‹ La MaratreChapitre 32 sur 93 · ACTE II, SCENE Vil · texte numérisé non relu

ACTE II, SCENE Vil

PAULINE

Oh! si tu te fâches, je vais aller me coucher... Je croyais , moi, que le cœur d'un père devait être un asile sûr pour une fille.

LE GÉNÉRAL

Oh! câline ! Allons, pour toi, je vais me faire doux.

PAULINE

Oh! que tu es bon! Eh bien ! si j'aimais le fils d'un de ceux que tu maudis?

le général, il se lève brusquement et repousse sa fille. Je te maudirais !

PAULINE

En voilà de la douceur, là ! (Gertrude paraît.)

LE GÉNÉRAL

Mon enfant, il est des sentiments qu'il ne faut jamais éveiller en moi ; tu le sais ; c'est ma vie. Veux-tu la mort de ton père ?

PAULINE

Oh!

LE GÉNÉRAL

Chère enfant ! j'ai fait mon temps... Tiens, mon sort est à envier près de toi, près de Gertrude. Eh bien! quelque douce et charmante que soit mon existence, je la quitterais sans regret, si, la quittant, je te rendais heureuse ; car nous devons le bonheur à ceux à qui nous avons donné la vie.

Pauline voit la porte entrebaillée.

Ah! elle écoute. {Haut.) Mon père , il n'en est rien, rassurezvous ! Mais enfin, voyons?... si cela était et que ce fût un sentiment si violent que j'en dusse mourir?

LE GÉNÉRAL

Il faudrait ne m'en rien dire, ce serait plus sage, et attendre ma mort. Et encore 1 s'il n'y a rien de plus sacré, de plus aimé , après Dieu et la patrie, pour les pères que, leurs enfants ; les enfants, à leur tour, doivent tenir pour saintes les volontés de leurs pères, et ne jamais leur désobéir, même après leur mort. Si tu n'étais pas fidèle à cette haine, je sortirais, je crois, de mon cercueil pour te maudire.

Pauline , elle embrasse son père.

Oh ! méchant ! méchant ! Eh bien ! je saurai maintenant si tu es discret... Jure-moi sur ton honneur de ne pas dire un mot de ceci.

LE GÉNÉRAL

Je te le promets ! Mais quelle raison as-tu donc de te défier de Gertrude?

PAULINE

Tu ne me croirais pas,

LE GÉNÉRAL

Ton intention est-elle de tourmenter ton père?

Non... A quoi tiens-tu le plus : à ta haine contre les traîtres ou à ton honneur ?

LE GÉNÉRAL

A l'un comme à l'autre, c'est le même principe.

PAULINE

Eh bien ! si tu manques à l'honneur en manquant à ton serment, tu pourras manquer à ta haine. Voilà tout ce que je voulais savoir !

LE GÉNÉRAL

Si les femmes sont angéliques, elles ont aussi quelque chose d'infernal. Dites-moi qui souffle de pareilles idées à une fille innocente comme la mienne?... Voilà comme elles nous mènent parle...

PAULINE

Bonne nuit, mon père.

LE GÉNÉRAL

Hum! méchante enfant!

PAULINE

Sois discret, ou je t'amène un gendre à te faire frémir. {Elle rentre chez elle.)

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