SCÈNE XI
NATHALIE, EUGENIE, dans la boutique , puis RAYMOND. '
EtNVÉKi*. chantant. Tra la la... Ce bon Timothée, c’est bien gentil ce qu'on lui fait... J eu sois tout heureuse, et loi, Nathalie?
s atr alu:. Moi?... pourquoi donc serais-je heureuse, Eugénie?
Eugénie. Tiens, c’est vrai, pauvre sœur! ta gar-
LA MARCHANüR ÜÜ TEMPLE
deras encore la maison si je vais ce soir à la fêle. Tu es si bonne 1... Que je t'embratse pour la peine!, . Tu veut bien, dis? tu n'es pas lâchée?
natiiaiie, »p dégageant doucement. Fais -donc attention, Eugénie! Si maman venait.. .Tu ne vois pas qu’il y a quelqu'un?...
. stiiiME. Dabi c’cst un monsieur qui passe.
v.t m sue. Mais non .. Seulement il ne sait pas » il doit entrer... Voyons, parle-lui.
eugénie. Non, parle-lui, toi.
Nathalie. Je n'ose pas.
eugénie. Ni moi non plus, il a l’air trop comme il faut.
V4Tif.ti.ir. tristement. Allons puisque c’est toujours mon tour. (A Raymond.'; Vous désire* quel «pie chose, monsieur?
itAVMoxn. Je voudrais voir madame Gérard, je vous prie.
NATtlALic. Ella n’est pas encore descendue-, mais c'est égal, qu'est-rc que monsieur cherche? 'A Eugénie . , Aide-poi donc!
donc! Ni éclairage, ni chauffage, ni mobilier... On n a paa à nous payer de* tapis, du bronze cl des glaces, on n'a que son chapeau: voilà, monsieur.
Raymond. Et cette boutique est ouverte ainsi toujours au vent, au froid ?
i.iGiMs. Oui... C'eat quelquefois un peu dur., mais bah! on se *hauflV mieux en reniraqt. .
Ici, pas moyen... une élihrdlo et tout brûlerait. Raymond. Vous aver beaucoup d'ouvrières?
VATiiAi.it:. Nous avons uue faiseuse, madenun- *dle Micbciot. Pour le reste, tout le monde s\ met... 1
Raymond. Voire mère aussi?
rutÉvu, Maman? la première et la dernière!... Mie nous fuit bonté souvent... le matin surtout. . I.a nuit, passe encore!
RATMovd. Vous travaille* la nuit, enfant»?
G est si l»oo pourtant de dormir à votre âge! Mais vous averties dimanches ?
ecgÉnir. Non, monsieur, nous ptéparons le dimanche le travail de la semaine.
MtGévie. Entrez, monsieur, ne reste* pas a la porte.
RAYMôvo. entrant. Pardon, mai* à qui ai— je l'honneur de parler, mes belles demoiselles?... A votre ressemblance je suppose que vous êtes sceurs ? •
, . «***•» cr* i... pour sa.
leil re jour faut ; pour jardin ce s fleurs de gare et de velours, et de» haillon* pour horizon I Trist-* et courageuse vie!.,, \ Vnt pause.)
Nathalie, C'est le chapeau bleu que monsieur prend ?
NATHiUE. Oui. monsieur.
Raymond, Et à votre âge... Pourtant vous n'êtes pas les filles de madame Gérard?
eugénie. Pardonnez- moi.
BAYMOND, à part. Déjà si grande»:... H y n Jonc tout re icmps-la ? Oui, elles ont .le ses traits, à lui, en vérité... Kilo surtout. (Il désigne X al halte} fit le* voilà Içi, dans cet enfer!,.. Pauvres enfants' et pauvre mère '...(I lies regarde aveetniér/t.) ecgéxje, AXathalie. Comme il nous regarde!... NATHALIE, froidement. Mais enfin, monsieur, qu’y a-t-il pour votre service?
bat rond. Et l’autre aussi, le vert... Je ne veut pas que vous tares jalouses.
bloode?'** Al0r * M 0 0,1 <lonc pas pour Ul,c Raymond, les regardant. Il y en a deui : une blonde et une brune.
