CHAPITRE III
femme qui, le front appuyé sur sa main, lisait à cette lumière ; des boucles des plus beaux cheveux blonds tombaient sur cette main d'une blancheur éblouissante et voilaient en grande partie le visage; on pouvait suivre cependant le contour 'du bel ovale des joues. La maréchale resta quelque temps à considérer ce tableau, se disant intérieurement : a Si c'est une hallucination de la fièvre, elle est du moins plus agréable que les hideux fantômes dont j'ai été poursuivie ces jours-ci. » — Un léger mouvement dans la chambre fit relever la tête à la charmante apparition et montra des traits d'une rare perfection; elle répondit d'un signe négatif à la demande faite à voix basse par mademoiselle Julie qui venait reprendre son poste au
pied du lit de la malade. La maréchale l'appela; aussitôt la figure de la lampe se leva sans bruit, se glissa dans l'obscurité et disparut aux yeux de madame d'Aubemer.
u Julie, qui est cette jeune femme?
— Quelle jeune femme, madame?
— Là, près de la table ?
— Je ne vois rien, madame. »
La maréchale, trop faible pour discuter, n'insista pas. La nuit fut bonne ; à leur première visite du matin les médecins déclarèrent te danger conjuré si on maintenait le calme et le silence. On aurait entendu voler une mouche dans cette vaste maison, tant les ordres de la faculté étaient scrupuleusement exécutés par le dévouement de ses habitants : les gens de ma-