LE SALON DE H"^ DE LAMBERT
Le salon de M*** de Lambert a eu , dans notre
histoire littéraire , une influence qui lui assure un souvenir reconnaissant, et qui le dislingue des autres assemblées contemporaines. Cest de là qu*est partie, au point de vue de lart, la con» damnation des grands et ennuyeux romans du xvii' siècle, et la consécration du goût des petits romans que n'avaient point encore définitivement &it prévaloir M"'*' de Lafayette et de Villedieu. Toutes les femmes de lettres dont je viens de recueillir les noms, et auxquelles il faut joindre celui de M" ' de Tencin , quoique étranger aux Mardis, n*ont recherché Tapprobation du public quavec des compositions dun intérêt concentré dans les limites d une courte lecture. Le comte de Comminges en est resté ie type et le modèle. Voltaire a applaudi à i innovation, et en a donné dmcomparables exemples, dans un genre à part; mais l'Angleterre nous a plus tard inondé, de nouveau, par des romans interminables. L'esprit sérieux et pourtant très délicat de M""* de Lambert s*est exercé aussi dans de petits ouvrages de morale qui rappellent le meilleur temps dû xvn* siècle. £lle a obtenu et gardé sur son entourage un ascendant salutaire.
190 LB SALON DE M"^ DE LAMABfiT.
On disait d'elle :
Sous le nom de Lambert, Minerve tient sa cour.
Nous navons rien de supérieur, dans notre littérature, à la dignité des sentiments et à la grandeur d ame qu'on admire dans ses Avis d'une mère à son fils, lus et applaudis d abord dans son salon, d'oii ils coururent manuscrits de main en main, comme les Maximes, ou les Conversations du xvii° siècle, et que Fénelon a couronnés d'un glorieux suffrage. VAvis d'une mère à sa fille est une perle de bon sons et de bon goût : rien de plus achevé que ce morceau.
Jamais riiiiporlauce et la saine direction de Téducation des femmes n'a été exposée en un meilleur langage. Que de maximes charmantes!
Que de vues ingénieuses i Que de conseils excellents! Les femmes bien élevées devraient savoir par cœur ce petit ouvrage. Et cet admirable traité De Vamitié , qu*on lit avec délices , après celui de Cicéron , et qui fait tant d'hpnneur au cœur de MT de Lambert! Et ce traité De la vieillesse où elle se mesure si heureusement encore avec Torateur romaili, et où elle lui reste supérieure sur ie sujet si délicat de la