EUGÉNIE. Vos deui filles peut-être, monsieur ? Raymond. Je le voudrais bien !... Est-e» que vous avez fait quelque chose a cru* ri?
Nathalie. Oui, monsieur... Voulez-vous voir I effet t Tiens, Eugénie- (Elles essayent let deux chapeaux.)
uathond, revenant à lui. C'est vrai... Dame!... je ne sais pas, trop, un chapeau sans doute, puisque vous vendez des chapeau»?
eugénie, souriant. Vraiment I • na t utile. Eh bien! pourquoi donc pas?...
Choisisse, monsieur; en voici un bien joli- Je pense que vous voulez du beau. Kst-ce pour une jeune dame? Celui-ci ett aussi très-bien.
eugénie. Si la personne est blonde, le bleu ira mieui que le rose.
Raymond. Oui... oui... Monde comme vous...
(Silence.} fit l’on vous laisse ainsi, deui jeunes liPes, en ce monde singulier ?
HtT.ÊNiB. Ob ! mais, monsieur, nous sommes bien gardées... tout ce monde-la nous connaît... C'est une grande famille que le Temple.
ravmond. Ah !... Et la grande famille a-t-elle beaucoup de parents comme monsieur Grtgimt ?
Nathalie. Vous connaissez monsieur Grignol?
Ce n’c»l pas un marchand du Temple, monsieur Grignot... c’est un...
clgénii. C'est un vieui gueux!
Nathalie. Eugénie!...
Raymond, souriant, oh! vous traitez ma] les banquier*, mademoi 1 -Ile.
Et'c.ÉNtB. Pardon, monsieur... quand on ne sait pas...
ravmond. Le prit de ce joli chapeau?...
hatbalii. Vingt franrs, monsieur; c'est un 1 chapeau que vous payeriez trente francs dans la rue Vivienne.
RAYMOND. Il n’est donc pas neuf, slors? * eugénie. Comment donc, monsieur? tout neuf:
rcgardcz-le bien, ce u>8t pas un décrochezmoi-ça -
Raymond, Qu’est-ce que c’est qu’un décrochezmoi-ça?
NATHALIE. Nous appelons ainsi les cbapeaui de hasard ; mai» ma mère n'en Lient pas... Ah ! monsieur, vous croyez qu’on ne vend que du vieui au Temple, (l est un préjugé et une erreur. Nous pouvons fournir aussi beau que ces dames de* grand* quartiers et a meilleur marché qu’elle», parce que nous avons autant de bénéfice eu avant moins de frais... Au lieu, par rtemplr, de cinq a sii mille francs de loyer, cent soiiantc et onze franc* «oitonir rentitp**, songez
Raymond. Oui! comme le? résilles espagnole*. . Cela sert à mettre les cheveux. .. Quant a la figure, on l’a, c'est pour la montrer, n’cit-ce pn*. atit injures des regards et du ciel, comme vos bouhqups!... Combien vous dois-je, chère* demoiselles ?...
Nathalie. C est quarante francs, monsieur.
Ratmond. donnant un billet de banque. Voifi.
Nathalie, (lest que... il est bien matin... et nous n'avons pas rnrore de monnaie.
K génie. Mais, monsieur n’emporte pas m chapeaux, jimsgine?
naiualis, tendant le billet. C'est cela, on enverra chez voua avec la facture.
RAYMOND. Non. gardez... Je les ferai prendre .. D'ailleurs, je reviendrai.
natuams. Mais, monsieur, vous ne nous connaissez juts.
mymond. Mesdemoiselles, je suis un honnête homme, cl j'aime bien votre mère!.., Voulezvous rue permettre de vous embrasser?... Il me semble que je dois vous porter bonheur.
rt gémi:. Nathalie?,.. Il a l'air si bun, hein? ..
NtniAUR. Cependant...
EUGÉNIE, acte vivacité. Embrassez- moi, monsieur ! (Raymond* les embrasse. j Comment vous appelez-vous, à propos?...
RAYMOND. Mon nom?.,, (Il regarde autour de lin, et aperçoit Ossistn oui r« cl riewr.J Je revicu drai. (Il se croise arec Timothée.)