LIVRE PREMIER
mi,
Nous avons visité naguère ce qui reste des splendeurs irAnel. Anel abrita les amours de Henri 11 ; Anel jjarda les trophées de Vendôme; Anel cacha les bienfaits de Penlhièvre ; Anel lut chanté par Voltaire et par Florian : la grandeur, la gloire, la reconnaissance, les muses, n'ont pu éloigner du noble et poétique château le marteau de la bande noire ; Anel n'est plus qu'un triste amas de débris.
Ce nom se mêle ù mes souvenirs d'enfance; il reste dans ma mémoire, paré de ce merveil-
leux éclat dont se revêtent les récits qui éveillèrent pour la première fois Timagination , cette seconde vue de l'ame. C'est un de ces noms auxquels on doit d'être poëte ou romancier. Puisse mon lecteur, à la fin de ce livre, n'en pas trop vouloir à ceux qui Tout si souvent prononcé devant moi!
Que de fois Ton m'a redit, en effet , lantique magniflcence du manoir royal , son aspect imposant et gracieux , dans cette riante vallée où TEure promène ses eaux si pures et si fraîches! Que de fois j'ai vu , dans mes rêves , ces hautes tourelles à giroueltes , carrées comme le pennon d'un banneret, dont le nombre faisait croire, quand on les apercevait de loin , à travers les arbres, qu'on approchait duu port rempli de navires pavoises! Je les connaissais comme si je les eusse plus d'une fois parcourus , ces salons resplendissants de dorures et de glaces , ce parc aux vues lointaines si calmes , ces grands berceaux de rosiers et de jasmins , sous lesquels, le dimanche , après vêpres , l'auguste prince, dernier maître de céans, se promenait avec ses filles, au milieu des habitants empressés sur leurs pas!
Et déjà pourtant, quand on me faisait ces