JUGE
Serrez bien cela, madame, car depuis quelque temps les cours d'assises n'ont à juger que des empoisonnements.
GERTRUDE
Vous voyez, monsieur, il était dans mon secrétaire, et c'est moi seul, ou le général, qui en avons la clef. (Ellerentre dans la chambre.)
RAMEL
Général, nous n'attendrons pas le rapport des experts. La principale charge, qui, vous en conviendrez, était très-grave, car toute la ville en parlait, vient de disparaître, et comme nouscroyons à la science et à l'intégrité du docteur Vernon, (Gertrude revient.) Champagne, vous êtes libre. (Mouvement'de joie chez tout le monde.) Mais vous voyez, mon ami, à quels fâcheux soupçons, on est exposé quand on fait mauvais ménage.
CHAMPAGNE
Mon magistrat, demandez à mon général si je ne suis pas un agneau, mais ma femme, Dieu veuille lui pardonner, était bien la plus mauvaise qui ait été fabriquée... un ange n'aurait pas pu y tenir. Si je l'ai quelquefois remise à la raison, le mauvais quart d'heure que vous venez de me faire passer en est une rude punition, mille noms de noms!... Être pris pour un empoisonneur, et se savoir innocent, se voir entre les mains de la justice... (Il pleure.)
LE GÉNÉRAL
Eh bien! te voilà justifié.
NAPOLÉON
Papa, en quoic'est-il fait, la justice?
Messieurs, la justice ne devrait pas commettre de ces sortes d'erreurs.
GERTRUDE. . . ( {
Elle à toujours quelque chose de fatal, la justice!... Et on eau-
sera toujours en mal pour ce pauvre homme de votre arrivée
RAMEL
Madame, la justice criminelle n'a rien de fatal pour les innocents. Vous voyez que Champagne a été promptement mis en liberté... [En regardant Gertrude.) Ceux qui vivent sans reproches, qui n'ont que despassions nobles, avouables, n'ont jamais rien à redouter de la justice.
GERTRUDE
Monsieur, vous ne connaissez pas les gens de ce pays-ci... Dans dix ans, on dira que Champagne a empoisonné sa femme, que la justice est venue... et que sans notre protection...
LE GÉNÉRAL
Allons, allons, Gertrude... ces messieurs ont fait leur devoir. [Félix prépare sur un guéridon au fond à gauche ce qu'il faut pour le café.) Messieurs, puis-je vous offrir une tasse de café ?
LE JUGE
Merci, général, l'urgence de cette affaire nous a fait partir à Timproviste, et ma femme m'attend pour dîner à Louviers. [Il va au perron causer avec le médecin.)
le général, à Ramel.
Et vous, monsieur, qui êtes l'ami de Ferdinand?
Ah ! vous avez en lui, général, le plus noble cœur, le plus probe garçon, et le plus charmant caractère que j'aie jamais rencontré.
PAULINE
Il est bien aimable, ce procureur du roi.
GODARD
Et pourquoi ? Serait-ce parce qu'il fait l'éloge de monsieur Ferdinand... Tiens, tiens, tiens !
gertrude, à Ramel.
Toutes les fois, monsieur, que vous aurez quelques instants a vous, venez voir monsieur de Charny. [Au général.) Nest-ce pas, mon ami, nous en profiterons?
le juge, il revient du perron .
Monsieur de la Grandière, notre médecin, a reconnu, comme le docteur Yernon, que le décès a été causé par une attaque de choléra asiatique. Nous vous prions, madame la comtesse et vous, monsieur le comte, de nous excuser d'avoir troublé, pour un moment, votre charmant et paisible intérieur. [Le général reconduit le juge.)
ramel, à Gertrude sur le devant de la scène.
Prenez garde, Dieu ne protège pas des tentatives aussi téméraires que la vôtre. J'ai tout devine. Renoncez à Ferdinand, lais-