‹ La maréchale de Villars et son tempsChapitre 33 sur 91 · LA RECHERCHE DES TRAITAKTS · texte numérisé non relu

LA RECHERCHE DES TRAITAKTS

Une question beaucoup plus grave, une question de gouvernement, rendit momentanément difficiles les relations du Régent et du maréchal. La dextérité de la maréchale en sauva son époux.

Louis Xiy avait, par la nécessité des temps, laissé un grand désordre dans les finances. La première pensée du Régent fut d y pourvoir ; la pensée était excellente, mais les moyens ne furent pas également heureux. Tout d'abord ( novembre lyiS) il s assura d'un versement mensuel de a,5oo,ooo livres, par un traité fait avec Samuel Bernard, le riche banquier de Tépoque, lequel, moyennant la cession de quelques produits et un intérêt de lo p. o/o, s'engagea à faire des avances au Trésor. Cette opération ne fut pas blâmée, mois un second expédient fut moins approuvé. Ce fut ce qu'on nomma la recherche des traitants, c'est-à-dire la revision

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dé tous les marchés faits par l'Elat avex les gens dafiaires et de finances, depuis une certaine époque ; révision opt rée par une chambre souveraine de justice, à laquelle fut conféré le pouvoir d'imposer des taxes, des restitutions, à tous les financiers qui avaient pris à Terme des deniers ou des services publics; de poursuivre criminellement même ceux qui, depuis trente ans, avaient profité de traités onéreux poua* TElat, et réalisé des béuéiices irréguliers. Or, à cette époque, presque toutes les ressources du Trésor et de la fortune publique étaient 1 objet, non de recouvrements directs, ainsi quon le " pratique aujourd'hui , mais de locations , d'abonnements, par lesquels ce qu'on appelait des partisans ou des traitants prenaient à leur charge les recouvrements et fournissaient comptant aux diverses administrations, à titre d'avances, des sommes déterminées par leurs marchés parti-^ culiers. Ainsi se conduisaient en général, alors, les finances de l'État, d'après des procédés renouvelés des publicains de l'administration romaine.

Pareille pratique, appliquée à la presque généralité des produits financiers, avait donné

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naissance k une classe nombreuse d'exploitants

ou fermiers et à des fortunes considérables, qui 8*étaiaient aux yeux des populations, en face des misères publiques. Ces fortunes étaient Tobjet de vives critiques et provoquaient des mouvements d opiuion , dont les traitants finirent par être victimes. Mais iarecherche deleurs marchés et la revision arbitraire de leurs contrats n étaient pas moins une grave atteinte à la foi publique et au crédit de l'État. D'ailleurs, les traitants avaient, par leur opulence même, rendu des services à la société. Ils avaient fait des alliances avec la noblesse obérée ou ruinée ; ils avaient favorisé les arts, développé les jouissances du luxe, élevé des édifices somptueux, construit la place Vendôme. Menacés dans leur existence, ils avaient fait comme les juifs du moyen âge. Ils avaient offert de racheter leur sécurité, leur fortune, par une contribution de 80 millions, argent comptant. Mais on leur demandait la restitution de ôoo millions, en numéiwe, ou en titres qu'ils avaient du roi entre leurs mains. Cétait la ruine universelle et le désespoir des familles. On ne put s*entendre, et la chambra de justice commença son œuvre. Personne ne

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filt & fabri des dénonciations et des enquêtes; la haute finance fut en désarroi. On vit d'épouvantables catastrophes, sans profit apprëdable pour

le Tréspr public , car, si les taxes étaient énormes , les recouvrements effectifs étaient peu considérables. Chacun disparaissait abandonnant ies hôtels, iesT riches mobiliers, mais emportant ses valeurs et son crédit. Il faut en lire ies récits , dans d'irrécusables documents histmques, pour s'en faire une juste idée et même pour y croire.

La troisième opération du régent fut Tinsti* tution de la fameuse banque de Law, à laquelle on eut recours dès Tannée 1716» après linsuffisance constatée des premiers expédients employés. Tout est dit aujourd'hui sur cette entreprise financière et je ny insisterai pas.

Le maréchal de Villars et son entourage furent peu favorables à ces moyens de gouvernement. La recherche des traitants attaquait ia classe entière des gens de finance, qui pouvait bien commencer à des fripons, mais qui finissait à des hommes importants et considérés, tels que Samuel Bernard et Crozat. Les fi^apper, c était tarir le crédit public & sa source et désorganiser le service administratif, sans aucune compen-

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sation. La banque de Law fut constituée avec

la participation des gens de cour, fascinés par f espoir chimérique de fortunes imaginaires; elle produisit le détestable effet de transforoLer la noblesse française en une bande d'agioteurs. Le maréchal ne put contenir sa désapprobation pour une si désastreuse expérience. Il crut comprendre qu on le verrait avec plaisir aller prendre possession de son gouvernement de Provence. Et cependant le Régent, quoique froissé quelquefois par iopposition du maréchal, lui témoignait toujours une profonde considération, à ce point que le maréchal , dont les manières étaient fort hautes, ayant pris le train de convoquer chez lui, dans son hôtel, et non dans un bâtiment public, le grand conseil de la guerre, quil présidait, le Régent, quand il voulait assister à ce conseil, n hésitait pas à se rendre chez le maréchal, dont il flattait ainsi et caressait Torgueil.

YOYAGK J>£ PROYE]NG£.

Malgré ces apparences favorables, les Villars s'éloignèrent de Paris , en février i y 1 6 , et s'acheminèrent vers ia Provence, où les Étals étaient convoqués, et dont le maréchal devait diriger les délibérations.

La maréchale fit grande et belle iigure en cette occasion. Il avait dû lui en coûter de quitter Paris, au milieu des fêtes de l'hiver, et d abandonner sa belle loge à TOpéra, vis-à-vis celle du duc d'Orléans; belle loge que la dudiesse de Berry s^empressa de retenir pour ellemême, après le départ de la iuarechale, en la faisant agrandir et décorer à neuf. Pour prendre congé tle ses compagnies, la maréchale était allée danser, avant de monter eu chaise, à un beau bal de jour, chez la spirituelle marquise de Lambert, dont l'hôtel était rue Coibert, où nous avons vu pendant longtemps le cabinet des médailles, et les regrets de ce monde élégant la

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suivirent dans son voyage, qu*on espérait devoir être de courte durée.

Son entrée à Aix fut triomphale, et sa grâce lui attira tous les cœurs. Le maréchal, de son coté, fut très imposant et fort admiré. On connaît la belle réponse du doyen du Parlemeat d*Aix : «Vous avez vu bien des choses, Mon- « sieur le doyen. » — a Jamais rien d'aussi grand «que vous. Monseigneur.» Il y eut pourtant •quelques dissentiments d'étiquette entre la cour souveraine et le maréchal. Mais il est resté le souvenir d'une scène de haute comédie, née ^u conflit des intérêts, entre les villes ou les provinces et leurs gouverneurs, en ce temps-là. Le récit en ayant été diversement rapporté, on nous permettra de rétablir ici la version qui, Câpres une tradition locale, doit être celle de la vérité. Il sagissait du présent d*usage k faire au gouverneur; TAssesseur Procureur du pays, après avoir, dans sa harangue, comparé Thé* joique Villars à l'héroïque Vendôme, son prédécesseur dans le gouvernement, s*ingénia pour insinuer discrètement que ce dernier avait refusé le présent de a 0,000 livres, que les états du pays avaient coutume d'oifrir à chaque nouveau

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